A. Lozac'h : "Les options actuelles participent à la ségrégation sociale des collèges

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il y a 5 ans 2 jours #611 par PROF
Vous déplorez le fait que les options (le latin en particulier) soient « socialement investies », comment expliquer dans ce cas l’engouement de cette discipline dans les collèges réputés « difficiles » ? J’en veux pour preuve les témoignages des professeurs de lettres classiques dans les établissements classés REP et l’augmentation significative du nombre d’élèves qui choisissent cette option en Seine St Denis. Cette idée que ces élèves sont regroupés dans des classes est fausse et totalement obsolète. En revanche, ce n’est pas le cas des classes à horaires aménagés telles que musique, danse ou sport ou les élèves sont en effet regroupés. Il est curieux d’ailleurs que personne n’ait soulevé la question. Peut-être la gymnastique intellectuelle est-elle davantage décriée car la sélection se fait sur les performances ? (je vous cite : « rassemblant les élèves en fonction de leur performance ») Je n’ai pourtant pas l’impression que cette même sélection pose autant de soucis quand il s’agit de sport ou des arts en général. Or, dans ce cas précis, car ces classes particulières n’existent pas dans tous les établissements, on pourrait en effet parler de discrimination…
Vous mettez en avant les inégalités dans la répartition des moyens en fonction des territoires, mais n’est-ce pas là précisément que réside la discrimination principale ? Ne faudrait-il pas justement pallier ces inégalités avant de vouloir octroyer davantage d’autonomie aux établissements ? Je ne vois pas, encore une fois, comment le problème sera résolu sinon que certains établissements sauront préserver des « épis nobles » quand d’autres se contenteront d’épis de moindre qualité et tout cela au nom de l’adaptation au public accueilli, c'est-à-dire à l’implantation du collège dans un territoire donné.
Vous parlez, à ce titre, de concurrence des options qui devrait être réduite grâce à la réforme et là, j’avoue que votre naïveté m’étonne. Quand on suit avec attention ce que la réforme proposait en ce qui concerne les langues anciennes, on mesure à quel point celles-ci ont été maltraitées : entre disparition totale puis réapparition sous forme d’épi pour être finalement affublées d’ un enseignement de complément… on en perd son latin ! L’incohérence est loin d’être résolue puisque les langues anciennes sont la seule matière qui n’est plus une discipline à part entière mais vont tout de même faire de la figuration en interdisciplinarité. Je trouve le raisonnement pour le moins pervers ! Comment, les élèves (si l’épi LCA bien-sûr est choisi par l’établissement) pourront-ils à la fois s’initier et choisir de poursuivre celui-ci en enseignement de complément ? Qui choisira, d’ailleurs, la langue de complément ? Ceux qui voudront poursuivre sur la langue, détachée de son module culturel ? Comment peut-on imaginer un choix aussi absurde ? Les professeurs de lettres classiques ont bien montré en quoi leur discipline est interdisciplinaire par essence. docs.google.com/document/d/1gagEsoUHojXu...EyEYt0GQ0/edit?pli=1

« l’éducation nationale ne propose que du « plus » à ceux qui peuvent plus. » On peut rétorquer qu’elle proposera du moins à ceux qui peuvent plus et rien de plus à ceux qui n’ont pas grand chose, car vous suggérez, dans un esprit de déterminisme social, que seuls les élèves de milieux privilégiés sont capables de faire plus. Ceci est une injure faite aux enfants de milieux modestes à qui il ne serait pas nécessaire de proposer de s’élever socialement ou simplement de s’épanouir dans autre chose que le développement durable ou le monde de l’entreprise…
De ce point de vue, d’ailleurs, quelles sont les perspectives d’horizon offertes par ces épis dont les contenus semblent déjà déterminés à l’avance ? L’inspection aussi semble s’en inquiéter. www.syndicat-ia.fr/actualites/2015/20mai...-clg_analyse_sia.pdf
Toute cette terminologie ne laisse présager que du très politiquement correct … Mais que font les LCA dans cette galère ? Où est la cohérence ? Quel sens donner à ce moment-là aux LCA ? Seraient-elles devenues elles aussi vectrices de bien-pensance ?
Quant à croire que l’interdisciplinarité est le remède à tous les maux (et surtout à l’ennui !) cela est bien difficile quand on enseigne depuis déjà plusieurs années. En ce qui me concerne, j’enseigne l’anglais depuis 30 ans et je constate hélas que seuls les élèves dont les moyens financiers le permettent peuvent acquérir une bonne maîtrise de la langue… En lycée, nos horaires ont baissé, nos exigences aussi par conséquent. Du coup, il n’est même plus question d’un véritable programme culturel ou linguistique (remplacé par de vagues notions). Nous jonglons entre les deux sans pouvoir approfondir aucun des deux.
Pourquoi ne pas proposer les LCA dès la 6ème de façon obligatoire, en cohérence avec le programme d’histoire ? Certains suggèrent même un apprentissage (non évalué) dès le primaire ou la maternelle (expérience décrite dans L’Obs de cette semaine). Cela me rappelle le slogan autour de l’allaitement maternel : « vous pouvez allaiter quelques jours seulement, le bébé pourra en tirer profit, vous lui transmettez vos anti-corps. Vous pourrez ensuite passer au biberon… » En effet, le contraire est impossible : habitué au biberon, le bébé se détourne du sein . Il se pourrait que la même chose se produise avec le latin et le grec (mais pas seulement !) : peu familiarisés à « têter » de façon soutenue, nos élèves pourraient bien ne vouloir qu’un biberon d’éducation artificielle sans saveur.

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