23 mars 2015

Dans "La Lettre de l'éducation" du "Monde" : "La réforme du collège déclenche une nouvelle bataille du latin-grec".

La réforme du collège déclenche une nouvelle bataille du latin-grec

Parmi les différents angles possibles de contestation de la réforme du collège, c’est celui qui est apparu en premier : les professeurs de langues anciennes jugent leur enseignement menacé et n’accordent aucun crédit aux démentis du ministère de l’éducation à ce propos.

C’est une des controverses qui pourraient marquer du sceau de la polémique la réforme du collège sur laquelle la concertation avec les syndicats a commencé le 17 mars au ministère de l’éducation nationale. Elle concerne les langues anciennes, dont les enseignants craignent majoritairement qu’elle s’effectue au détriment de leur discipline et ne sont pas convaincus par les démentis apportés à ce sujet par le ministère.

Le 13 mars, Florence Robine, directrice générale des enseignements scolaires, indiquait que « le latin ne sera plus une option proposée en plus des autres matières », mais l’un des nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) prévus par la réforme. Elle ajoutait que cet EPI sera « dérogatoire » car « il pourra être suivi tout au long de l’année, et même jusqu’à la fin du collège ». En outre, le ministère avait déjà annoncé que « des éléments culturels et linguistiques des langues anciennes seront intégrés dans le programme de français ». Suscitant l’agacement des partisans de la réforme, les enseignants de langues anciennes ont aussitôt accentué leur mobilisation, en priorité sur les réseaux sociaux et sur le thème de « la mort du latin »... et du grec ancien. L’option de grec ancien ne démarre qu’à partir de la 3e et n’est suivie que par 1,5 % des élèves.

L’option latin au collège, en revanche, est beaucoup plus massive : démarrant en 5e, elle concerne 20 % des collégiens de ce niveau, connaît de classe en classe une légère déperdition qui la fait baisser à 17,4 % en 3e (chiffres de la rentrée 2013), et rassemble au total 442 000 élèves sur les 3 872 000 collégiens. Son horaire hebdomadaire, qui s’ajoute au temps scolaire obligatoire, est de 2 heures en 5e, puis de 3 heures en 4e et 3e. Au lycée, toutefois, il ne reste plus que 5 % de latinistes, proportion en légère augmentation depuis dix ans. A cet état des lieux s’oppose la perspective des EPI, l’une des trois modalités nouvelles d’enseignement prévues par la réforme sur 20 % du temps des enseignants. Répartis sur 8 thématiques différentes, dont les « langues et cultures de l’Antiquité » (LCA), ces EPI sont censés changer chaque semestre (d’où le caractère « dérogatoire » de leur possible continuité). L’argument clé du ministère est que, travers ces nouveaux enseignements, inclus dans l’horaire normal des élèves, et grâce aux futurs programmes de français, les LCA deviendraient « accessibles à tous ». Les professeurs concernés ne l’entendent pas ainsi et en concluent que l’on veut troquer leur enseignement contre une « initiation » à caractère aléatoire.

Ils réfutent les accusations d’élitisme portées à leur encontre. « Un cliché totalement dépassé », assure Robert Delord, animateur du site et de l’association Arrête ton char, voué à la promotion des langues anciennes. « Nos classes sont très hétérogènes et répondent à une demande sociale montante parmi les élèves et les familles des milieux populaires. » Comme beaucoup de ses collègues n’exerçant pas en milieu favorisé, ce jeune professeur de lettres classiques, primé en 2011 lors du Forum des enseignants innovants du Café pédagogique, se démarque de la mouvance traditionnelle des défenseurs des langues anciennes, plutôt conservatrice. « Nous sommes parmi les enseignants dont les pratiques se sont le plus renouvelées ces dernières années. »

Nouvelle ou ancienne, les deux « écoles » du latin-grec s’engagent dans une fronde commune contre le projet ministériel.