17 avril 2015

iTélé : "Réforme du collège : la crainte de voir disparaitre le latin et le grec persiste"

Réforme du collège : la crainte de voir disparaitre le latin et le grec persiste

 

Depuis des semaines, Najat Vallaud-Belkacem se veut rassurante sur la question de l'enseignement du latin et du grec au collège. Elle affirme que ces matières ne disparaitront pas. Pourtant, la polémique ne désenfle pas. Politiques, anonymes et professeurs de langues anciennes alertent la ministre.

Le latin et le grec "renforcés au collège" assure NVB

La réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem ne fait pas consensus. La preuve, une intersyndicale a appelé les enseignants à la grève le 19 mai prochain. L'appel à la grève, lancé jeudi 16 mars, semble avoir fait réagir la ministre puisque le lendemain, elle a écrit une lettre aux enseignants pour défendre sa réforme, inspirée, selon elle, de pratiques "qui ont fait preuve de leur efficacité".

Plusieurs mesures sont critiquées, telles que l'abandon des classes bilangues ou encore les changements apportés à l'enseignement du grec et du latin. La réforme prévoit en effet le remplacement des options latin-grec par des cours consacrés aux langues et aux cultures de l’Antiquité. Ce ne sera plus une option facultative mais un "Enseignement pratique interdisciplinaire" (EPI). Les élèves auront le choix, dans chaque collège, entre plusieurs EPI sur divers thèmes. 

Actuellement, l'option latin est proposée à partir de la classe de 5ème et le grec à partir de la 3ème.

Un tel changement ne menace pas l’apprentissage des deux langues, assure depuis des semaines la ministre de l’Education. Lundi, Najat Vallaud Belkacem déclarait : "non, le latin et le grec ne disparaissent pas du collège. Au contraire, ils sont renforcés", réaffirmant ce qu’elle disait en février :

Je vous confirme qu'il y aura le même nombre d'heures que peut avoir aujourd'hui l'option existante, donc les élèves n'y perdent rien.

"La ministre tue le latin et le grec"

Mais les déclarations de la ministre ne semblent pas rassurer les enseignants, bien au contraire. Dans un communiqué daté du 15 avril, un groupe d’associations de lettres et de langues anciennes s'insurge contre la mesure :

La ministre tue le latin et le grec comme langues et comme cultures liées à la découverte des textes. 

Une pétition, qui rassemble déjà plus de 37.000 signatures, demande à la ministre de :

maintenir l’enseignement optionnel du latin et du grec, chacun à part entière, selon les modalités d’enseignement actuelles, avec un vrai programme, et des horaires qui ne soient pas subordonnés à une quelconque autre matière dans le cadre envisagé des EPI.

François Martin, professeur de français-latin-grec dans un collège d'éducation prioritaire, tient le même discours :

Nous ne figurons pas dans un horaire, mais seulement dans un EPI qui sera pris sur les horaires des autres disciplines.

Ce professeur de 37 ans craint que les chefs d'établissement privilégient la consolidation des fondamentaux (maths, français...) lors des EPI, au détriment du grec et du latin.

Les politiques divisés sur la réforme

De son côté, le président du groupe PS à l'Assemblée nationale soutient la ministre de l'Education. Dans un communiqué publié vendredi 17 avril, Bruno Le Roux apporte son soutien à la réforme du collège, précisant notamment que "l'apprentissage du latin et du grec restera un enseignement à part entière dans les programmes du collège parce qu'il participe de la compréhension et de la maîtrise du français". 

Le changement du fonctionnement de l'apprentissage du latin et du grec au collège, avait été vivement critiqué par plusieurs politiciens, particulièrement Aurélie Filippetti et François Bayrou. Ce dernier a déclaré trouver "dégueulasse" la suppression de ces langues. Dans une interview au Figaro, le maire MoDem de Pau a déclaré :

C'est un déni d'égalité des chances. C'est une attaque frontale contre le caractère de promotion sociale de l'école qui permet à certains enfants d'échapper au poids des difficultés familiales, des milieux d'origine.

La réforme n'est pas si mauvaise, concède pour sa part Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDT, syndicat minoritaire et réformiste. Selon lui, bien que les classes latin ont permis à des établissements en zone défavorisée de rester attractifs, la mixité sociale existait peu au sein des classes de latinistes. M. Sève déclare à l'AFP :

Il faut se battre pour la réussite de tous les élèves. Si l'on veut relancer le vivier des latinistes, initier tous les élèves aux cultures antiques avant d'aborder la langue et donner du sens en mobilisant d'autres matières me semblent judicieux. Même si ce n'est jamais facile de passer d'un modèle à l'autre.

Maïna Fauliot-Marjany (@MainaFauliot)