N. Belkacem : "5000 collèges qui feront du latin..."

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il y a 1 an 4 mois #1142 par Loys
Loys a créé le sujet : N. Belkacem : "5000 collèges qui feront du latin..."
Dans les dernières minutes de l'émission ont été posées des...

8 mai 2016

20160508 nvb

Najat Vallaud-Belkacem a été reçue par Caroline Roux dans l'émission "C Politique".

Dans les dernières minutes de l'émission ont été posées des questions des internautes.

Extraits :

A 1'13'07 :

"Pourquoi n'avoir toujours pas reçu les organisations syndicales majoritaires opposées à la réforme du collège ?"

Elles ont été reçues, les organisations syndicales. Toutes. Elles ont d'ailleurs toutes participé à l'écriture de la réforme du collège. Si certaines d'entre elles ont choisi de claquer la porte au dernier moment, une fois que toute la réforme était écrite, et d'être dans l'opposition absolue à cette réforme, c'est leur choix. Mais la réforme a été adoptée, elle est passée, elle sera appliquée. [...]

Elle suscite toujours beaucoup de crispations, cette réforme.

Ça dépend des établissements, honnêtement. Je pense qu'elle suscite des crispations dans les débats publics, souvent d'ailleurs parce que ceux qui prennent la parole à son sujet ne savent pas ce qu'il y a dedans.

Comment va se passer la rentrée de septembre 2016 puisque les profs rejettent votre réforme ?

Non, les profs ne rejettent pas ma réforme. D'abord ce n'est pas ma réforme, pardon : c'est la réforme du système éducatif, qui était indispensable. Les professeurs, plutôt que les profs, ont parfaitement conscience que le collège était le maillon faible de notre système scolaire. Les professeurs sont les mieux placés pour savoir que le déterminisme social qui conduit les élèves à avoir un destin scolaire tout tracé dès qu'ils entrent à l'entrée du collège et qui est même conforté par le déroulement de leur scolarité dans le collège, c'est un problème. Et donc les professeurs savaient qu'il fallait modifier les choses. Et les modifications que nous avons apportées, c'est vrai qu'elles sont nombreuses. Mais c'est un peu comme s'agissant de la réforme des rythmes scolaires dans le premier degré : c'est sûr que ça bouscule beaucoup d'habitude et d'organisation. Quand vous demandez à la fois qu'on travaille sur de nouveaux programmes, avec un nouveau type d'évaluation, avec un nouveau brevet à la fin du collège, avec de nouvelles pratiques pédagogiques...

Qu'est-ce que vous leur dites pour les rassurer ?

Je leur dis que c'est dans l'intérêt des élèves : c'est dans l'intérêt des élèves.

Donc faites un effort, c'est ça que vous leur dites ?

Je leur dis surtout, à ceux qui continuent à s'y opposer, que l'immense majorité de vos collègues comprennent bien cette réforme. Beaucoup d'entre eux, d'ailleurs, l'ont expérimentée avant même qu'on ne l'adopte et en voient les effets positifs et donc il faut se faire confiance entre collègues.

Il y a beaucoup de questions ce soir sur cette réforme des collège. Encore une : "Issue de milieu de modeste, je suis devenue enseignante pour rendre ce que j'avais reçu et cela n'est plus possible avec une réforme démago."

La démagogie, c'est pas trop mon truc. Franchement. Si je cherchais la démagogie ou la facilité, je ne me lancerais pas dans des réformes compliquées, complexes, d'un système, scolaire complexe dans lequel, encore une fois, il y a beaucoup de situations installées qu'il faut parfois déverrouiller. Et donc, forcément, quand on déverrouille les systèmes, ça fait pas plaisir à tout le monde. Mais la seule chose qui doit importer, une fois de plus, c'est les résultats. [...]

Les trois-quarts des enseignants de collège sont opposés à la réforme que vous imposez. Pourquoi ne pas en discuter à nouveau avec eux ?

