Ph. Watrelot : en défense d'une certaine "identité professionnelle"

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il y a 1 semaine 2 jours #1740 par Loys
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Dans un billet très surprenant, il adopte en effet la...

11 février 2018

20180211 croiser des disciplines partager des savoirs

Philippe Watrelot, ancien président des Cahiers pédagogiques, prendrait la défense inattendue des langues anciennes, menacées au lycée comme elles le sont au collège depuis 2015 ?

Dans un billet très surprenant, il adopte en effet la plupart des arguments avancés par nos collègues de lettres classiques, meurtris par la réforme du collège, la suppression des options de langues anciennes et la dilution de leur enseignement dans d'autres disciplines au nom de l'interdisciplinarité :

Les rumeurs ne sont jamais gratuites et elles semblent même tout à fait plausibles.

Évidemment on pourrait, dans une logique très « pédago », se dire que les cloisonnements disciplinaires ne sont pas immuables et même se réjouir d’une recomposition. Certains pourraient aussi se dire que c’est le prix à payer pour une modularisation du lycée. […]

J'ai un engagement de militant pédagogique depuis encore plus longtemps. Je suis classé dans les “pédago” (avec tous les suffixes imaginables...) et dans le courant réformiste. Mais je ne peux me satisfaire de ce qui est présenté ici. Je ne comprends pas le raisonnement de certains de mes camarades "pédago" et de certaines organisations qui relativisent voire se réjouissent de cette remise en cause [...]. Je crains que cette manière de prendre systématiquement à la légère les craintes disciplinaires légitimes en les réduisant à des histoires de postes, d’heures et de “groupes de pression” ne soit un sérieux talon d'Achille de bien des militants pédagogiques. Oui au décloisonnement, bien sûr, mais en tenant compte des conditions de travail des collègues, de l’identité et la cohérence disciplinaire, de l’expérience accumulée... C’est déjà cela qui a plombé la réforme du collège...

Pour ma part, si j’ai une conception large de mon métier, je n’oublie pas que j’ai fait le choix d’enseigner une discipline particulière et qu’elle constitue une part non négligeable de mon identité professionnelle. J'ai toujours été attaché à la défense […] d'un enseignement pluridisciplinaire et même inter-disciplinaire qui se situe dans une logique de culture générale. Une discipline utile, comme d’autres, qui permet de croiser des savoirs pour comprendre le monde. [...]

Enfin, il est rageant de constater qu'à l'heure où on développe l'interdisciplinarité on supprimerait une discipline qui l'est depuis sa création...

Malheureusement, Philippe Watrelot prend ici la défense… des sciences économiques et sociales, la discipline qu'il enseigne ! Il a en effet été alerté par une information du "Café pédagogique" : "Selon les échos les Ses pourraient être éclatées en disciplines universitaires."

J'imagine qu'après mon billet de blog sur les SES, pas mal de gens doivent ironiser et s'en prendre à mon positionnement en refaisant le match de collège 2016. J'ai ma conscience pour moi !

Malgré le (très léger) ressentiment que pourraient éprouver nos collègues de lettres classiques (voir notre analyse de 2016 : "Les "progressistes" au chevet des langues anciennes"), montrons-nous magnanimes et donnons l'exemple de notre solidarité en relayant sa vibrante mobilisation : "Les cinq malédictions des SES".

@loysbonod

 

PS On peut aussi relire ce qu'écrivait Philippe Watrelot le 22 mars 2015 sur son bloc-notes :

Bloc-Notes de la semaine du 16 au 22 mars 2015

- Latin et mots grecs – Détricotage ? – Jugements mitigés – Éclipse scolaire -

Le bloc notes revient sur la polémique naissante à propos du latin en essayant de déconstruire le travail de groupes de pression et l’emballement médiatique autour de cet enseignement. La réforme du collège va t-elle se fracasser sur le latin ? Nous verrons en tout cas que l’esprit de la refondation est en train de s’éteindre sous la pression corporatiste et par la logique des appareils institutionnels, syndicaux et politiques. On exhumera aussi un sondage passé un peu inaperçu cette semaine. Et nous dirons bien sûr un petit mot à propos de l’éclipse.

Latin et mots grecs

Recette pour assaisonner un débat sur l’école “à la française”...

Choisissez un sujet que tout le monde connait ou croit connaitre et qui vous rattache à une image nostalgique de l’École. Le latin ? Ah oui, c’est bien le latin, tout le monde a des a priori là dessus. On peut chanter “Rosa, Rosa, Rosam...” et réciter des proverbes... Puis, sine die, lancez une alerte, relancez régulièrement, interpellez, sommez chacun de vos interlocuteurs de répondre à vos ultimatum. Vous trouverez bien aussi quelques intellectuels (qui en ont fait durant leur scolarité) pour vous soutenir. Un slogan, un autocollant, sont aussi les bienvenus, pourquoi pas “Je suis latiniste”... ? Deux ou trois articles et interviews pour lancer la machine à fabriquer de la polémique et le sujet peut rentrer dans l’agenda politique. Nul doute qu’un député interpellera ex abrupto la ministre durant les questions au gouvernement. Et si cela persiste et s’amplifie, tout cela remontera au plus haut sommet de l’État avec un arbitrage destiné à ne fâcher personne et à revenir à la situation ex ante...

Cela rappelle furieusement l’épisode de l’histoire-géographie supprimée de la Terminale S et rétablie par François Hollande dès son arrivée au pouvoir. Et bien d’autres polémiques dont notre opinion publique est friande : on joue à se faire peur, on convoque la presse et les intellectuels, on en appelle aux principes intangibles de l’École de la République et, in fine, on en profite pour faire un sort à toute velléité de réforme.

