Marre de la rancoeur

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il y a 4 ans 10 mois #699 par Nemo2
Marre de la rancoeur a été créé par Nemo2
Marre de la rancœur
L’année se termine, dans les derniers pensum(s) des enseignants, avec le souci de la rentrée à venir et un incroyable besoin de relâcher la pression, de se précipiter en vacances. Pour ceux qui n’enseignent pas, ou plus, et pas dans le primaire ou le secondaire, jeter un dernier coup d’œil sur les thèmes du forum est frappant : d’un côté les zélateurs de la réforme, régurgitant souvent hors de propos les sophismes argumentaires d’une communication préfabriquée selon laquelle qui met un peu de vin dans son eau quand on le lui permet est un buveur de vin, les autres essayant patiemment de déconstruire un discours particulièrement opaque pour l’opinion.
Bien sûr, les mots doux fusent de part et d’autre -« imposture », « réactionnaires » n’étant que les plus corrects. Mais, si on voit affleurer exaspération et amertume chez ceux qui ont fait de très longues études et passé les concours les plus difficiles avec l’envie de faire partager aux jeunes générations la richesse intérieure qu’ils en ont tirée et qui, en fin de compte, se voient «rayés de la carte » en tant qu’enseignants de ce qui fait leur spécificité, on ne trouve nulle part la hargne qui semble inspirer les développements sur « le lobby du latin », ces « enseignements marginaux maintenus à grand-peine », « ce latin qu’on trouve si formidable », voire « marre de la nostalgie ». Vae Victis…
Ceux qui croient profondément que les langues anciennes font partie d’un patrimoine que l’on ne peut se permettre de brader, qui s’imaginaient, quand la rumeur en courait, qu’ « on ne pouvait pas supprimer les cours de latin » ont vite déchanté. On ne les supprime pas, certes, puisque, ici et là, dans des établissements assez favorisés, par les cerveaux si ce n’est par la fortune, car, en dépit des corrélations statistiques, l’un n’entraîne pas l’autre, la collusion d’un principal, des équipes pédagogiques et des parents d’élèves permettra l’organisation d’enseignements de complément – honteux - puisque qu’empiétant sur le temps des disciplines jugées dignes de ce nom… On ne le tue pas, on l’étrangle.
Quoi de plus normal puisque cela a barbé des générations d’élèves et que tous les ardents défenseurs de la réforme qui s’y sont frottés en ont des souvenirs amers et que ceux qui n’en ont jamais fait ont souffert du respect accordé, à côté d’eux, à ceux qui en faisaient. D’où la rancœur contre les élites érigée en justificatif d’une stratégie de survie du mastodonte éducatif que la multiplication des options rendait de plus en plus difficile à gérer, financièrement et en termes de mouvements de personnel, pour le ministère et, plus encore, les Rectorats. D’où l’idée que, se sentant menacés et cherchant à mobiliser en leur faveur toutes les solidarités naturelles, les réseaux de coopération intellectuelle pré-existants font du lobbying. D’ne certaine manière, c’est vrai, au même titre que la recherche de soutiens par toute minorité menacée. Mais le vrai lobbying a été, au cours des décennies passées, celui des technocrates qui ont progressivement supplanté les intellectuels au sein des administrations et depuis longtemps projeté d’en finir avec celle des bêtes noires des élèves que l’on pouvait neutraliser sans danger.
Certaines minorités sont légitimes, d’autre non. Les latinistes et hellénistes appartiennent à la dernière catégorie. Leur sursaut concerté a fait scandale. Complot ? Non, hasard de la diffusion des informations et activation de réseaux de solidarité d’autant plus efficaces que, loin d’être en marge du progrès, ils maîtrisent parfaitement l’instrument informatique. Maudites élites !
Au fait, les élus, et plus encore les gouvernants, ne représentent-ils pas l’élite des partis dont ils sont issus ? C’est inacceptable. En ce qui les concerne aussi, il faut opter non pour l’égalité des chances mais pour « la réussite pour tous ». A chacun selon ses besoins et le besoin le plus largement ressenti est celui d’une démocratie directe dans laquelle tout le mode peut et doit décider de tout. La France n’est pas l’agora ? Oh que non et, tout comme elle a besoin de dirigeants durablement mandatés, elle manque cruellement d’un Démosthène lançant ses Philippiques contre le prédateur numérique et plus largement, technologique. François Bayrou et d’autres anciens ministres de l’Education conscients de leur responsabilité morale ont bien essayé mais ils n’avaient pas mis assez de cailloux dans la bouche !

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il y a 4 ans 10 mois #704 par Loys
Réponse de Loys sur le sujet Marre de la rancoeur
Un texte qui mériterait d'être publié sur "Avenir latin grec" : qu'en dites-vous ?

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il y a 4 ans 10 mois #706 par Nemo2
Réponse de Nemo2 sur le sujet Marre de la rancoeur
Si c'est à l'auteur que la question s'adresse : au diable le mérite. Me seul souci est de vous aider en période de basses eaux. Mais la signature d'un dinosaure ne vous apporterait rien et, fuyant les réseaux sociaux, je tiens à rester Nemo.
Bonnes vacances

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