1er avril 2015

Le projet d’arrêté relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège a été rendu public sur le site d’un syndicat.

Force est de constater que l’enseignement des langues anciennes, malgré les apparences rassurantes d’un horaire préservé, est plus que jamais en sursis.

Après de nombreux revirements, il se trouve à présent divisé en deux parties, curieusement articulées : l’enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) dérogatoire de « langues et cultures de l’antiquité » (LCA), toujours sans horaire déterminé, et son « enseignement de complément », l'équivalent d'une option (avec un horaire « dans la limite » d’une heure en 5e et de deux heures en 4e et 3e).

Plusieurs observations s’imposent :

1) De telles dispositions laissent supposer :

- que ces horaires ne seront qu’un simple maximum non exigible (« dans la limite »), s'ajoutant à des EPI dont l'horaire n'est lui-même pas fixé.

- que cet enseignement ne sera proposé que dans les établissements où sera proposé l’EPI LCA. A noter, avec cet intitulé, qu'il ne s'agit toujours pas d'enseigner une et une seule langue ancienne.

2) Comment articuler, d’un point de vue pédagogique, un EPI choisi par certains élèves avec son enseignement de complément, et par d’autres, sans ? 

3) L’« enseignement de complément » complèterait donc un enseignement lui-même « complémentaire » (sic), un EPI. Or, dans leur principe même, les EPI ne sont que des modalités de travail d’une seule et même discipline. C’est toute l’absurdité d’une réforme qui veut transformer deux disciplines, le latin et le grec ancien, en modalités de travail d’autres disciplines !

4) Mais le plus grave demeure : d’une part l’« enseignement de complément » est pris sur la « dotation horaire est mise à la disposition des établissements afin de favoriser le travail en groupes à effectifs réduits et les interventions conjointes de plusieurs enseignants ». Il faudra donc, dans chaque établissement, choisir entre ces modalités de travail et un enseignement optionnel. D’autre part l’EPI LCA, s'il correspond bien à l'enseignement d'une langue ancienne, ne peut que voir son horaire pris sur l’horaire de français, ce qui compromet gravement son existence même et par là-même celle de son « enseignement de complément ».

Ajoutons toutes les questions relatives au caractère "dérogatoire" de l'EPI LCA : est-il bien assuré par le seul professeur de lettres classiques (assuré par des professeurs d'autres disciplines, comme l'histoire-géographie par exemple, il ne s'agirait plus de l'enseignement d'une langue) ? Est-il bien choisi par les élèves, contrairement aux autres EPI ? Le cas échéant nécessite-t-il de créer des classes suivies de latinistes (ce que l'option ne faisait pas) ? Reconductible sur trois ans, suppose-t-il qu'on ne puisse le choisir en 4e et en 3e ? etc.

Conclusion

Déjà désarticulé en deux parties boiteuses, l’enseignement des langues anciennes semble de plus bien précaire et fragilisé par ces mises en concurrence incompréhensibles. Ces dispositions, en l'état, semblent avoir moins vocation à assurer la permanence d'un enseignement de langues anciennes qu’à en donner l’illusion.

L'appellation flatteuse, et trompeuse, "langues et cultures de l'antiquité" montre assez qu'il s'agit de toute façon de renoncer à l'enseignement des deux langues anciennes.

@loysbonod