Texte rédigé par le collectif des professeurs de lettres classiques de Béziers et environ à l'intention des parents d'élèves

Veut-on vraiment dire adieu aux langues anciennes ?

Depuis longtemps déjà, il semble que les disciplines aussi exigeantes que le latin et le grec soient mal aimées par nos institutions.

A défaut de pouvoir éradiquer les élèves inscrits en langues anciennes dans ce pays, nos têtes pensantes ont eu l’idée en 2010 de supprimer les professeurs de Lettres Classiques. Il a suffi de modifier le CAPES (le CAPES de lettres classiques a été absorbé par le CAPES de Lettres, ce qui réduit la formation des futurs enseignants à quelques heures d’option latin ou grec). Dans quelques années, il n’y aura plus de prof de latin-grec, donc plus d’élève.

D’aucuns diront que ces disciplines sont élitistes et qu’on s’en passera ! Mais ça n’est pas si simple : les langues anciennes sont élitistes, c’est vrai. Il n’y a qu’à voir la part belle qu’on leur réserve encore dans les grands lycées parisiens. Que dire du concours d’entrée à l’ENS qui impose une épreuve de latin ou de grec ? Ces langues sont un outil de reproduction de nos élites, c’est un fait.

Comment tolérer pourtant que l’on éradique le latin et le grec dans nos collèges et lycées, ceux-là même qui sont chargés d’instruire nos enfants, tous les enfants sans distinction aucune. Bien sûr tous n’iront pas dans les grandes écoles, tous ne formeront pas l’élite. Mais leur refuser l’accès à ces savoirs est gravement discriminant. On ne peut pas fermer la porte à l’ambition des jeunes de ce pays sous prétexte qu’ils ne sont pas prédestinés à la réussite sociale ! On n’a pas le droit de refuser à un enfant le goût de la culture classique. N’oublions pas non plus que les langues anciennes sont indispensables à une compréhension fine de la langue française (et des langues de l’Europe !).

Quand notre Ministre parle d’égalité, nous lui répondons appauvrissement culturel ; et nous lui répondons que ce n’est pas républicain car c’est discriminant.

Le collectif formé par les professeurs de lettres classiques de Béziers ne se bat pas pour que l’on forme des « forts en thèmes », mais désire seulement remplir sa mission qui consiste à donner aux enfants les bases de la culture commune. Celle du citoyen correctement instruit, libre penseur et respectueux de la République. Ils veulent prendre leurs responsabilités d’enseignants citoyens et refusent la baisse des heures de langues anciennes.

Lettre adressée par le collectif des professeurs de lettres classiques de Béziers à la rectrice :

Les professeurs de Lettres Classiques
Bassin de Béziers, dans l’Hérault

à Madame le Recteur de l’Académie de Montpellier (ou à Madame la Ministre de l’Éducation Nationale)

Madame le Recteur,

Depuis longtemps déjà, il semble que les disciplines aussi riches que le latin et le grec soient mal aimées par nos institutions.

A défaut de pouvoir éradiquer les élèves inscrits en langues anciennes dans ce pays, le gouvernement précédent a eu l’idée en 2010 de supprimer les professeurs de Lettres Classiques. Il a suffi de modifier le CAPES (le CAPES de lettres classiques a été absorbé par le CAPES de Lettres, ce qui réduit la formation des futurs enseignants à quelques heures d’option latin ou grec). Dans quelques années, il n’y aura plus de prof de latin-grec, donc plus d’élève.

D’aucuns diront que ces disciplines sont élitistes et qu’on s’en passera ! Mais ça n’est pas si simple : les langues anciennes sont élitistes, c’est vrai. Il n’y a qu’à voir la part belle qu’on leur réserve encore dans les grands lycées parisiens. Que dire du concours d’entrée à l’ENS qui impose une épreuve de latin ou de grec ? Ces langues sont un outil de reproduction de nos élites, c’est un fait.

Comment tolérer pourtant que l’on éradique le latin et le grec dans nos collèges et lycées, ceux-là même qui sont chargés d’instruire nos enfants, tous les enfants sans distinction aucune. Bien sûr tous n’iront pas dans les grandes écoles, tous ne formeront pas l’élite. Mais leur refuser l’accès à ces savoirs est gravement discriminant. On ne peut pas fermer la porte à l’ambition des jeunes de ce pays sous prétexte qu’ils ne sont pas prédestinés à la réussite sociale ! On n’a pas le droit de refuser à un enfant le goût de la culture classique. N’oublions pas non plus que les langues anciennes sont indispensables à une compréhension fine de la langue française (et des langues de l’Europe !).

Ainsi, nous constatons qu’il existe dans notre bassin de grandes disparités entre les établissements. Si certains arrivent à maintenir les horaires réglementaires, d’autres voient les heures réduites à la portion congrue à cause des nouveaux modes de calculs imposés dans les D.H.G (2 heures au lieu de 8 heures hebdomadaires, par exemple!). Ces différences de traitement ne permettent pas de remplir les objectifs fixés par les programmes. De ce fait peut-on encore parler de continuité dans les enseignements, quand le nombre d’heures varie du simple au triple ? Que dire des collèges qui devront se résoudre à ne donner des heures de latin qu’en 5ème et en 4ème ? et de ceux qui ne proposent même plus de grec ? Ces disparités sont discriminantes et donc non conformes à la République.

Les récents attentats ont mis le pays en émoi et le rôle des institutions telles que l’Éducation Nationale est mis en cause. A ce titre, nous proposons aussi de rendre des heures pour l’enseignement du français. Revenons aux six heures de français hebdomadaires, indispensables à l’apprentissage du vocabulaire, de l’orthographe, de la compréhension des discours en général. Nous pensons que cet enseignement peut être efficacement renforcé par des heures de langues anciennes obligatoires. Cette proposition s’appuie sur un rapport de l’inspection Générale publié en juin 2012.

Enfin, les professeurs de Lettres Classiques du bassin biterrois ne se battent pas pour que l’on forme des « forts en thèmes », mais désirent seulement remplir leur mission qui consiste à donner aux enfants les bases de la culture commune. Celle du citoyen correctement instruit, libre penseur et respectueux de la République. Ils veulent prendre leurs responsabilités d’enseignants citoyens et refusent la baisse des heures de langues anciennes.

Veuillez agréer, Madame le Recteur, l’expression de nos sentiments les meilleurs,

Les professeurs de Lettres Classiques de Béziers et environ.