5 avril 2015

Dans le "Dauphiné Libéré" Pierre Vallier : "La culture transmise".

NONCHALANCES

par Pierre Vallier

La culture transmise

On dit à nouveau que les humanités sont des études essentielles pour former des citoyens cultivés et clairvoyants, mais qu'elles sont menacées par la réforme du collège. Certes on peut toujours lire "le Capital lettres" d'Alain Etchegoyen, ou même "L'Enseignement en détresse" de Jacqueline de Romilly. Cependant en ce moment, quelques voix autorisées, et plusieurs éditorialistes, s'inquiètent de la situation, même si le ministère pense qu'on peut aussi ressusciter les langues modes et les cultures de l'Antiquité et retrouver la voie qui conduit à l'excellence, la voie noble de l'École normale supérieure (Ulm). Ainsi Mm, de Romilly avait enseigné au Collège de France dans la chaire "la Grèce et la formation de la pensée morale et politique", puis on la retrouvait à l'Académie française. Elle avait été nommée pour son premier poste au lycée de Tournon, et m'avait accordé un entretien auquel je me suis reporté, alors qu'une menace pèse encore sur les humanités, même si de rares chefs d'industrie font également entrer dans leur direction des littéraires, car il en faut là également.

Cette femme, à Tournon, dans sa jeunesse, avait été sensible à l'éblouissement de la lumière comme à la fraîcheur du vent. "Là, ajoutait-elle, je n'enseignais que depuis un an, et l'expérience était merveilleuse car les études classiques jouent un rôle décisif dans la formation générale des jeunes." Le jour où nous nous sommes rencontrés, elle venait de recevoir deux lettres d'anciennes élèves ardéchoises, qui n'avaient rien oublié, "grâce à ce lien magnifique de la culture transmise".
Jacqueline de Romilly poursuivra jusqu'à la fin sa lutte contre la dégradation de la langue française, et reconnaissait avoir été "une enseignante follement heureuse. Dans mes cours il y avait du merveilleux, et je me sentais l'âge de mes élèves." Et tant qu'elle a pu, elle a vécu sur le même axe de vie : Paris — Tournon (pourquoi pas ?) Aix-en-Provence — la Grèce, naturellement. C'était pour elle l'axe magique.

"N'oubliez pas, m'avait-elle recommandé, de défendre sans repos les études classiques. latin-grec, indispensables pour la clarté de la pensée, mais aussi d'ailleurs pour l'expression dans la vie quotidienne".

Et toujours ce lien magnifique de la culture transmise.