24 mars 2015

"Le Parisien" : "Le collège y perd son latin"

Le collège y perd son latin

 

Les profs de langues anciennes redoutent d'être les grands perdants de la réforme du collège que la ministre présente aujourd'hui à des parlementaires.

Véronique Maribon-Ferret

Rosa, Rosa, Rosam... Les déclinaisons latines sont-elles une espèce en voie de disparition dans les emplois du temps des collégiens français  ? Une pétition est en ligne et des messages ont été envoyés aux parlementaires de la commission des Affaires culturelles et de l'Education, devant lesquels la ministre présente aujourd'hui le projet de réforme du collège.

 

Les profs de latin et de grec paniquent, redoutent d'être les perdants de cette réforme présentée le 11 mars et qui entrera en vigueur en septembre 2016. Leurs représentants et des parents bataillent pour préserver des horaires d'enseignement « dignes » de ces langues et cultures de l'Antiquité qui séduisent encore 20 % des collégiens français (pour le latin), soit plus de 400 000 élèves, public et privé confondus.

Ce qui existait, ce qui est proposé

Aujourd'hui, le latin est une option, que les collégiens peuvent choisir à partir de la 5e. Cela représente deux heures d'enseignement supplémentaire, puis trois heures de la 4e à la 3e. L'option est évaluée au brevet, en contrôle continu. Demain, elle disparaît en tant que matière spécifique et intègre les nouveaux EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires). Des enseignements par projets, concrets, « pour donner du sens aux apprentissages » pour lesquels plusieurs profs pourront intervenir... Le latin fera partie d'un des huit EPI possibles, baptisé langues et cultures de l'Antiquité. Ils pourront être assurés par des profs de latin, mais aussi de français ou d'histoire... Les élèves travailleront sur au moins deux EPI chaque année. Les langues anciennes disposeront d'une dérogation pour que les latinistes puissent, s'ils le souhaitent, poursuivre cet apprentissage en continu jusqu'à la 3e. Combien d'heures leur seront consacrées ? « C'est en discussion », précise le ministère, sachant que quatre heures au total seront dédiées à deux EPI, plus l'accompagnement personnalisé (une heure minimum).

Des profs remontés

Passéiste, le latin ? Sur les réseaux sociaux, les profs de lettres classiques prouvent le contraire. Grands utilisateurs de Facebook et de Twitter, les forts en thème font du bruit sur la toile. Les #jesuislatiniste et #jesuishelléniste sont légion, abondamment relayés par l'association prolatiniste Arrête ton char. Du côté des syndicats, le Snalc est le plus virulent. « Les EPI ne sont pas des heures en plus, comme l'est l'option latin aujourd'hui. Ce sont des cours interdisciplinaires qui sont pris sur les autres heures de discipline, tempête le secrétaire général, Jean-Rémi Girard. Cela est absurde, il faut un enseignement structuré de la langue latine, avec des profs formés. Ce n'est pas seulement un vernis culturel. » Il n'y aura « pas de saupoudrage », promet le ministère, qui met aussi en avant une initiation plus importante qu'aujourd'hui à ces langues et cultures anciennes, à l'étymologie, dans le cadre des cours de français, « pour aider les élèves à mieux maîtriser la langue française ». Reste que les EPI seront bâtis par les équipes éducatives de chaque établissement, même si leurs thèmes de travail seront inscrits dans les programmes.

Des parents d'élèves divisés

La FCPE, première fédération de parents d'élèves, classée à gauche, applaudit cette réforme. « Aujourd'hui, le latin, ça fait plaisir à quelques parents qui disent : Ça te fera du bien ! Ça sert à une minorité, ça sert à trier, assure le président, Paul Raoult. Jusqu'en 3e, il faut le plus d'enseignements communs possible. » A l'opposé, la PEEP grogne. « Non, le latin n'est pas élitiste, tous les élèves peuvent l'apprendre, plaide Valérie Marty, la présidente. On ne comprend pas le sens de cette disparition de l'option, si ce n'est dans un but d'économie. Si c'est la fin du latin et du grec, qu'on le dise ! »