11 octobre 2018

Le 1er octobre 2018, François Jarraud a publié dans le "Café pédagogique" un article éreintant l'enseignement des langues anciennes en voulant prendre pour cible le ministre : "Blanquer grave un post scriptum latin - grec à sa réforme du bac".

Un article ou plutôt un articulet (cf infra) aussi brièvement expédié que très idéologique (une évidente haine du latin) et qui, à ce titre, mérite une petite mise au point.

C'est d'abord un article où l'on a la confirmation que les points au baccalauréat devaient bien être supprimés, ce que nous avions annoncé ici cet été mais dont le "Café pédagogique", site de veille et d'information, ne s'était pas fait l'écho.

Où l'on apprend ensuite que les amateurs des langues anciennes constitueraient un puissant "lobby" : les professeurs de lettres classiques, bien peu nombreux et souvent isolés dans leur établissement, ne peuvent évidemment pas vouloir défendre un enseignement auxquels ils sont attachés par vocation sans constituer une effroyable corporation réactionnaire, avec le ministre à ses ordres.

Où l'on apprend également que les latinistes seraient 75.000 en terminale et les hellénistes 17.000 : en réalité, ils ne sont respectivement que 22.010 et 5.046 (RERS 2018) : François Jarraud aura confondu avec l'ensemble du cycle. 27.000 élèves ayant courageusement poursuivi l'apprentissage d'un enseignement optionnel jusqu'en terminale, les hordes annoncées ne sont pas légions : on comprend d'ailleurs mieux toutes les attaques contre des disciplines affaiblies par ce caractère optionnel.

Où l'on apprend aussi que les plus favorisés des élèves sont davantage latinistes que les non latinistes : c'est omettre de préciser que 93,1% (RERS 2018) des élèves favorisés ne sont PAS latinistes, ce qui en dit long sur le prétendu privilège social de cette option. Ou encore, comme l'a montré Pascale Fourier en 2015, qu'un quart environ des latinistes dans le secondaire sont des fils et filles d'employés, d'artisans et de commerçants et un autre quart des enfants d'ouvriers ou de chômeurs.

Où l'on apprend par ailleurs que faire du latin ne serait pas un choix personnel, impliquant des horaires supplémentaires, souvent punitifs, et du travail supplémentaire, mais une "chance".

Où l'on n'apprend enfin que l'apprentissage des langues anciennes pendant quatre ou six ans et les maigres points qu'il rapporte au baccalauréat relèveraient du "passe-droit" (sic).

Etonnament, François Jarraud, dont la profession est devenue celle d'un journaliste à plein temps, n'a pas réalisé que le bonus prétenduement rétabli par le ministre ne l'est qu'au tiers de son état actuel, comme nous l'avons démontré ici.

L'attaque visant le ministre manque donc totalement sa cible en chargeant également les langues anciennes, dont il servirait le "lobby". Il est vrai que le "Café pédagogique" a applaudi les atteintes portées aux langues anciennes par la majorité précédente : dans sa grande perspicacité, il n'a pas compris que ces atteintes continuaient avec la nouvelle majorité.

Quoi qu'il en soit, que François Jarraud soit remercié pour l'expression de son profond mépris à l'égard des enseignants comme des élèves amoureux des langues anciennes : dans la détestation des humanités classiques, chargées de tous les maux du monde, l'article a le mérite... de la franchise.

 

* * *

L'article de François Jarraud :

 

Blanquer grave un post scriptum latin - grec à sa réforme du bac 

"Beaucoup de bricolage, une baisse sensible des horaires et des postes, un bac rendu plus complexe". Voilà ce que nous écrivions le 17 juillet après la publication des textes relatifs à l'organisation du bac pour 2021. Coté bricolage, JM Blanquer vient d'en ajouter au fil 'un entretien donné au JDD le 30 septembre. Le ministre annonce que les options latin grec donneront exceptionnellement des points supplémentaires au futur bac, ces points que la réforme a supprimé.

"Le latin et le grec seront pris en compte dans la note de controle continu et seront , en plus, les deux seules options qui rapporteront des points bonus dans le nouveau baccalauréat", affirme le ministre dans le JDD. Le principal argument donné pour expliquer ce caprice du prince c'est que ces enseignements portent  "un élément de justice sociale et d'intégration".

A qui profite ce passe droit ? D'abord à l'enseignement privé. 39% des élèves de terminale qui font du latin sont dans le privé, et 30% de ceux qui font du grec, une proportion beaucoup plus forte que la part du privé dans les candidats. Ensuite, a contrario par rapport aux propos du ministre, les jeunes de milieu favorisé. En 2017, on a trois fois plus de chance de faire du latin quand on est de milieu favorisé que défavorisé (selon RERS). En grec c'est encore pire. En tous cas voilà qui va relancer la dimension locale du bac. Dorénavant chaque option a un bon argument pour surnoter ses élèves.

Qu'est ce qui pousse JM Blanquer ? Un coup de téléphone de la rue Saint Honoré ? Un petit cadeau à son électorat (mais à toute petite échelle : seulement 17000 jeunes font du grec en terminale et 75000 du latin sur 800 000 candidats) ? L'entretien d'un minuscule lobby ? Ou simplement un conseil de communicant ? Toujours est-il que la remise en question surprise de la réforme du bac ne fait pas très sérieux. Elle confirme que le CSE a bien fait de rejeter cette réforme qui se confirme être un bricolage à la petite semaine.

François Jarraud