MME LA MINISTRE ECRIT AUX PROFS / REPONSES

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il y a 2 ans 7 mois #115 par VIRGINIEPFEIFER
VIRGINIEPFEIFER a créé le sujet : MME LA MINISTRE ECRIT AUX PROFS / REPONSES
Chers collègues,

Merci de prêter attention à ce message vraiment important !

REUNION SYNDICALE LE ...............................POUR ECHANGER SUR CES SUJETS !

Vous avez été destinataires d’une lettre de Mme la Ministre vous présentant la Réforme du collège.

· Vous êtes mis devant le fait accompli : on vous a consultés sur le socle en décembre, le numérique en mars, sur le collège, jamais.

Vous trouverez ci-joint une annotation point par point de la lettre de la Ministre soulevant ses implicites.

· Il apparaît que le décret qui est envisagé est une coquille vide qui pourra être remplie à discrétion des établissements, donc des Recteurs et chefs d’établissement (le conseil pédagogique n’a toujours qu’un rôle consultatif, tout se règlera en CA qui a désormais le pouvoir de décision pédagogique) : lisez le décret ici :

www.cafepedagogique.net/lexpresso/Docume...legedecret100415.pdf

Le principe d’autonomie est central mais aucun garde-fou n’est prévu pour encadrer les horaires disciplinaires par exemple.

Vous apprécierez que les collèges privés ne sont pas tenus de suivre les changements prévus par la Réforme : « l’organisation des enseignements est fixée par le chef d’établissement » : s’ils ne veulent pas des EPI, de la disparition des sections européennes, ils pourront y déroger.

L’essentiel de la Réforme se trouve donc dans un FAQ (qui devrait se traduire par un arrêté ministériel, arrêté dont nous ne pouvons prévoir le contenu, il n’est pas publié, et qui pourra évoluer) : comme nous le disions, le décret donne le pouvoir au chef d’établissement, et les orientations ministérielles pourront prendre toutes formes discrétionnaires par arrêté).

eduscol.education.fr/cid87584/questions-...ege.html#sections_eu

· Les projets de programme sont connus : vous en apprécierez probablement la légèreté : cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/0...C4_adopte_412043.pdf

En français nous perdons l’inscription des textes dans leur histoire littéraire (ce sont désormais des thématiques), la grammaire et l’orthographe sont simplifiés (on n’est pas loin d’apprendre à reconnaître un sujet et un verbe et à les accorder), et surtout il faut privilégier l’oral ... Et vous ?

Les langues anciennes, n’étant plus une discipline, n’ont plus de programme ...

PAR CONSEQUENT NOUS NOUS PROPOSONS DE FAIRE PORTER AU COMPTE RENDU DU CA LA MOTION JOINTE, ET VOUS INVITONS A MANIFESTER VOS INQUIETUDES PAR UNE FORTE MOBILISATION LORS DE LA GREVE DU 19 MAI (intersyndicale, sauf SGEN et UNSA)

Pour finir, madame la ministre vous invite à la regarder sur BFMTV, elle renvoie à cette émission de lundi dernier sur la page EDUSCOL de la Réforme : regardez aussi cette version numériquement ‘enrichie’ ...





MOTION PREVUE PUIS LETTRE COMMENTEE DE LA MINISTRE

Motion du collège ………………………..


Nous, représentants des personnels du collège …………………… , représentants des élèves, représentants des parents d'élèves et élus demandons le retrait du projet de réforme du collège, qui doit s'appliquer à la rentrée 2016.

