13 novembre 2019

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A l'occasion d'une audition du ministre de l'Education nationale par la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat, Jean-Michel Blanquer a reconnu pour la première fois que les élèves choisissant les options de langues anciennes (comme de langues régionales) voient leurs efforts lésés par la réforme du baccalauréat 2021 (à partir de 18h27 sur la vidéo retransmise sur le site du Sénat) :

Pour les options, il y a toute une série de domaines où on fait ce reproche (pas seulement dans les langues régionales), où on dit : Puisque on a pris des mesures pour que les options n'aboutissent pas à donner plus de points (ce qui aboutissait dans le passé à ce qu'on puisse avoir plus que 20/20 au baccalauréat, ce qui était devenu une sorte d'inflation, presque de phénomène d'assignats dans notre système), nous avons voulu - il faut évidemment toujours un petit peu de courage pour faire ça -, nous avons voulu une sorte de retour à une forme de vérité de la motivation et de la notation. Mais les langues régionales ne sont pas spécifiquement concernées par cette mesure que nous avons prise et nous avons une politique d'encouragement des langues régionales et nous allons continuer.

 

Nos commentaires :

Après avoir supprimé le bonus accordé aux langues anciennes (17 juillet 2018), puis avoir soutenu qu'il serait restauré (30 septembre 2018 : "pas de régression, mais des progrès"), après avoir effectivement restauré ce bonus mais au tiers de sa valeur (31 décembre 2018), le ministre reconnaît pour la première fois publiquement qu'il s'agit bien d'une régression délibrée (et, selon lui, courageuse) : "on a pris des mesures pour que les options n'aboutissent pas à donner plus de points".

On ne peut néanmoins que s'étonner des arguments avancés pour justifier cette régression.

D'abord parce que les langues anciennes restent évaluées sous forme de bonus donnant "plus de points" aux termes du décret rectificatif du 31 décembre 2018 : "les points excédant 10 sur 20 [...] s'ajoutent à la somme des points obtenus par le candidat à l'examen".

Ensuite parce qu'accuser ce bonus d'une inflation des notes au bac est dépourvu de sens : le bonus de langues anciennes a toujours existé et l'inflation des mentions a été générale au baccalauréat depuis trente ans (toutes séries confondues d'ailleurs), lors même que latinistes et hellénistes ne constituent qu'une toute petite fraction des bacheliers (on peut observer l'inflation des mentions ici). Pour que de nombreux élèves puissent obtenir plus de 20/20, il faut que les points d'une option (de langues anciennes ou autres d'ailleurs) s'ajoutent à des notes de disciplines obligatoires déjà excellentes (plus de 19/20) : au fond, avec ces notes dépassant 20/20, les options ne font que révéler un phénomène beaucoup plus large dont on ne saurait les rendre responsables.

Enfin, parce que ce "retour à une forme de vérité de la motivation" est particulièrement injuste ; pourquoi une telle vérité ne serait-elle pas, en ce cas, demandée dans toutes les disciplines du baccalauréat, optionnelles ou obligatoires ? Il ne paraît pas illégitime que les latinistes, ayant étudié avec persévérance le latin depuis six ans au collège puis au lycée (à raison de 3h de cours par semaine et en ajoutant le travail personnel à la maison) puissent gagner, pour les meilleurs d'entre eux, jusqu'à un point au bac (ou presque) : en l'état de la réforme du baccalauréat, avec une note de 15/20 en latin, les latinistes, ne gagneront plus que... 0,15 point !

Par comparaison, le "grand oral", sans contenu ni programmes, sans horaire dédié, qui sera préparé à la hâte dans les derniers mois de l'année de Terminale, comptera pour deux points au bac : telle est la "vérité de la motivation et de la notation" dans le nouveau baccaléaurat : démotivant pour les élèves fournissant des efforts.

Pour les latinistes et les hellénistes, nul n'est besoin de montrer qu'il ne s'agit pas d'"une politique d'encouragement", mais bien de découragement.

@loysbonod