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9 avril 2015

L'article du "Monde" du 9 avril 2015 consacré à la suppression des langues anciennes et intitulé "Aux armes et cætera" mérite quelques petits rectificatifs.

Il comporte en effet plusieurs erreurs factuelles, plus ou moins graves. Contrairement à ce qu'il affirme :

- Le latin n'est plus dispensé dans des classes de latinistes depuis longtemps, sauf exception. Les latinistes et hellénistes, répartis sur plusieurs classes, subissent par conséquent des horaires d'options souvent pénibles en raison des alignements rendus nécessaires.

- Les langues anciennes ne sont absolument pas prises en compte dans l'affectation post-3e à Paris.

- Mais surtout il est faux d'affirmer que "le latin sera bien enseigné, à compter de la rentrée 2016, dans le cadre de nouveaux « modules interdisciplinaires »". Les EPI ne permettent en effet pas l'enseignement des langues anciennes, de l'aveu même des représentants du ministère.

Comment croire enfin, en citant un Bourdieu des années 1960, que le latin serait le marqueur de l'élitisme scolaire dans l'école de 2015, quand la filière littéraire est aujourd'hui mourante, dans le secondaire comme dans le supérieur, et que la filière scientifique est devenue la voie royale depuis plusieurs décennies ?

Cette suppression brutale des options de langues anciennes ne fera d'ailleurs qu'aggraver un peu plus ce phénomène contre lequel tous les ministres de l’Éducation nationale successifs prétendent lutter.

In cauda venenum

L'auteur de l'article donne in fine raison au ministère en opposant grossièrement les académies de Créteil et de Paris (dans laquelle 1/5 des établissements publics sont classés REP ou REP+ et dans laquelle 1/3 des collégiens sont scolarisés dans le privé) : mais ce serait évoquer une ségrégation bien réelle.

Dommage que l'opportune "source ministérielle" du "Monde" n'indique pas combien de postes de lettres classiques, une discipline déjà largement déficitaire (deux postes sur trois non pourvus en 2014), ne sont pas pourvus dans cette académie elle-même déficitaire.

Ou qu'elle n'indique pas combien d'élèves de REP sont actuellement latinistes ou hellénistes et seront donc privés de cette opportunité dans le collège 2016.

Citons à ce sujet le dernier rapport de l'IGEN sur "L’enseignement des langues et cultures de l’antiquité dans le second degré" (août 2011) :

Loys Bonod