Qu’en est-il exactement ? Il est assez difficile de trouver un article qui décrive simplement le projet dans le foisonnement de tribunes enflammées et partisanes sur le sujet. Sandrine Chesnel dans L’Express s’y risque cependant. Elle nous rappelle qu’aujourd’hui le latin est proposé aux élèves à partir de la classe de cinquième, à raison de 2 heures par semaine (3 heures hebdomadaires en quatrième et en troisième). C’est une option laissée au libre choix des jeunes, et (surtout) de leurs parents. 20% des collégiens suivent une langue ancienne au collège. Florence Robine directrice de la Dgesco présente le projet actuel ainsi : "Oui, la ministre a souhaité que le latin soit accessible à tous les élèves. C’est pourquoi les futurs programmes de Français comprendront des éléments culturels et linguistiques latins, mais aussi grecs, pour éclairer la construction de la langue française". Il s’agit donc, nous dit-on de séduire d’avantage d’élèves. "Le latin ne sera plus une option proposée en plus des autres matières, mais l’un des nouveaux Enseignements pratiques transdisciplinaires (EPI)explique la numéro 2 du ministère. Mais un EPI un peu différent des autres car dérogatoire : contrairement aux autres, l’EPI ’Langues et civilsations de l’Antiquité’ pourra être suivi tout au long de l’année, et même jusqu’à la fin du collège, pour les élèves qui le souhaitent. Même chose pour l’EPI ’Langues et cultures régionales."Le ministère fait donc le pari que cette souplesse contribuera à augmenter le nombre d’adeptes des langues anciennes.

Alors, les professeurs de latin et de grec ont-ils raison de s’inquiéter ? Ce qui est certain c’est que cela va changer le service des "lettres classiques" (LC) qui risquent en effet à terme de disparaitre en tant que CAPES spécifique. Actuellement il y a deux CAPES de Lettres (“classiques” ou “modernes”). Le service sera modifié car au lieu d’avoir par exemple 10h de français et 8 de latin, les enseignants de LC auront dix-huit heures de français dont une partie en EPI. En bref, les professeurs de lettres classiques risquent de se retrouver avec des conditions semblables à leurs autres collègues profs de français.

Dans la mobilisation actuelle pour le latin ce qui est intéressant à analyser c’est la confusion entre la nostalgie (des enfants d’ouvriers, c’est encore plus émouvant, bien sûr...) pour un enseignement dont on ne peut nier qu’il a marqué des générations et eu un effet bénéfique sur les apprentissages et la capacité à imaginer d’autres modes de transmission de cette langue et de cette culture. Car la question, derrière tout ça, est celle de l’apprentissage de la langue latine. Est-elle indispensable pour découvrir les "humanités" ? Il semble utile que tous les élèves aient (dans le cours de français, mais aussi à l’école primaire, et aussi dans plein d’autres cours, et pourquoi pas dans des projets interdisciplinaires ! ) des moments de découverte de ce qui, du latin et du grec, (mais aussi de l’arabe et de l’hébreu, et autres...) a laissé des traces dans notre monde, dans la langue, dans les œuvres littéraires et artistiques, dans les sciences, dans la philosophie, etc. Et, comme pour les langues vivantes, ce qui faisait que les romains, les grecs, ou d’autres, pensaient le monde autrement que nous (ou pareil). On pourrait très bien imaginer une découverte Langues et cultures de l’antiquité (LCA) en collège et un apprentissage de la langue latin au lycée en option comme le russe ou le chinois...

Mais le problème est que la logique qui prévaut aujourd’hui dans la polémique qui s’annonce et qui est largement instrumentalisée, est une logique de “territoire” qui se mesure au nombre d’heures alloué à un enseignement et en termes de statut avec un concours spécifique. En d’autres termes on touche à des questions identitaires pour certains enseignants...

La réforme du collège va t-elle se fracasser sur le latin ?

 

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il y a 1 semaine 2 jours - il y a 1 semaine 2 jours #1741 par Loys
Loys a répondu au sujet : Ph. Watrelot : en défense d'une certaine "identité professionnelle"
Réaction de l'APSES : www.apses.org/lapses-refuse-de-voir-les-...illees-facon-puzzle/

Plus largement, il est enfin temps de reconnaître que les SES contribuent pleinement à la citoyenneté des élèves. Cette discipline centrale de la troisième culture, celle des sciences humaines et sociales, doit pouvoir intégrer le tronc commun de la classe de seconde, et se déployer en première et en terminale au sein d’une série qui assure une formation intellectuelle cohérente. L’APSES s’opposerait donc vivement à toute fusion des séries L et ES, dont on aurait peine à saisir les motifs, et qui ne ferait que renforcer la hiérarchie des séries et la domination de la série S.

Les élèves de l'enseignement professionnel, qui n'ont pas accès aux SES, seraient donc privés de cette contribution à leur citoyenneté ?

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il y a 1 semaine 2 jours #1742 par Loys
Loys a répondu au sujet : Ph. Watrelot : en défense d'une certaine "identité professionnelle"

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il y a 1 semaine 2 jours #1743 par Loys
Loys a répondu au sujet : Ph. Watrelot : en défense d'une certaine "identité professionnelle"
Dans le "Café", il est même question de "solution finale pour les SES" (sic) : www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/...540152629584313.aspx

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