18 avril 2015

"Le Télégramme" : "Réforme du collège. Les langues se délient"

Réforme du collège. Les langues se délient

La réforme des collèges fait des vagues, en particulier la suppression des classes bilangues en sixième et celle des options latin-grec, qui divisent profondément le monde de l'éducation.

Deux langues pour tous en cinquième

La suppression des classes bilangues en sixième (16 % des collégiens), qui inquiète les professeurs d'allemand (et même Berlin), vise à permettre à 100 % des élèves de commencer une deuxième langue plus tôt, dès la cinquième, selon le gouvernement. Actuellement, la deuxième langue vivante (LV2) est enseignée trois heures par semaine en quatrième et troisième. Désormais, elle aura un horaire de 2,5 heures par semaine de la cinquième à la troisième, et ce, à partir de 2016. L'Association pour le développement de l'enseignement de l'allemand en France réclame, elle, « trois heures minimum par semaine », dans une pétition pour le maintien des classes bilangues et européennes signée par plus de 25.000 personnes. Interpellée à l'Assemblée, la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a assuré que la réforme ne portait pas atteinte à l'allemand, étudié en classe bilangue par 10,9 % des collégiens. Le ministère prévoit d'augmenter le nombre de postes au concours pour les professeurs d'allemand. La LV2, dès la cinquième, « est une évolution logique dans un environnement plus ouvert sur le monde », estime, de son côté, la fédération de parents d'élèves Peep, mais ce n'est pas suffisant « pour garantir une meilleure maîtrise de la langue à la fin de la scolarité ». Parallèlement à cette réforme, l'apprentissage de la LV1 en CP sera généralisé à la rentrée 2016.
 

Options latin-grec : coup de grâce ou coup de fouet ?

La ministre l'assure : « Non, le latin et le grec ne disparaissent pas du collège. Au contraire, ils sont renforcés ». Pas de quoi rassurer, pourtant, les associations de professeurs de langues anciennes qui, depuis la mi-mars, alertent l'opinion sur la disparition programmée, selon eux, du latin et du grec. Deux pétitions ont recueilli quelque 35.000 signatures chacune. Et le latin a retenti au Palais Bourbon lorsque la députée UMP, Virginie Duby-Muller, a déclaré « errare humanum est, perseverare diabolicum » pour enjoindre le gouvernement à faire marche arrière. Actuellement, l'option latin démarre en cinquième (20 % des collégiens) avec deux heures hebdomadaires, puis trois heures en quatrième et troisième. Pour le grec, c'est trois heures par semaine, en troisième. Dans la dernière mouture du projet, ces options sont remplacées par un autre dispositif : un des huit nouveaux Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) sera consacré aux Langues et cultures de l'Antiquité, ainsi qu'un « enseignement de complément » (une heure en cinquième, puis deux heures en troisième et quatrième). EPI et accompagnement personnalisé représentent quatre des 26 heures de cours hebdomadaires des collégiens, mais les profs de langues anciennes craignent de se retrouver avec la portion congrue. « Nous ne figurons pas dans un horaire, mais seulement dans un EPI qui sera pris sur les horaires des autres disciplines », regrette François Martin, professeur de français-latin-grec dans un collège d'éducation prioritaire en Seine-Saint-Denis, qui rappelle l'apport du latin à une meilleure maîtrise de la syntaxe et du vocabulaire.