13 mars 2016

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Pourquoi ce billet ? En 2015 l'enseignement des langues anciennes subissait le coup le plus terrible depuis sa transformation en option : il devait tout simplement être englouti dans d'autres disciplines, sans plus d'horaire ni de programme, bref disparaître.

Certains, parce qu'ils en étaient en partie responsables (il ne fait aucun doute que les langues "anciennes" - par définition - ne peuvent que s'opposer au "progrès" scolaire), se sont alors activés pour applaudir cette disparition, avec parfois une tartufferie ou une obscénité sidérantes.

Puis, s'inquiétant de l'émoi suscité, ils se sont activés pour relativiser, masquer cette disparition devenue, par compromis, une amputation brutale. Comment ceux qui se présentent comme des "progressistes" (membres ou responsables de syndicats réformistes mais très minoritaires, militants pédagogiques de l'école nouvelle etc.) ont-ils accompagné, par leur parole bruyante ou par leur silence assourdissant, cette disparition dans la presse, sur les blogs ou sur les réseaux sociaux ?

Comme on va le voir, avec le feu roulant de ces défenseurs zélés de sa réforme, le ministère n'a pas eu besoin de communicants pour promouvoir ce qui s'apparente à un plan social.

Il serait triste que soit perdue la mémoire de ceux qui, avec le MEN, ont déployé tant d'énergie (et parfois de violence verbale) pour relativiser, caricaturer, désinformer, humilier leur collègues de lettres classiques et priver les petits latinistes et hellénistes curieux de la fréquentation des langues anciennes.

Profitons du recul du temps (voir notre historique de la réforme depuis un an) pour célébrer l'anniversaire de la mise à mort du latin et du grec ancien.

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Souvenirs, souvenirs. Dans les années 1990, les "Cahiers pédagogiques" promeuvent encore de "langues anciennes" en y consacrant par exemple un plein numéro en 1997 (n°353).

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En juillet 2011, vingt membres du jury du Capes de lettres classiques démissionnent avec fracas pour dénoncer les transformations catastrophiques du concours.

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En avril 2013, le Capes de lettres classiques est supprimé en catimini. L'information ne reçoit aucun écho dans les "Cahiers pédagogiques".

Au même moment, le SE-Unsa publie un article intitulé : "Options au collège : et si on essayait le latin pour tous ?". L'article n'est plus en ligne à ce jour.

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Reproduisons l'article :

Enseignement optionnel, le latin et plus largement les langues et cultures de l’Antiquité, autrefois piliers des humanités, souffrent d’une réputation élitiste et de conditions de mises en oeuvre souvent désavantageuses dans les établissements secondaires, comme le précise le rapport de l'Inspection générale d'août 2011. La conséquence en est le recul important du nombre d’élèves à pratiquer cette option au collège et surtout au lycée.

Pourtant, cet enseignement a des atouts à faire valoir dans le cadre du socle commun : c’est un enseignement transversal, aux compétences transférables, qui permet de nombreux liens interdisciplinaires. C’est aussi un enseignement à la base de la culture humaniste et de la maîtrise de la langue française. Cet enseignement est également jugé indispensable, comme un "besoin social" et “réalité culturelle, pour des sociétés européennes héritières de l’antiquité gréco-latine ; une réalité professionnelle, dans un monde où certaines entreprises prennent conscience des compétences remarquables de jeunes adultes formés à la rigueur littéraire et linguistique des savoirs de l’antiquité”, selon un document de travail du Centre d’analyse stratégique (mars 2013).

À l’heure de la refondation et d’une rénovation annoncée du collège, il nous semble possible de renverser les perspectives en rendant l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité accessible et utile à tous les élèves.

Aux côtés des enseignements disciplinaires, la loi d’orientation prévoit des enseignements complémentaires et des parcours possibles pour les élèves afin de rendre le collège unique plus souple et plus adapté à la diversité des élèves.

Dans ce cadre, l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité peut trouver sa place comme un parcours qui commence en classe de sixième pour tous les élèves. Cet enseignement concernera plusieurs disciplines (principalement de Lettres puis d’Histoire-Géographie) et intègrera des modules d’enseignement assurés par un professeur de lettres classiques. Cet enseignement devra prendre place dans les programmes disciplinaires tout en traçant les pistes de travail interdisciplinaire, les liens avec le parcours artistique et culturel. Les objectifs culturels et linguistiques seront déterminés pour chaque cycle. L’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité pourra être poursuivi sous forme optionnelle, selon le principe d’une diversification choisie et partielle des parcours des élèves. Il s’inscrira dans un panel d’enseignements complémentaires qui eux-mêmes construisent les parcours et compétences des élèves dans le cadre du socle commun.

Ces perspectives dressées pour cet enseignement visent également à répondre plus largement à la problématique de l’articulation des options (ou enseignements complémentaires) au socle commun. Pour le SE-Unsa, les enseignements optionnels ont leur place au collège s’ils s’adressent à tous les élèves, sans allouer plus de moyens aux élèves les plus en réussite, sans créer des classes à profils. Le collège n’est pas le temps de la diversification des parcours des élèves, mais des choix d’enseignement diversifiés doivent profiter à tous les élèves selon des principes équitables.

