Les travaux et les jours...

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il y a 2 ans 8 mois - il y a 2 ans 8 mois #9 par Sullien
Sullien a créé le sujet : Les travaux et les jours...
J’ai commencé par le latin, comme beaucoup, au collège. Par esprit de contradiction à l’époque. « Tu ne vas quand même pas faire latin ! Ca te servira à rien ! Perds pas ton temps...» Chiche ! Et me voilà lancé dans une aventure qui dure maintenant depuis onze ans. Les premières années ne furent pas sans heurts bien sûr et la confrontation aux textes fut parfois douloureuse ; les fruits ne se récoltent qu'après alors évidemment, sur le moment, c’est frustrant. On ne sent pas son esprit se modeler, se façonner à mesure qu’on récite déclinaisons et leçons de grammaire : pourtant, sourdement, un travail s'y déploie. La rigueur, c’est un cadre qui vous aide à prendre le premier élan, qui vous soutient au gré des premières hésitations, puis vient l’envol : ce moment magique et grisant où vous vous rendez compte que vous avancez seul : en l’occurrence, que vous pouvez lire par vous-même. On appelle ça « émancipation ».
Vient alors le plaisir du texte. Et l’émerveillement toujours renouvelé devant l’Autre, aussi proche que distant. Vous prenez conscience de l’ "écart" qui vous sépare des Anciens et y découvrez votre propre étrangeté. Ce décentrement de soi, cette ouverture à l’altérité sont un autre des fruits inattendus des langues anciennes.

Le grec est venu plus tard, pendant les vacances qui suivirent le baccalauréat. Vous devenez gourmands, que voulez-vous... Le sentier n’est pas très différent et vous le pratiquez avec plus d’assurance que la première fois. Vous comprenez que vous avez fini par intérioriser la rigueur à laquelle on vous avait jadis contraint, que les mécanismes de la langue vous sont plus familiers à chaque passage. Armes nouvelles que vous exercerez à l'envi, sans jamais les émousser : hébreu, philosophie, allemand - allongez la liste au fil de vos promenades et de vos aspirations. En même temps grossit votre dette envers le latin et le grec.
Et bientôt, vous ne vous en passez plus ; pas un jour sans latiniser ou helléniser. Vous en êtes tombé amoureux.

Je dis « vous » pour ne pas paraître trop narcissique, et surtout parce que j’aimerais que tous aient cette chance. C’est le « vous » du partage enthousiaste, de la transmission passionnée.
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