3 avril 2015

L'université de Chypre s'inquiète : "La France déclasse la place des études classiques dans l’enseignement du second degré." (en grec)

 (Traduction)

La France déclasse la place des études classiques dans l’enseignement du second degré.

Inquiétude de la Section des Etudes Classiques de l’Université de Chypre.

PAR ANTONIS TSAKMAKIS*

 

Nous apprenons avec stupeur et inquiétude de nos nombreux collègues et collaborateurs dans les universités françaises que la nouvelle maquette horaire déclasse la place des langues classiques dans l’enseignement secondaire et conduit à une dénaturation du caractère humaniste de l’éducation française. Parallèlement, nous sommes informés que les directions d’un bon nombre d’établissements scolaires réservent depuis un certain temps un mauvais traitement  au grec ancien, évitant autant qu’elles le peuvent d’ouvrir des sections, ou dissuadant par des moyens détournés les élèves d’en faire le choix, pour simplifier ainsi  l’emploi du temps hebdomadaire d’enseignement de chaque établissement scolaire, ou pour servir d’autres intentions.

La Section des Études Classiques et de Philosophie de l’Université de Chypre exprime son opposition à ces changements, parce qu’ainsi l’éducation française est coupée de sa tradition et se trouve privée d’une composante importante de son identité européenne.

En outre, se trouve effacé dans les faits le principe du pluralisme et de l’égalité dans les opportunités éducatives, privant par dizaines de milliers des élèves français de l’occasion d’étudier le grec ancien, comme ils le souhaitent et le disent.

La France fait partie des pays qui, au cours de l’époque moderne, ont développé une grande culture qui dialogue de façon fertile avec le passé classique. L’Antiquité - l’histoire, la littérature, les symboles, les idées et même la langue - est présente dans l’œuvre de considérables intellectuels français  du siècle dernier  ou de contemporains comme Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault, Émile Bréhier, Emmanuel Lévinas, Marcel Mauss, Albert Camus, Maurice Merleau-Ponty, Simone Weil, Jean-Paul Sartre , Jacques Derrida et beaucoup d’autres,  pour ne pas mentionner ceux qui ont vécu et enseigné en France, et écrit en  français, comme Cornélius Castoriadis. Sans l’inspiration et les matériaux que puise leur œuvre dans l’Antiquité classique, ils ne seraient pas ce qu’ils sont, et sans la connaissance de la culture classique, leur œuvre ne serait pas pleinement compréhensible. La même chose vaut pour une foule d’écrivains et d’artistes français qui par leur œuvre ont rendu la culture de la Grèce si proche dans la France d’aujourd’hui. La culture française et par conséquent européenne du XXIe siècle sera plus pauvre si elle est privée de ses références classiques.

La Section des Études Classiques et de Philosophie de l’Université de Chypre exprime son soutien aux collègues français et à la Fédération Nationale des associations pour l’Enseignement des Langues Classiques (CNARELA). Nous appelons le gouvernement français à procéder aux mesures rectificatives qui sécuriseront dans les faits l’enseignement des langues  grecque ancienne et latine, de la littérature, et la viabilité des sections d’études grecques anciennes dans les établissements scolaires français.

La Section des Études Classiques et de Philosophie de l’Université de Chypre demande en outre aux ministères de l’Éducation de Chypre et de Grèce d’intervenir en appelant à la protection qui va de soi  de l’héritage culturel grec dans l’éducation française, tout comme eux-mêmes répondent volontiers aux efforts  du gouvernement français pour renforcer la francophonie sur notre sol.

 

*Directeur de la section des Etudes Classiques et de Philosophie de l’Université de Chypre.