27 mars 2015

Emmanuel Davidenkoff dans "L'Express" : "Réforme du collège: la chasse au latin"

Réforme du collège: la chasse au latin

Le rapport "coût-avantages" des études littéraires est, aujourd'hui, le plus défavorable du système éducatif. Les jeunes en ont pris acte, et leur désamour des langues anciennes n'est que le symptôme de ce mal.

Alea jacta est ! La réforme du collège risque de porter un coup fatal à l'enseignement des langues et cultures de l'Antiquité. C'est du moins ce qu'affirment les défenseurs du latin et du grec, l'Education nationale expliquant pour sa part que sa réforme, au contraire, pourrait ressusciter les langues mortes. Sans que quiconque rappelle que l'affaissement de la pratique des langues antiques n'est que l'indice d'une faillite autrement plus spectaculaire : celle des humanités. 

En un siècle, la part des bacheliers littéraires est passée de 80% à moins de 10%. Les explications de cet effondrement sont multiples : montée des écoles d'ingénieurs et des filières technologiques; concurrence des bacs économiques depuis la création du bac B (devenu ES) à la fin des années 1960; création de centaines de grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs, capables d'absorber la totalité du flux d'élèves des classes préparatoires économiques et scientifiques, tandis que les prépas littéraires réservent à moins de 5% des candidats l'accès à la prestigieuse Ecole normale supérieure. Pour le dire crûment : le rapport "coût-avantages" des études littéraires est, aujourd'hui, le plus défavorable du système éducatif. Les jeunes en ont pris acte, et leur désamour des langues anciennes n'est que le symptôme de ce mal. 

Les initiatives visant à renverser la tendance existent pourtant depuis que feu le philosophe Alain Etchegoyen tenta, dans un essai à succès, de revaloriser le "capital lettres" (1). A la même époque, François Bayrou, agrégé de lettres classiques, alors ministre de l'Education, crut sauver la filière littéraire en transformant le bac A en bac L et en promouvant une réforme des programmes qui se révéla finalement un tue-l'amour des lettres. Plus récemment, au ministère de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse se fit pasionaria des mastères littéraires, tandis que Serge Villepelet, l'ancien patron récemment décédé de Price - waterhouseCoopers France, temple des diplômés d'écoles de commerce, lançait le programme Phénix, qui favorise l'accès à l'entreprise des étudiants en lettres, dont la neuvième édition s'ouvre ces jours-ci. 

L'effort se poursuit. Des enseignants passionnés s'échinent à traquer l'influence des civilisations grecque et latine dans notre vie quotidienne et culturelle pour en faire vibrer l'actualité, notamment autour du collectif "Arrête ton char". 

Les "humanités du XXIe siècle"

Des licences "humanités" émergent sur les campus, comme à Paris-Ouest-Nanterre-la Défense ou à l'Institut catholique de Paris. Des écoles de commerce et des instituts d'études politiques de province se sont accordés pour piocher des étudiants dans les prépas littéraires, via la BEL, la nouvelle banque d'épreuves littéraires, qui permet à 10 % d'entre eux d'intégrer une grande école - progrès certes significatif, mais, à ce rythme, il faudra quelques décennies pour que les prépas littéraires redeviennent aussi attractives que leurs concurrentes. 

Toutes ces initiatives, louables, n'ont pas encore fait bouger les lignes. Il y a donc urgence à passer la vitesse supérieure. Car cette crise ne concerne pas seulement les amoureux des belles-lettres. Penser le monde que nous préparent les révolutions du numérique, du génome ou des nanotechnologies impose de convier autant - si ce n'est plus - l'éthique, la philosophie, le droit, l'histoire ou la sociologie que les sciences et les techniques.  

Ce sont ces disciplines, ces "humanités du XXIe siècle", qui nous aideront à éviter le monde qu'annonce la littérature d'anticipation depuis Orwell et Huxley - hypercontrôle social et politique, eugénisme larvé, anesthésie des consciences par les mass media... Si quelques heures de latin et de grec supplémentaires au collège suffisaient à préserver notre civilisation, l'affaire serait simple. Malheureusement, le chantier est d'une tout autre ampleur.

 

(1) Le Capital lettres. Des littéraires pour l'entreprise (François Bourin, 1990). 



Anonymes a répondu au sujet : #533 il y a 4 ans 4 mois
aujourd’hui.mdame Pekresse tu veux annuller les cours de Latin et les cours de Grecs Touche plutôt a réviser ton salaire.Toi t.as du boulot.Tu vois j.ai plus confiance a ceux qui enseigne ces langues Latin.Grec..ect...Car je pense que tu ferai mieux de démissionner avant qu.on vous charte en 2017.Tu sais ma pauvre ces langues me parle plus que toi tu me parles.Je vais dire ce que tout le monde pense Tu sert a rien des comme toi en a plein qui sert a rien au pouvoir ce qui me fait mal c.est que me lève le matin pour que t.ai un salaire