Nous refusons la perte d'heures d'enseignement pour les élèves.
Nous refusons la suppression des options, des sections européennes, de la grande majorité des dispositifs bilangues, qui vont entraîner de nombreuses suppressions de postes ou compléments de service.
NOUS REFUSONS LA MISE EN PERIL DES LANGUES ANCIENNES.
Nous refusons la globalisation des horaires des disciplines scientifiques en classe de sixième.
Nous refusons la perte horaire en français et en mathématiques due à la suppression des deux heures d'accompagnement en classe de 6e. Nous rejetons l'appellation « accompagnement personnalisé » attribuée à des heures prises sur les horaires disciplinaires non données en sus de ces derniers.
Nous refusons le flou qui règne sur les horaires d'arts plastiques et d'éducation musicale, regroupés sur la même ligne de la grille horaire.
Nous refusons que le professeur documentaliste soit une fois encore « oublié ».
Nous refusons la remise en cause de la liberté pédagogique des professeurs, forcés de travailler sur leurs horaires disciplinaires à partir de modalités imposées localement. Nous rejetons la mise en concurrence des disciplines au sein du conseil pédagogique afin de se répartir les « marges horaires » octroyées.
Nous refusons la pédagogie de projet imposée sur les heures de cours, et ce sans décharge horaire.
Nous refusons la globalisation des horaires disciplinaires sur l'ensemble du cycle 5e-4e-3e.`
Nous refusons la baisse des horaires des cours de français, n’en faisant plus qu’un faible vecteur de maîtrise de la langue, et plus d’une culture commune.
Nous refusons l'accroissement à venir du nombre de réunions et de conseils, y compris avec l'ensemble des écoles rattachées à notre établissement, pour tenter de mettre en place cette usine à gaz.
Nous refusons une autorité accrue du chef d’établissement dans les choix pédagogiques.
Nous refusons l’accroissement des inégalités sur le territoire en raison des choix pédagogiques différents qui seront faits dans les différents collèges.
Nous refusons la mise en concurrence des différentes disciplines.

Nous demandons une réforme du collège qui permette une réelle prise en compte des difficultés des élèves à l'entrée en sixième et tout au long du collège, et non une réforme qui contribuera à accroître les inégalités.


Nous demandons une réforme du collège qui permette une réelle prise en compte des difficultés des élèves à l'entrée en sixième et tout au long du collège, et non une réforme qui contribuera à accroître les inégalités.


LETTRE DE LA MINISTRE ANNOTEE

Madame, Monsieur,

Le Président de la République a fait de l’éducation la priorité du quinquennat. Depuis 2012, les efforts de la refondation de l’École de la République ont été concentrés sur le premier temps de la scolarité obligatoire avec la priorité donnée au premier degré. C’est maintenant le collège qui fait l’objet d’un projet de nouvelle organisation. Ce projet a été présenté au Conseil supérieur de l’éducation le 10 avril dernier et a reçu un avis favorable.

Depuis vingt-cinq ans, les tentatives de réformer le collège ont été nombreuses, sans parvenir à donner les résultats escomptés. En compréhension de l’écrit, en mathématiques, en histoire-géographie-éducation civique, en langues vivantes, malgré l’engagement et les efforts au quotidien de tous les professeurs, les élèves qui ne maîtrisent pas les compétences de base sont de plus en plus nombreux.

QUI LE DIT ? SAVEZ –VOUS COMMENT A ETE FAITE L’EVALUATION PISA ?

ET SI LE PROBLEME ETAIT LE SOUTIEN A APPORTER AUX ELEVES SUR CES COMPETENCES DE BASE ?

Aujourd’hui, l’ensemble des leviers est mobilisé : nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, publié le 2 avril au Journal officiel ; nouveaux programmes pour l’ensemble de la scolarité obligatoire, dont les projets viennent d’être publiés par le Conseil supérieur des programmes et qui seront mis en consultation très prochainement ; organisations pédagogiques rénovées ; évaluations repensées. Les évolutions apportées ont été construites sur la base des pratiques pédagogiques que beaucoup d’entre vous mettent déjà en œuvre et qui ont fait preuve de leur efficacité.

ON VOUS DEMANDE DE LE CROIRE SANS LE VOIR : INFORMATIONS NON DISPONIBLES

L’objectif de la nouvelle organisation du collège est double : renforcer l’acquisition des savoirs fondamentaux dans toutes les matières et développer de nouvelles compétences indispensables au futur parcours de formation des collégiens. Assurer un même niveau d’exigence pour que tous les élèves acquièrent le socle commun de connaissances, de compétences et de culture par une priorité centrale donnée à la maîtrise des savoirs fondamentaux est un impératif. Le collège permettra à tous les élèves de mieux apprendre pour mieux réussir en donnant plus de confiance aux enseignants, plus de liberté pédagogique, plus de capacité d’adaptation aux besoins divers des élèves.

COMMENT RENFORCER LES SAVOIRS FONDAMENTAUX EN PERDANT DES HEURES DE COURS ?

COMMENT RENFORCER LA CONFIANCE DES ENSEIGNANTS SANS LES CONSULTER PREALABLEMENT ?

