2 octobre 2019

20191002 fiction

On se doutait que cette spécialité serait rare, voire confidentielle.

Mais, à l'occasion de la difficile mise en place de la réforme du lycée 2019, certains élèves ayant choisi la spécialité "Littératures et langues et cultures de l'antiquité" (comme à Henri-IV) ont pu constater que les (quatre) heures de leur spécialité n'étaient pas fléchées à la rentrée et qu'on les invitait finalement à rejoindre (pour trois heures) le cours de l'option latin ou grec ancien.

Des programmes très (trop ?) proches

Le programme de l'enseignement de spécialité est distinct du programme de l'enseignement optionnel (voir ici pour leur publication séparée au Bulletin Officiel en janvier 2019) mais il est vrai que les deux programmes ont des objets d'études assez voisins :

- Spécialité LLCA : La cité entre réalités et utopies ; Justice des dieux, justice des hommes; Amour, Amours; Méditerranée:conflits, influences et échanges.

- Option LCA : Vivre dans la cité ; Les dieux dans la cité ; Masculin, féminin ; Méditerranée:conflits, influences et échanges.

Au delà de ces objets d'études très voisins, les cinq premières pages des deux programmes sont, intitulé mis à part, quasi identiques (il suffit de survoler l'image suivante pour afficher le programme de l'enseignement optionnel à la place de l'enseignement de spécialité) :

20191001 spe

La proximité est si grande entre les deux programmes que le programme de spécialité évoque même le programme de seconde ou l'accueil des élèves en seconde : il semble bien que ce copié-collé malheureux soit révélateur.

Une aberration pédagogique

Il semble difficile, pour des débutants ayant choisi la spécialité LLCA grec ancien, de commencer à l'étudier... pendant le cours de latin, d'autant que cet enseignement optionnel concerne des élèves ayant commencé le latin quatre auparavant !

Et pour les confirmés, qui suivaient donc déjà une option de langue ancienne depuis le collège, ils seraient donc amenés soit à étudier deux fois la même chose ou presque, soit à n'avoir que quatre heures de cours au lieu de sept (trois heures d'option et quatre heures de spécialité). Rappelons que le ministère vantait la possibilité d'étudier les langues anciennes jusqu'à neuf heures par semaine en terminale !

Ajoutons que les modalités d'évaluation sont radicalement différentes : contrôle continu dans un cas, épreuve terminale dans l'autre !

La conclusion de cette grande similitude des programmes et de la confusion, dans les faits, entre l'enseignement de spécialité et l'enseignement optionnel est que ce nouvel "enseignement de spécialité" LLCA, mis en avant par le ministre comme attestant de sa volonté de donner un "nouvel élan" à l'enseignement des langues anciennes, est en réalité une pure fiction administrative.

Comme pour le coefficient de l'option LCA faussement rétabli (après avoir été supprimé), l'existence purement virtuelle de cet enseignement de spécialité relève donc d'un nouveau triomphe de la communication. Dans les deux cas, comme en atteste son sort dans un des lycées pourtant les plus prestigieux de France, c'est l'existence à court terme de l'enseignement des langues anciennes en France qui est en jeu.

@loysbonod

Billet rectifié : l'enseignement de spécialité porte en principe sur une des deux langues anciennes.