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13 avril 2015

Sophie Coignard dans "Le Point" : "Éducation nationale, la haine de l'excellence"

 

Coignard : Éducation nationale, la haine de l'excellence

La suppression du latin et du grec comme disciplines est entérinée. Un attentat contre la culture, et surtout contre l'égalité.

Par Sophie Coignard

La curiosité n'est emprisonnée dans aucune catégorie "socioculturelle". L'envie d'apprendre non plus. C'est pour cette raison, entre autres, que l'apprentissage du latin et du grec font partie des "humanités". Humanités : un terme que le Conseil supérieur de l'éducation semble avoir rayé de sa carte. Mardi 10 mars, il a approuvé le projet de réforme des collèges, aux termes duquel ces langues anciennes deviennent de simples "EPI", des enseignements pratiques interdisciplinaires, au même titre que "corps, santé et sécurité" ou encore "monde économique et professionnel".

Alors que la ministre de l'Éducation nationale répète à l'envi l'importance de la maîtrise du français et de la citoyenneté, de telles dispositions démentent tous ses discours : comment comprendre les mots et la démocratie sans savoir d'où ils viennent ?

Il n'existe aucune autre matière, enseignée dès le collège, à propos de laquelle tous les élèves se trouvent à ce point sur un pied d'égalité : les parents peuvent bien être des cadors de la finance, des as du CAC 40, ils ne sont, la plupart du temps, d'aucun secours pour donner un coup de pouce à leur enfant en grec ou en latin. Mais voilà : ces matières souffrent d'un délit d'élitisme, comme il existe un délit de sale gueule.

Réservé à une élite

Le résultat de cette brillante réforme est d'ores et déjà prévisible : le latin et le grec continueront d'être enseignés dans quelques établissements d'exception, auxquels les enfants des classes les plus modestes n'ont presque jamais accès. Partout ailleurs, ils seront réduits à l'état d'activités récréatives, où il sera question, dans le meilleur des cas, de récits de civilisation et de mythologie, mais en aucun cas d'apprentissage rigoureux d'une langue.

Dans le compte rendu d'une réunion du 31 mars 2015 des associations de défense des langues anciennes avec le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, il apparaît que les élèves pourront, "s'ils le veulent", obtenir un complément de langue. Comment demander à un élève de collège de revendiquer l'apprentissage du grec ou du latin ? Seuls les parents éclairés parviendront, dans le meilleur des cas, à l'exiger.



claire mallard a répondu au sujet : #556 il y a 4 ans 3 mois
Je suis enseignante de lettres de classiques ; je suis d'accord avec ce que vous dites ; j'ai un sentiment de gâchis intense ; j'aime enseigner l'origine des mots, voir briller les yeux de mes élèves quand par le miracle de l'étymologie, les notions en art, en civilisation, en politique, etc sont abordées...Je ne vais plus pouvoir transmettre ce que je sais...tous ces mots qui sont autant de valises pour commencer le voyage d'une vie riche et intelligente...comprendre le monde...d'hier et d'aujourd'hui ; est ce un crime que de vouloir transmettre dans de bonnes condition d'où nous venons ? Je suis déçue, tellement déçue de voir ces dirigeants préconiser une égalité des chances alors même qu'ils condamnent les élèves à la médiocrité ? Fille d'ouvriers, faisais je partie de la classe élitiste pour faire du latin et du grec ? Et puis, comment interpeller les médias pour qu'ils arrêtent de nous faire passer pour de "vieilles antiquItés" ? Comment mobiliser ceux qui ne sont pas enseignants mais qui partagent néanmoins notre point de vue ? Je vous pose la question : n'y a -t -il plus rien de possible pour résister ?
Merci