En mai 2013, le président de la FCPE réclame dans une tribune conjointe avec un membre du think tank "Terra Nova" d'"éliminer les options ségrégatives" (sic).

En novembre 2013, les "Cahiers pédagogiques" célèbrent la mue des langues anciennes : place aux "langues et cultures de l'antiquité" (Hors-série n°32 novembre 2013).

2013 apprendre les langues et cultures de l antiquité

Une partie du dossier s’intitule, de façon prémonitoire, "Tout est bon pour apprendre". Parmi les contributeurs, on trouve Jean-Michel Zakhartchouk (futur co-rédacteur des nouveaux programmes de français de 2016, qui peuvent désormais intégrer les "langues et cultures de l'antiquité"). Un autre contributeur appelle à une métamorphose des langues anciennes, avec une vraie mise en activité des élèves, comme dans les futurs enseignements pratiques interdisciplinaires. Dominique Augé défend étrangement les langues anciennes :

"Il ne s’agit plus en effet de croire en un dogme ou de répéter le credo d’une discipline altière, qui vivrait dans le mépris des autres, mais bien de comprendre que nos élèves sont d’abord là pour se comprendre eux-mêmes, dans la complexité de leur propre monde, et que les LCA peuvent les y aider !"

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En juillet 2014, la licence de lettres classiques est supprimée, remplacée par une licence en "humanités" à partir de la rentrée universitaire 2015. L'épreuve de latin au concours de conservateur du patrimoine (spécialité "archives") est également supprimée.

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En 2015, la réforme de collège 2016 est présentée sous embargo à la presse le 9 mars. De premiers échos se font de la suppression des options de langues anciennes, transformées en "enseignements pratiques interdisciplinaires" (EPI) pour tous les élèves, dont personne ne comprend encore ce qu'ils sont. Avec les options de langues anciennes, ce sont également des milliers de postes de lettres classiques qui sont menacés.

Le 10 mars 2015, Laurent Fillion, co-rédacteur de la revue de presse des "Cahiers pédagogiques", raille les inquiétudes légitimes des professeurs de lettres classiques :

Et, de façon assez contradictoire, il se réjouit ironiquement de cette nébuleuse démocratisation, non sans témoigner tout son mépris pour ses collègues :

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 Le 11 mars 2015, quand la réforme est rendue publique, la suppression des options est toujours aussi évasive : "Les collèges qui proposaient l’option facultative latin pourront l’inclure dans la matière complémentaire Langues et cultures de l’Antiquité." Personne ne sait ce qu'est cette "matière complémentaire". Stéphanie de Vanssay, responsable SE-UNSA, raille alors les inquiétudes des défenseurs des langues anciennes.

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Laurent Fillion, pour sa part, exprime à nouveau toute l'estime qu'il a pour l'enseignement des langues anciennes :

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Et quand la suppression du latin et du grec ancien en tant que matières est bien confirmée dans la journée du 11 mars par la DGESCO ("pas sur des horaires supplémentaires/option"), Laurent Fillion continue de nier l'évidence de façon quelque peu emberlificotée :

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Le 12 mars 2015, toujours malgré l'évidence, le SE-Unsa se veut rassurant :

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Le 13 mars 2015, Antoine Tresgots, délégué national lycées-collèges du SE-Unsa, continue dans cette voie :

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Le communiqué des "Cahiers pédagogiques" est, lui, tout en non-dit :

"Plusieurs points paraissent positifs dans ce qui a été annoncé : […] la fin, qui demande à être confirmée, de la multiplication d’options rares et autres dispositifs ségrégatifs (classes bilangues, etc.)"

Rappelons que la rédactrice en chef des "Cahiers pédagogiques", Cécile Blanchard, a été chargée de mission à la FCPE pendant dix ans, de 2004 à 2014.

Le 15 mars 2015, dans son "Bloc Notes de la semaine du 9 au 15 mars 2015 : Collège – Épi c’est tout ! - Socle – Verrous... va t-on ?", Philippe Watrelot, alors président des "Cahiers pédagogiques", ne fait aucune mention des langues anciennes. Interrogé sur Twitter, il préfère invectiver et se garde bien de répondre.

 Le 17 mars 2015, dans la revue de presse des "Cahiers pédagogiques", Laurent Fillion s'efforce de discréditer les défenseurs des langues anciennes et de relativiser la portée de la réforme. Pour les "Cahiers pédagogiques", défendre l'enseignement du latin ou du grec, c'est s'opposer à l'école démocratique.

"Depuis les annonces concernant la future réforme du collège, le sujet principal du débat semble être pour certains le sort réservé à l’enseignement du latin. Aujourd’hui, ce sont Le Figaro par une tribune de Anne-Sophie Letac, professeur en classes préparatoires et Europe 1 par la bouche de Natacha Polony qui ont voulu alerter à ce sujet. Les grandes voix pourfendeuses de l’école démocratique s’agitent donc. [...]

