25 janvier 2019

Publication au Journal Officiel du 25 janvier 2019 de l'arrêté du 31 décembre 2018 modifiant l'arrêté du 16 juillet 2018 relatif aux épreuves du baccalauréat général à compter de la session de 2021.

A l'article 2 de l'arrêté du 16 juillet 2018 susvisé, il est ajouté un alinéa ainsi rédigé :
« Le cas échéant, les points excédant 10 sur 20 de l'évaluation des résultats de l'élève au cours du cycle terminal pour chaque enseignement optionnel “ Langues et cultures de l'Antiquité ”, retenus et multipliés par un coefficient 3, s'ajoutent à la somme des points obtenus par le candidat à l'examen. »

Plusieurs observations s'imposent, qui montrent l'attachement très relatif du ministère à la défense des langues anciennes :

- Cet arrêté confirme bien nos analyses de l'été dernier : les langues anciennes avaient bien été totalement oubliées à l'été 2018 ("Il n'y a aucune inquiétude à avoir" disait par la suite le ministre) et auraient sous doute continué de l'être sans l'alerte donnée par "Avenir latin grec" pendant l'été : nous avions sonné l'alerte ici-même dès le 18 juillet 2018 et de nouveau le 18 septembre 2018.

- Il aura donc fallu trois mois (quatre avec la publication) pour que les annonces rassurante de M. Blanquer le 30 septembre 2018 se trouvent enfin concrétisées : une simple phrase rectifiée dans un arrêté.

- Cet arrêté modificatif reste très ambigu sur la prise en compte des options dans le nouveau baccalauréat 2021 : les options de langues anciennes n'ont plus aucune place dans les épreuves finales (60% de la note du baccalauréat) mais l'arrêté modificatif suppose-t-il que les latinistes et hellénistes sont concernés par les épreuves communes du cycle de terminale (30%) ou bien leur note relève-t-elle seulement de "la moyenne de l'évaluation des résultats de l'élève au cours du cycle terminal" (10%) ? Dans le premier cas, ils sont censés être évalués indépendamment de leur professeur (encore qu'il est loisible de s'interroger sur les possibilités réelles de le faire, compte tenu du faible nombre de professeurs de lettres classiques par lycée). Dans le second cas, leur note correspond à une évaluation directe de leur propre professeur de langues anciennes, ce qui ouvre la porte à toutes les dérives.

- Plus grave enfin : ce progrès apparent (vis à vis du recul absolu de cet été) continue d'être un grave recul vis à vis de l'état antérieur de l'enseignement des langues anciennes, comme nous l'avions souligné dès le 30 septembre :

"Le coefficient 3 pour le bonus, présenté comme maintenu par le ministre, ne l'est qu'en apparence, compte tenu du nouveau mode de calcul du baccalauréat : 1200 points pour les épreuves terminales, 600 points pour les épreuves communes et 200 points pour le contrôle continu, soit un total de points presque trois fois supérieur à celui d'avant la réforme. Pour reprendre les termes du ministre, l'apprentissage d'une langue ancienne est donc "valorisé"... mais trois fois moins qu'actuellement !"

La ficelle est un peu grosse : une quasi suppression, puis un recul en forme de concession et de restauration du bonus en trompe-l'oeil, comme dans la restauration des options - en réalité mutilées et précarisées - dans la réforme du collège. Il est regrettable que les associations disciplinaires voient dans cette régression sans précédent, tactiquement orchestrée en deux temps, une victoire pour l'enseignement des langues anciennes.

Loys Bonod