A revoir cette réflexion de Marcel Pagnol sur le latin :

On cherche la vitesse, elle fait perdre du temps. Elle oblige à repenser. On pense à toute vitesse, on réforme l'enseignement dans un article de cent lignes; sait-on les ravages qu'il peut faire? Je lis un de mes confrères qui veut tout démolir; supprimer le latin et le français, les remplacer par« l'enthousiasme », « du nerf », des « exigences » et de la « télévision ». « Apprendre comment on construit un pont au lieu d'apprendre à construire une phrase. » Avec de tels slogans on enfièvre un public, et on bouleverse les programmes. On s'aperçoit ensuite que les constructeurs de phrases sont les meilleurs constructeurs de ponts : les élèves de Polytechnique ont presque tous fait du latin. Les plus aptes à penser un pont savaient d'abord penser une phrase. En plus et non pas à la place. Le temps qu'ils y ont « perdu » était du temps gagné. On voit par là que la culture de l'esprit est favorable à l'intelligence.

Dans bien des cas.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand.

Alexandre Vialatte, La Porte de Bath-Rabbin, 1986.

Paul Martin nous autorise à reproduire ce texte dont il est l'auteur, compte-rendu de l'essai Sans le latin (sous la direction de Cécilia Suzzoni & Hubert Aupetit, 2012) pour la revue "Vita Latina" dont il est le président d'honneur après l'avoir été en fonction.