I. Inchauspé : "Option latin : beaucoup de bruit pour rien"

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il y a 1 an 11 mois #1273 par Loys
Option latin : beaucoup de bruit pour rien
L’apprendre ne...

31 mars 2015

, journaliste à "L'Opinion" : "Option latin : beaucoup de bruit pour rien"

Option latin : beaucoup de bruit pour rien

L’apprendre ne présente pas plus d’avantages que d’étudier une autre langue vivante

Les faits - Les professeurs de langues anciennes, reçus le 31 mars au ministère de l’Education, ont obtenu des aménagements du projet de réforme du collège les concernant. C’est leur faire beaucoup d’honneur.

« Sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde », chantait Georges Brassens. Les associations de professeurs de langues anciennes, reçues le 31 mars par le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, avaient peut-être cet air en tête. Ces enseignants, dont le ministère de l’Education ne peut pas donner le nombre – il faudrait demander à chaque chef d’établissement quel professeur de français ou de lettres enseigne le latin ou le grec ! – ont réussi à obtenir gain de cause. Ils craignaient que l’option « latin » disparaisse corps et biens dans la réforme du collège, puisqu’il était prévu qu’elle ne soit plus enseignée que dans le cadre d’« enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) prévus dans le projet. Sacrilège ! La ministre a donc fait le 24 mars une nouvelle proposition : les élèves qui le souhaitent pourront suivre, en complément de l’EPI de Langues et cultures de l’Antiquité, un enseignement de complément d’une heure hebdomadaire en langue ancienne en classe de 5e, de deux heures hebdomadaires en classe de 4e et en classe de 3e. Au total, ils auront donc le même nombre d’heures.

Najat Vallaud-Belkacem défendait sa réforme avec l’argument suivant : « Il ne s’agit pas de supprimer un droit ou une possibilité pour quelques uns. Il s’agit de le généraliser, comme pour la question des langues vivantes, pour tous les collégiens. » La recherche de l’égalité à tout prix n’est pas bonne conseillère. En revanche, il existe de nombreux travaux théoriques, le plus ancien datant de 1927, qui permettent de casser quelques idées reçues sur le latin. Leurs résultats sont présentés dans un étude « In search of the Benefits of Learning Latin », publiée dans le Journal of Educational Psychology en 2003. Pas très récente, certes, mais exhaustive. « Comme langage logiquement construit, le latin est réputé faciliter l’acquisition d’autres langues et améliorer la pensée formelle et logique. On doit cependant conclure, sur la base d’études empiriques portant sur des enseignements et des apprentissages, d’une manière toute différente : l’apprentissage du latin n’a pas d’effet sur la pensée logique ni sur l’apprentissage d’autres langues comme l’espagnol », concluent les auteurs Ludwig Haag et Elsbeth Stern. Donc, enseigner le latin, pourquoi pas, mais il n’a pas plus de vertus que d’autres langues vivantes, ce qui devrait permettre de dépassionner le débat. En revanche, consacrer des heures, dans le cadre d’un EPI, pour l’étude de la culture et de la civilisation romaines paraît important, mais cela n’implique pas forcément de parler latin… Il y a donc eu beaucoup d’énervement pour pas grand’chose.

Le SNES-FSU ne l’entend pas de cette oreille. Dans une lettre adressée le 30 mars à Najat Vallaud-Belkacem, le syndicat majoritaire dans le secondaire rappelle son opposition à la mise en place des EPI, qui « relance le débat totalement dépassé entre enseignement pratique et théorique, avec de surcroît des enseignements interdisciplinaires conçus sur des thèmes qui sont surtout des affichages dont l’intérêt pédagogique reste à démontrer ».

Cela promet pour la réforme du collège, qui doit être votée par le Conseil Supérieur de l’Éducation le 10 avril. Pourtant, les vrais enjeux sont ailleurs. « Je pense qu’il faut agir en priorité pour changer la façon dont on travaille avec les élèves en difficulté pour qu’ils maîtrisent les fondamentaux, explique Eric Charbonnier, analyste à la Direction de l’Education de l’OCDE. En France, les élèves ont beaucoup plus d’heures que dans de nombreux pays et pourtant le système scolaire est juste moyen, le problème est donc ailleurs. » Errare humanum est, perseverare diabolicum.

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il y a 1 mois 2 semaines - il y a 1 mois 2 semaines #1274 par Loys
keats.kcl.ac.uk/pluginfile.php/1486815/m...,%201,%20174-178.pdf

L'étude citée (sans le lien dans l'article) s'intéresse non pas au bénéfice du l'enseignement du latin mais au mérite comparé, pour les élèves allemands déjà anglophones en LV1, d'apprendre le latin ou le français pour ensuite apprendre l'espagnol en troisième langue…

Beaucoup de bruit pour rien ?

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