7 avril 2015

"La Dépêche" : "Les collèges ne veulent pas perdre leur latin"

 

Les collèges ne veulent pas perdre leur latin

Avec la réforme des collèges en préparation, les enseignants en langues anciennes et les parents d'élèves craignent de voir ces matières sacrifiées. Mais au rectorat, on se veut rassurant.

Les «humanités» déjà mal traitées dans l'Éducation nationale sont-elles définitivement en péril ? C'est ce que craignent les professeurs de langues anciennes qui se demandent à quelle sauce vont être mangés le latin et le grec dans la perspective de la réforme annoncée des collèges. Au cœur de leur inquiétude, la création des «enseignements pratiques interdisciplinaires» (EPI) regroupant les élèves dans un travail collectif de plusieurs matières, qui risque, selon eux, de marginaliser encore plus ce que l'on a longtemps appelé «les langues mortes». Pour les latinistes et les hellénistes, cette nouvelle façon de travailler va inévitablement grignoter du temps scolaire et limiter le choix de leur enseignement qui ne sera plus une option à part entière, mais une discipline «fondue» dans l'interdisciplinarité. Au rectorat de Toulouse, on se veut rassurant en précisant d'emblée qu'il n'a rien d'arrêté et que les arbitrages n'ont pas encore été faits. Ce devrait être le cas dans le courant du mois d'avril. «Une fois les choses bien comprises, les craintes devraient être levées, assure Richard Lehmann, inspecteur pédagogique chargé des langues anciennes sur toute l'académie de Midi-Pyrénées. Les questionnements ont été entendus, y compris, d'ailleurs au sein de l'institution. Pour les élèves qui le souhaitent, une heure d'enseignement complémentaire en cinquième et deux heures en quatrième et troisième seront maintenues pour les options latin ou grec. On retrouvera les mêmes horaires». Rien ne changerait donc, même si le rectorat concède que les fameux EPI doivent permettre aux petites têtes blondes de «travailler différemment» les matières en privilégiant les angles, l'écriture... «Les professeurs de langues anciennes seront associés comme les autres à l'interdisciplinarité qui est une approche innovante», souligne Richard Lehmann, qui, en spécialiste, est le premier à défendre cet enseignement.

«Contrairement aux idées reçues et à l'image du vieux prof poussiéreux, c'est sans doute le domaine où il y a le plus d'initiatives pédagogiques, plaide-t-il. Notamment en intégrant, le numérique et l'image. Il ne faut pas oublier que c'est une option et que l'on doit aussi séduire les élèves»... Et si, dans un monde en quête de ranaissance l'Antiquité revenait à la mode ? Et ses langues avec elles ? Alea jacta est !

Une pétition nationale sur le net

L'ensemble des associations de professeurs de langues anciennes appellent à signer une pétition adressée à la ministre pour défendre la cause du latin et du grec. «À la rentrée 2016, dans un État qui s'inquiète du niveau des élèves en langues, qui prône la réussite pour tous et la diffusion des valeurs humanistes chez le citoyen de demain, le latin et le grec ancien ne seront plus des options proposées aux élèves car elles ne seront même plus des disciplines, soulignent-elles. Elles deviennent des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI), mises en concurrence avec tous les autres projets de l'établissement, qui aura la charge de faire le choix selon les moyens qui lui auront été accordés. Concrètement, cela signifie la disparition de l'enseignement des langues et cultures de l'Antiquité là où elles sont présentes aujourd'hui, car leur maintien ne tiendra qu'au bon vouloir local, après d'inévitables tensions entre ces disciplines et d'autres projets. Nous refusons que le latin et le grec ancien deviennent un vague complément culturel, qu'ils deviennent une niche éducative pour une élite et nous demandons instamment que cet enseignement soit proposé à tous les collégiens par des professeurs rompus par leur formation à croiser les approches disciplinaires».

Le chiffre : 9000

Sur les 59 000 élèves que comptent les collèges en Haute-Garonne, environ 9 000 pratiquent le latin ou le grec à partir de la cinquième dont plus de 8 000 latinistes. Ils ne sont plus que 2 000 au lycée…

«Contrairement aux idées reçues, l'enseignement des langues anciennes est celui où il y a le plus d'initiatives pédagogiques avec un travail sur le numérique et l'image». Richard Lehmann, inspecteur pédagogique

Gilles-R. Souillés