31 mars 2015

Julien Duruisseau du Sgen-CFDT : "Désintox de la semaine : ὕϐρις"

Désintox de la semaine : ὕϐρις

par

 

« Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde. » Socrate

 

Le projet de réforme du collège provoque des dies iræ de certaines organisations syndicales qui n’hésitent pas à produire des communications adressées à tous les collègues appelant à la guerre et plus encore si nécessaire. Pardonnons-leur car ira furor brevis est.

Quel est donc le casus belli qui amène une organisation à se poser en dux bellorum d’une profession qui serait attaquée ? C’est le changement. Voilà qu’une Ministre a l’outrecuidance de vouloir changer un collège ab agendo. Et à cette proposition, un syndicat répond par un communiqué incendiaire mais qu’il se rassure car omnia mutantur, nihil interit.

Pour le Sgen-CFDT, tempora mutantur et nos mutamur in illis. Certes le changement fait peur car on sait ce que l’on quitte mais pas ce vers quoi l’on va. Deux chiffres sont significatifs dans le projet de réforme : 20 et 4000.

20, c’est le pourcentage de la dotation des collèges qui sera laissée à leur autonomie. Ce qui signifie que les 80% resteront dans le cadre national. Cette marge doit permettre aux équipes de créer elles-mêmes les actions dont ont besoin leurs élèves. Cette marge est pour le Sgen-CFDT la traduction d’une confiance que l’employeur accorde à ses agents, à leur capacité d’autonomie, de conception pour mettre en œuvre une politique éducative adaptée aux besoins des élèves. Jusqu’à présent, l’enseignant est l’un des rares cadres A, dit concepteur, à se voir dicter l’intégralité de son activité par une réglementation nationale. Pour le Sgen-CFDT qui revendique fièrement l’appartenance des enseignants au cadre et aux cadres de la Fonction publique, cette autonomie – encore insuffisante, elle devrait atteindre 30% – est la première reconnaissance de la capacité de conception.

4000 c’est le nombre d’ETP nécessaires à créer les 20% d’autonomie sans toucher aux horaires disciplinaires. En effet, l’horaire professeur va passer de 110,5 heures sur 4 ans de collège pour une classe à 114,5 heures. Mécaniquement il faut donc augmenter les moyens des collèges. Ce ne seront donc pas 4000 enseignants en plus mais l’équivalent du service de 4000 enseignants. Ces moyens, ainsi que le budget indemnitaire (IMP + décharges) devraient être encore abondés pour faciliter et encourager les collègues à se rencontrer et à travailler ensemble (au-delà de la concertation dite « de la machine à café »). Plus avant, ce temps devrait être intégré dans le service enseignant.

Ainsi statu quo ante bellum, il y a moins d’heures qu’il n’y en aura après « la guerre ». Pour le Sgen-CFDT, il n’est plus temps de reporter la réforme du collège sine die. Pour le Sgen-CFDT c’est aux collègues de s’emparer des marges qui leur sont données car accipe quam primum, brevis est occasio lucri. Les opposants à cette réforme, comme à toute autre d’ailleurs, « réfléchissent » selon un modèle a falsis principiis proficisci. Il nous faut leur rappeler que et suppositio nil ponit in esse.

Ergo il ne faut pas rentrer dans leur jeu : ils commencent par le défaut qu’ils voient et arrivent au chaos qu’ils imaginent. Le Sgen-CFDT se refuse de suivre ce schéma de type abyssum abyssum invocat. Pour le Sgen-CFDT, si abundans cautela non nocet, spes messis in semine.

 

Glossaire :

dies iræ : jours de colères

ira furor brevis est : la colère est une courte folie

casus belli : occasion de guerre

dux bellorum : chef de guerre

ab agendo : obsolète

omnia mutantur, nihil interit : tout change, rien ne meurt

tempora mutantur et nos mutamur in illis : les temps changent et nous aussi changeons avec eux

statu quo ante bellum : l’état qui prévalait avant la guerre

sine die : sans date

accipe quam primum, brevis est occasio lucri : agis de suite, les chances de réussite durent peu

a falsis principiis proficisci : qui résulte de principes faux

et suppositio nil ponit in esse : supposer une chose ne lui confère pas l’existence

Ergo : donc

abyssum abyssum invocat : l’abîme appelle l’abîme

abundans cautela non nocet : l’excès de prudence ne nuit pas

spes messis in semine : l’espoir de la moisson est dans la semence