Pour ce faire, une marge de manœuvre est mise à disposition des collèges dans la gestion de leur dotation, afin que les équipes pédagogiques puissent concevoir des actions pédagogiques et des parcours scolaires favorisant la réussite de tous. Elle s’accompagne d’une importante augmentation du total hebdomadaire des heures mis à la disposition des professeurs de collège pour la prise en charge des élèves de la sixième à la troisième, qui passe de 110,5 heures à 115 heures à la rentrée 2016, et à 116 heures à partir de la rentrée 2017 (sur les quatre niveaux). Le renforcement des marges heures professeurs favorisera le travail en groupes à effectifs réduits – tout particulièrement en sciences expérimentales, technologie, langues vivantes étrangères et enseignement moral et civique – et les interventions conjointes de plusieurs enseignants.

QUELLE MARGE DE MANOEUVRE EXACTE ? ON NE SAIT PAS, MAIS POUR L’INSTANT LES DGH BAISSENT, LES HORAIRES MATIERE BAISSENT, DES MATIERES DISPARAISSENT : ON VOUS DEMANDE DE CROIRE SANS PREUVES !

Cette liberté est une liberté pédagogique donnée aux équipes éducatives. La mise en œuvre des enseignements pratiques interdisciplinaires, celle de l’accompagnement personnalisé, l’utilisation de la dotation d’heures professeurs pour le travail en petits groupes et en co-animation ne se feront pas sans la contribution des conseils d’enseignement, ni sans l’avis du conseil pédagogique. Je veillerai par ailleurs à ce que l’organisation des enseignements dans chaque établissement repose sur les personnels et les compétences en place, ainsi que sur les projets en cours. Je publierai à cet effet une circulaire qui viendra préciser les modalités de mise en œuvre de la nouvelle organisation des enseignements.

IMAGINONS LE VOLUME DE TRAVAIL GENERE PAR CETTE REVOLUTION PEDAGOGIQUE DE L’INTERDISCIPLINARITE : SUR QUEL TEMPS ET AVEC QUELLE REMUNERATION SE FERONT TOUTES CES REUNIONS ?

La structuration disciplinaire des enseignements est au cœur de la nouvelle organisation des enseignements au collège. L’horaire disciplinaire des élèves est fixé à 26 heures hebdomadaires pour chacun des niveaux du collège. Trois de ces heures en classe de sixième et quatre de ces heures en classes de cinquième, quatrième et troisième, sont consacrées aux enseignements complémentaires créés par la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et programmation pour la refondation de l’École de la République.

Ces enseignements complémentaires prennent la forme de temps d’accompagnement personnalisé et d’enseignements pratiques interdisciplinaires. Huit thèmes ont été définis pour ces derniers, qui seront pour les élèves des temps privilégiés pour mettre en œuvre de nouvelles façons d’apprendre et de travailler. Pour les professeurs, ces enseignements pratiques interdisciplinaires représenteront des possibilités nouvelles pour travailler ensemble des thèmes de leurs programmes qu’ils traitent seuls aujourd’hui.

DES MATIERES DEVIENNENT ENSEIGNEMENTS COMPLEMENTAIRES QUI NE SERONT PLUS PRESENTES DANS TOUS LES ETABLISSEMENTS (LANGUES ANCIENNES)

LES ENSEIGNEMENTS COMPLEMENTAIRES SUPPOSERONT DES ARBITRAGES DANS CHAQUE ETABLISSEMENT.

TOUS LES COLLEGES NE PROPOSERONT PAS LES MEMES ENSEIGNEMENTS INTERDISCIPLINAIRES AVEC LE MEME CONTENU

EN CONCLUSION, C’EST LA FIN DE L’EDUCATION NATIONALE, DE LA CONTINUITE PEDAGOGIQUE SUR TOUT LE TERRITOIRE

Je souhaite, enfin, que les réformes pédagogiques que je mène soient l’instrument de l’amélioration des compétences en langues vivantes étrangères des élèves français et d’une véritable diversité linguistique qui commence dès l’école. L’amélioration des compétences des élèves passe, pour la première langue vivante, par un apprentissage dès le cours préparatoire pour tous les élèves à compter de la rentrée 2016, et par un maintien des horaires en langue vivante 1 au collège. Elle passe, pour la langue vivante 2, par un démarrage en cinquième pour tous les élèves et par 54 heures de plus sur l’ensemble du collège, soit une augmentation du temps de langue vivante 2 pour tous les élèves de 25%, quand les classes bi-langues ne concernent aujourd’hui que 15,9 % des élèves de sixième et 16,7 % des élèves de cinquième.