Mais moi, les sondages qui interrogent les gens sur des questions fausses, erronées, du style "On va mettre fin au latin dans les collèges : qu'en pensez-vous ?", oui, évidemment, moi aussi je répondrais "C'est horrible, c'est une catastrophe", ces sondages-là ne m'intéressent pas. Donc moi, je ne m'intéresse qu'aux faits, avérés, objectifs. Regardez, je vous en prends deux exemples : le débat a été complètement pollué pendant quasiment un an sur la question de l'allemand. "Au secours ! On va réduire le nombre d'apprenants de l'allemand etc." Vous savez qu'à la rentrée prochaine il va y avoir 20% d'apprenants d'allemand en plus dans ce pays ? Le débat a été pollué par le latin, qui soi-disant disparaîtrait. Savez-vous qu'à la rentrée prochaine nous aurons 5000 collèges qui feront du latin mais, au sein de ces collèges, beaucoup plus d'élèves puisque désormais c'est ouvert non pas de façon optionnelle à une minorité d'élèves, mais à tous les élèves. Donc, moi j'attends chacun de ces observateurs, de ces détracteurs, à la fin...

Il y en a encore...

...à la fin de la soirée, j'ai envie de dire, quand on compte ce qui reste. Et qu'on constate ensemble que cette réforme, elle aura été utile non seulement du point de vue du changement des pratiques pédagogiques, mais même de la démocratisation et de l'accès au savoir.

"Comment osez-vous employer les termes de "renforcer les fondamentaux" alors qu'il s'agit de faire des économies sur le dos des profs et des élèves ?"

Non, je ne sais pas ce que ça veut dire, ça. Vous voyez ça, typiquement, c'est le genre de phrases inutiles. Ça veut dire quoi, faire des économies ? Comment on peut faire des économies quand on met 4.000 postes de plus sur le collège à l'occasion de cette réforme ?

Est-ce que ces questions - au fond - qui défilent, elles ne traduisent pas une forme peut-être d'incompréhension, de colère vis à vis de la Ministre de l'Éducation nationale ?

Elles traduisent un brouillage complet du débat public autour de l'École. Mais c'est fascinant, fascinant, Caroline Roux : j'en ai tellement d'exemples ! Je vous rappelle qu'il n'y a pas si longtemps encore, on prétendait que j'avais réformé l'orthographe française, ce qui est faux. [...]

 

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il y a 1 an 4 mois - il y a 1 an 4 mois #1143 par Loys
Loys a répondu au sujet : N. Belkacem : "5000 collèges qui feront du latin..."
Quelques commentaires.

Elles ont été reçues, les organisations syndicales. Toutes. Elles ont d'ailleurs toutes participé à l'écriture de la réforme du collège. Si certaines d'entre elles ont choisi de claquer la porte au dernier moment, une fois que toute la réforme était écrite, et d'être dans l'opposition absolue à cette réforme, c'est leur choix. Mais la réforme a été adoptée, elle est passée, elle sera appliquée. [...]

"certaines" = les organisation syndicales représentant 80% des enseignants.

Quant à la participation à l'écriture de la réforme, la suppression des sections et des options n'en faisaient pas partie...Tout comme les "enseignements complémentaires" n'étaient pas retranchés aux cours dans la loi de Refondation de 2013.

Ça dépend des établissements, honnêtement. Je pense qu'elle suscite des crispations dans les débats publics, souvent d'ailleurs parce que ceux qui prennent la parole à son sujet ne savent pas ce qu'il y a dedans.

Il n'y a qu'à inviter des professeurs de collège pour débattre : ils ne sont pas sur le plateau !

Non, les profs ne rejettent pas ma réforme.

Juste 75% des enseignants, selon un sondage publié dans "Le Figaro" en juillet 2015.


D'abord ce n'est pas ma réforme, pardon : c'est la réforme du système éducatif, qui était indispensable. Les professeurs, plutôt que les profs, ont parfaitement conscience que le collège était le maillon faible de notre système scolaire.

L'échec commence en primaire mais les rythmes erratiques vont sauver les élèves...

Mais c'est un peu comme s'agissant de la réforme des rythmes scolaires dans le premier degré : c'est sûr que ça bouscule beaucoup d'habitude et d'organisation.

