30 septembre 2018

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Des articles de plus en nombreux dans la presse en cette fin septembre 2018, année cruciale de la mise en place de la nouvelle réforme du lycée et du baccalauréat, ont conduit le ministre à sortir de sa prudente réserve.

Il est vrai que le dernier article, dans "Le Monde" du 26 septembre 2018, concluait avec une mise en garde quelque peu inquiétante :

"A moins que la copie de la réforme du bac n’évolue encore ? « Les enseignants de lettres classiques, et tout ce qu’ils comptent de défenseurs – académiciens, éditorialistes... – peuvent être l’étincelle qui embrase la réforme du bac, souffle une source bien informée. Ce péril, Jean-Michel Blanquer ne peut l’ignorer. »"

Eteindre l'incendie

Le ministre s'est donc voulu rassurant dans le "Journal du dimanche" du 30 septembre 2018 :

Ces inquiétudes n’ont pas de fondement. Le latin et le grec seront pris en compte dans la note de contrôle continu et seront, en plus, les deux seules options qui rapporteront des points bonus dans le nouveau baccalauréat.

Comment les inquiétudes des enseignants, des élèves et des parents d'élèves depuis deux mois et demi seraient-elles sans "fondement" quand la prise en compte des langues anciennes dans le baccalauréat  annoncée en cette fin de septembre ne correspond en rien aux arrêtés publiés en juillet, au creux de l'été ?

Cette curieuse tentative de réécrire les évènements n'est pas sans rappeler la majorité précédente, faisant marche arrière après avoir tenté de supprimer discrètement les options au collège et faisant réécrire à la va-vite des programmes pour des disciplines qui devaient bien disparaître.

Dès lors, la question qui se pose est la même : ce revirement est-il sincère ou ambigu ? La majorité précédente avait certes rétabli les options, mais sous forme de moignons, sans dotation propre, avec des horaires variables, précaires chaque année, variables au gré de chaque collège.

Qu'en est-il des dernières annonces du ministre pour le baccalauréat : une pleine et entière restauration ? Rappelons que la restauration des options au collège par l'actuelle majorité n'a rien changé à leur caractère précaire et variable d'un collège à l'autre, et toujours sans dotation propre.

Un recul bien calculé

A ce jour, les propos du ministre n'ont pas encore été suivis d'un arrêté rectificatif et restent vagues : les langues anciennes seront-elles finalement prises en compte, à titre de bonus, dans les épreuves communes du cycle de terminale comme les autres disciplines ou bien seulement dans "la moyenne de l'évaluation des résultats de l'élève au cours du cycle terminal" ?

Dans les deux cas, une simulation, avec l'exemple d'un élève standard que nous avions choisi ces dernières semaines (13,5/20 dans toutes les disciplines et 16/20 en latin) montre que les élèves choisissant une langue ancienne restent perdants avec la réforme : sans arrêté rectificatif, la moyenne au bac est de 13,52 (+0,02 pts). Avec arrêté rectificatif éventuel correspondant aux annonces ministérielles de ce jour, la moyenne passe à 13,68/20 (+0,18 pts). Mais ce progrès reste un recul : en l'état actuel, pour les courageux latinistes et hellénistes ayant poussé jusqu'au bac, la moyenne est de 14/20 (+0,5 pts).

Pour le dire autrement, le recul du ministère ne constitue pas un progrès pour les jeunes latinistes et hellénistes, bien au contraire. Le coefficient 3 pour le bonus, présenté comme maintenu par le ministre, ne l'est qu'en apparence, compte tenu du nouveau mode de calcul du baccalauréat : 1200 points pour les épreuves terminales, 600 points pour les épreuves communes et 200 points pour le contrôle continu, soit un total de points presque trois fois supérieur à celui d'avant la réforme. Pour reprendre les termes du ministre, l'apprentissage d'une langue ancienne est donc "valorisé"... mais trois moins qu'actuellement !

Avec le retour du bonus, il ne s'agit donc pas d'un statu quo mais plutôt d'une médiocre compromis selon une méthode bien éprouvée : annoncer le pire, pour ensuite faire accepter une atteinte un peu moins grave. Mais les élèves restent largement perdants. Sans doute le ministère espère-t-il pour l'immédiat une indignation en proportion, c'est-à-dire plus modérée. Et, pour plus tard, un abandon des options également en proportion ?

Un repli tactique : il faut sauver la réforme du lycée

Reste d'ailleurs l'injustice faite aux autres options (linguistiques ou artistiques) : menacées comme les langues anciennes depuis juillet 2018, les inquiétudes à leur sujet seraient également sans "fondement" ? Il est vrai qu'elles ont moins que les langues anciennes été défendues dans l'espace médiatique...

Ce minuscule revirement tactique, en forme de concession à la marge (les langues anciennes ne concernent que quelques petites dizaines de milliers d'élèves courageux) et dont le coût pour le ministère (un simple changement de calcul) est actuellement nul (seules les économies à venir avec la disparition des options sont affectées), ne peut évidemment pas faire oublier les très graves problèmes posés par la réforme du lycée général dans son ensemble (des millions d'élèves) et son objectif général inavoué, dont témoigne - par exemple - le sort d'abord réservé aux langues anciennes et toujours réservé aux autres options : réduire le coût du lycée général tout en en transformant la philosophie même.

Et, à ce sujet, les inquiétudes ne sont sans doute pas sans "fondement" non plus.

Loys Bonod