MAIS LES HORAIRES DE CETTE LV2 POUR TOUS SONT PLUS BAS QUE CEUX DES BILANGUES

MAIS CETTE GENERALISATION SE PAIE DE LA DISPARITION DES CLASSES EUROPEENNES

Afin de promouvoir la diversité linguistique, la nouvelle organisation du collège prévoit parallèlement que les élèves qui ont bénéficié de l’enseignement d’une langue vivante étrangère autre que l’anglais à l’école élémentaire peuvent se voir proposer de poursuivre l’apprentissage de cette langue en même temps que l’enseignement de l’anglais dès la classe de sixième.

Je demanderai par ailleurs aux recteurs d’académie et aux directeurs académiques des services de l’éducation nationale de construire une nouvelle carte des langues de l’école au collège assurant la diversité linguistique et la continuité des parcours d’apprentissage des langues. Cette diversité devra bénéficier en particulier à l’apprentissage de l’allemand à l’école et au collège.

PARTICULARITES REGIONALES, ADAPTATIONS DIVERSES : QUE RESTE –T-IL DU N DE EDUCATION NATIONALE ?



Je sais qu’un certain nombre d’entre vous a des interrogations précises sur la nouvelle organisation du collège. Une présentation de la réforme et une foire aux questions sont mises à votre disposition sur le site eduscol.education.fr.

La nouvelle organisation du collège implique une mobilisation de toutes les forces en présence. Les équipes bénéficieront de formations pour les accompagner dans la mise en œuvre de leurs futurs projets tout au long de l’année scolaire 2015-2016. Les principaux, les inspecteurs pédagogiques seront accompagnés dès ce printemps, de sorte que des formations puissent notamment être organisées sur site dans tous les collèges.

Le collège est depuis trop d’années le niveau oublié des politiques scolaires. Notre objectif est de mettre fin à cette situation avec une réponse globale et adaptée aux enjeux de la société d’aujourd’hui. La nouvelle organisation du collège, la création de secteurs communs à plusieurs collèges pour favoriser la mixité sociale, la nouvelle éducation prioritaire, ainsi que la réforme de l’allocation des moyens pour tenir compte non seulement des effectifs mais aussi des difficultés sociales, concourront à faire du collège, pour chaque élève, le tremplin vers la poursuite de ses études, la construction de son avenir personnel et professionnel, et la préparation à l’exercice de la citoyenneté.

Comptant sur vous pour atteindre cet objectif,

Najat Vallaud-Belkacem
Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

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eduscol.education.fr/cid87584/questions-...tion-du-college.html

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il y a 2 ans 7 mois #161 par Minerve
Minerve a répondu au sujet : MME LA MINISTRE ECRIT AUX PROFS / REPONSES
Voici le texte que j'ai déposé comme commentaire en réponse à la ministre (il suffit de laisser un commentaire à l'adresse suivante: www.najat-vallaud-belkacem.com/2015/04/2...ge-1/#comment-358319 ).


Madame la Ministre,

Je vous remercie d’avoir pris la peine de nous écrire. Mais, en lisant et entendant vos dernières interventions, je me suis sentie blessée : ainsi, défendant le latin et le grec, je serais une conservatrice masquée ? Je me permets de réfuter chacun de ces deux termes. Je n’ai pas pour habitude de masquer mes opinions, sauf en classe, devoir de réserve et de neutralité oblige. Ayant toujours voté, et toujours à gauche, je me sens d’autant moins conservatrice que certaines de mes pratiques pédagogiques (maquettes, voyages, recours régulier aux TICE entre autres) ont anticipé sur votre réforme - mais je conservais la maîtrise des modalités et du temps que je consacrais à ces projets - et surtout, que j’ai toujours considéré le latin et le grec comme un ascenseur social.

Dans mes classes, en banlieue puis à Paris, j’ai vu de nombreux latinistes et hellénistes issus de familles non francophones, parlant à la maison tamoul, arabe, peul, cambodgien, chinois, portugais ou que sais-je, y compris quelques primo-arrivants. Certes je ne peux parler d’un succès à 100% mais pour l’immense majorité de ces élèves, le latin a été un moyen de mieux s’approprier les codes du français, de mieux comprendre la grammaire française, de mieux assimiler une partie du vocabulaire et de son orthographe. Mais vous êtes, je crois, consciente de ces aspects. Cela leur a également permis de s’approprier un univers que les enfants issus de milieux plus favorisés connaissent bien souvent déjà par leurs parents. Certains ont par la suite osé entreprendre des études auxquelles ils ne songeaient pas tout d’abord.