Les enseignants, ces gens qui n'aiment pas changer leurs vilaines habitudes...

Qu'est-ce que vous leur dites pour les rassurer ?

Je leur dis que c'est dans l'intérêt des élèves : c'est dans l'intérêt des élèves.

L'opposition des enseignants est tout à fait rationnelle : ils n'ont pas besoin d'être rassurés. Et quand ils le devraient, la conscience de l'intérêt des élèves ne le permettrait pas.

Je leur dis surtout, à ceux qui continuent à s'y opposer, que l'immense majorité de vos collègues comprennent bien cette réforme. Beaucoup d'entre eux, d'ailleurs, l'ont expérimentée avant même qu'on ne l'adopte et en voient les effets positifs et donc il faut se faire confiance entre collègues.

"L'immense majorité" est surtout contre...

Mais moi, les sondages qui interrogent les gens sur des questions fausses, erronées, du style "On va mettre fin au latin dans les collèges : qu'en pensez-vous ?", oui, évidemment, moi aussi je répondrais "C'est horrible, c'est une catastrophe", ces sondages-là ne m'intéressent pas.

La suppression totale des options de langues anciennes était bien prévue à l'origine.

Question posée pour obtenir le chiffre de 75% des enseignants opposés : "Etes-vous très satisfait, assez satisfait, assez mécontent ou très mécontent de la réforme du collège".

Donc moi, je ne m'intéresse qu'aux faits, avérés, objectifs.

L'opposition d'une vaste majorité des enseignants est un fait.

Le débat a été pollué par le latin, qui soi-disant disparaîtrait.

La suppression totale des options de langues anciennes était bien prévue à l'origine. (bis)

Savez-vous qu'à la rentrée prochaine nous aurons 5000 collèges qui feront du latin mais, au sein de ces collèges, beaucoup plus d'élèves puisque désormais c'est ouvert non pas de façon optionnelle à une minorité d'élèves, mais à tous les élèves.

On parle ici de l'EPI LCA, à hauteur d'une heure pendant un an (ou moins) et dans lequel il ne sera pas possible d'enseigner la langue latine puisqu'il est pris sur des disciplines du tronc commun.

Notons qu'actuellement les langues anciennes sont proposées dans plus de 6600 collèges.

...à la fin de la soirée, j'ai envie de dire, quand on compte ce qui reste. Et qu'on constate ensemble que cette réforme, elle aura été utile non seulement du point de vue du changement des pratiques pédagogiques, mais même de la démocratisation et de l'accès au savoir.

La "démocratisation" du latin dans ces conditions...

Ça veut dire quoi, faire des économies ? Comment on peut faire des économies quand on met 4.000 postes de plus sur le collège à l'occasion de cette réforme ?

Avec la suppression initiale des options, le MEN espérait économiser autant de postes de lettres classiques.

Est-ce que ces questions - au fond - qui défilent, elles ne traduisent pas une forme peut-être d'incompréhension, de colère vis à vis de la Ministre de l'Éducation nationale ?

Elles traduisent un brouillage complet du débat public autour de l'École.

Un "brouillage" de plus d'un an ? Curieux, non ?

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il y a 1 an 4 mois #1144 par Minerve
Minerve a répondu au sujet : N. Belkacem : "5000 collèges qui feront du latin..."
La mauvaise foi de notre ministre serait confondante, si nous ne commencions à y être habitués. Mme Belkacem a raison, c'est fascinant. Quel dommage que les questions sur la réforme aient été reléguées en toute fin d'émission et n'aient fait l'objet d'aucun vrai débat.
Mais Mme Belkacem a donné un chiffre intéressant: selon elle, le latin est préservé puisque 5000 collèges le proposeront. Or actuellement, sur 7100 collèges, 93% proposent le latin, soit plus de 6000. Même sans évoquer la réduction du nombre de groupes de latin dans des collèges qui le proposent encore, c'est bien la preuve, annoncée par notre ministre en personne, que le latin est supprimé dans plus de 1000 établissements!
Evidemment, si les journalistes ne s'emparent pas du dossier, cela ne sert à rien de le relever: quant à nous, nous étions déjà informés!

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