En tant que femme de gauche et professeur de lettres classiques, je suis également incitée à une certaine révolte au nom de mes élèves. Pour dénoncer l’élitisme de ces options comme de l’allemand d’ailleurs, vos services affirment que beaucoup de latinistes sont de bons élèves, ce qui serait en corrélation avec leur naissance dans des familles aisées ! Peut-on sérieusement penser que le talent et la capacité de travail soient l’apanage des riches ? Les plus modestes ne pourraient-ils être bons élèves, même dans le système actuel ? Certes, leurs conditions de travail, leur environnement sont moins favorables et ils sont proportionnellement moins nombreux à réussir. Pourtant, parmi mes élèves, beaucoup sont boursiers, certains sont enfants de femmes de ménage, de gardiens d’immeuble, certains ont de tels problèmes de logement qu’ils doivent passer d’hôtel en hôtel (et pas des quatre étoiles). Et c’est vrai, la plupart sont de bons, voire d’excellents élèves. D’autres le sont devenus peu à peu.

Je suis en outre surprise de l’argument touchant aux « stratégies de contournement de la carte scolaire » : je ne suis pas naïve et je suis consciente que certains enfants ont le privilège d’appartenir à des familles où l’étude des langues anciennes est une tradition qui leur donnent le souci d’en faire bénéficier leurs enfants, ainsi que les arguments pour les convaincre. Cela ne me révolte pas tant que l’accès des autres enfants à ces enseignements est assuré. Or c’est ce que permet le maintien de ces options. De quel contournement de la carte scolaire parlons-nous alors que le latin est proposé à partir de la cinquième seulement, et qu’aucun changement d’établissement n’est possible entre la sixième et la cinquième (sauf bien sûr cas exceptionnel, comme un déménagement, ou un problème de harcèlement au collège !) ?
Ce qui est exact en revanche, est que nombre de familles de banlieue en particulier ont renoncé à l’enseignement privé quand elles ont eu l’assurance que leurs enfants pourraient bénéficier de certains enseignements. Faut-il donc les renvoyer dans le privé ?
S’agit-il alors d’éviter des « classes d’excellence » ? Mais le moyen est bien simple et déjà en place dans de nombreux établissements : répartir les latinistes et germanistes dans plusieurs classes...
Il est vrai que l’argumentation du Ministère de l’Education nationale évolue et qu’après avoir dénigré un enseignement élitiste, il a affirmé au contraire son ambition de l’ouvrir à tous.
Mais en ce cas, pourquoi ne pas offrir à tous des EPI LCA en début de cinquième, et donner ensuite à tous le choix entre poursuivre un EPI LCA ou bénéficier d’une option latin, grec ou ECLA avec un horaire complet ? Quel est l’intérêt d’appeler « enseignement complémentaire » ce qui correspond à l’ancienne option ? Sinon parce que cela ne doit pas y correspondre vraiment, d’où notre méfiance, alimentée par ailleurs par les changements de discours. Pourquoi, alors même que le projet est, paraît-il, de favoriser l’interdisciplinarité, vouloir créer un cloisonnement jusque-là inexistant entre la culture, étudiée dans le cadre de l’EPI, et l’étude de la langue, à laquelle devra se cantonner un enseignement complémentaire à horaire réduit ?

Je préfère éviter de revenir sur le reproche qui nous est fait d’ennuyer nos élèves, au mépris de toute l’inventivité des professeurs de Lettres classiques, et même des outils mis en ligne par le site de votre propre ministère, Eduscol, ou weblettres. J’aurais trop de choses à dire. Sachez seulement qu’on peut bien s’amuser en cours de latin comme de grec, que c’est un lieu où nous pouvons aborder toutes sortes de sujets de manière dépassionnée : en étudiant la mythologie, en voyant la statue d’Antinoüs (« compagnon » de l’empereur Hadrien, par ailleurs marié), en étudiant les tentatives de réforme agraire des frères Gracques ou les tables claudiennes accordant la citoyenneté aux Gaulois, nous pouvons parler de l’histoire de la sexualité ou de la famille, de la perception des SDF, de l’assimilation et de l’intégration...
J’espère sincèrement que vos conseillers comprendront notre point de vue, que tout cela n’est qu’un immense malentendu et que vous ferez tout pour promouvoir l’enseignement des langues anciennes.
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma respectueuse considération,
Minerve

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