A bien y regarder de plus près, on peut comprendre les interrogations et craintes des professeurs de lettres classiques notamment sur le plan des horaires. Mais l’enseignement des LC ne disparaît nullement puisqu’intégrés aux EPI (vive les sigles !). Par le jeu de l’interdisciplinaire, la réforme pourrait même amener des enfants pas forcément attirés à priori par le latin (ou/et 2h en plus) à le découvrir, et à réapprendre l’appétence pour la découverte d’autres cultures."

De son côté, Guillaume Caron (Sgen-CFDT) joue sur les mots : les options sont certes supprimées, mais les langues anciennes continueront d'exister à l'état d'EPI :

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Le 18 mars 2015, le Sgen-CFDT fustige, dans un communiqué, "la pression conservatrice" et défend, sans jamais évoquer les langues anciennes, les enseignements pratiques disciplinaires.

Laurent Fillion, qui niait jusque ici toute fragilisation des langues anciennes, change d'argumentaire :

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Guillaume Caron (Sgen-CFDT) répète l'élément de langage ministériel de la démocratisation et célèbre dans cette catastrophe une bonne nouvelle :

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Le 19 mars 2015, Christophe Chartreux se félicite de cette "démocratisation" du latin, accusant l'élitisme des langues anciennes d'être responsables de leur supposée désaffection :

"Je déplore cette désertion. Mais elle s'explique par le fait d'avoir, sans doute par amour sincère de leurs matières, voulu toujours placer Aristophane et Schiller sur des sommets inaccessibles au commun des élèves.

A tel point qu'un jour, il n'y eût plus aucun élève...

La vulgarisation des Humanités en eût évité l'abandon...

En eût évité aussi la détresse d'une admirable Jacqueline de Romilly...

Vive le latin! Vive le grec! Pour toutes et tous!"

Le 20 mars, Philippe Meirieu apporte son soutien à la réforme. Interrogé sur les langues anciennes, il répond de façon sibylline :

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Le 21 mars 2015, les médias se faisant enfin l'écho de la suppression des options, Mila Saint-Anne (pseudonyme), co-rédactrice de la revue de presse des "Cahiers pédagogiques", s'irrite de "la polémique à propos de la supposée disparition du latin et du grec" :

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Le 22 mars 2015, Guillaume Caron (Sgen-CFDT) enfonce le clou et voit dans la défense du latin "une stratégie de com' des conservateurs". Il semble concéder, sans le dire, que la suppression des options (ce "détail") n'est peut-être pas une si bonne nouvelle...

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Et de changer d'argument en en relativisant l'intérêt du latin et en faisant semblant ne pas comprendre qu'il s'agit de défendre non pas une option, mais une discipline :

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Dans son "bloc-notes de la semaine de la semaine du 16 au 22 mars", Philippe Watrelot, fustigeant "la pression corporatiste", craint que la réforme du collège ne "se fracasser sur le latin". Relativisant lui aussi l'intérêt du latin aujourd'hui, il raille les enseignants défendant des disciplines qu'ils enseignent par vocation, cette défense étant caricaturée comme un corporatisme et l'enseignement comme un objet de nostalgie ridicule.

"Choisissez un sujet que tout le monde connait ou croit connaitre et qui vous rattache à une image nostalgique de l’École. Le latin ? Ah oui, c’est bien le latin, tout le monde a des a priori là dessus. On peut chanter “Rosa, Rosa, Rosam...” et réciter des proverbes... Puis, sine die, lancez une alerte, relancez régulièrement, interpellez, sommez chacun de vos interlocuteurs de répondre à vos ultimatum. Vous trouverez bien aussi quelques intellectuels (qui en ont fait durant leur scolarité) pour vous soutenir. Un slogan, un autocollant, sont aussi les bienvenus, pourquoi pas “Je suis latiniste”... ? Deux ou trois articles et interviews pour lancer la machine à fabriquer de la polémique et le sujet peut rentrer dans l’agenda politique. Nul doute qu’un député interpellera ex abrupto la ministre durant les questions au gouvernement. Et si cela persiste et s’amplifie, tout cela remontera au plus haut sommet de l’État avec un arbitrage destiné à ne fâcher personne et à revenir à la situation ex ante... [...]

Dans la mobilisation actuelle pour le latin ce qui est intéressant à analyser c’est la confusion entre la nostalgie (des enfants d’ouvriers, c’est encore plus émouvant, bien sûr...) pour un enseignement dont on ne peut nier qu’il a marqué des générations et eu un effet bénéfique sur les apprentissages et la capacité à imaginer d’autres modes de transmission de cette langue et de cette culture. Car la question, derrière tout ça, est celle de l’apprentissage de la langue latine. Est-elle indispensable pour découvrir les "humanités" ? Il semble utile que tous les élèves aient (dans le cours de français, mais aussi à l’école primaire, et aussi dans plein d’autres cours, et pourquoi pas dans des projets interdisciplinaires ! ) des moments de découverte de ce qui, du latin et du grec, (mais aussi de l’arabe et de l’hébreu, et autres...) a laissé des traces dans notre monde, dans la langue, dans les œuvres littéraires et artistiques, dans les sciences, dans la philosophie, etc. Et, comme pour les langues vivantes, ce qui faisait que les romains, les grecs, ou d’autres, pensaient le monde autrement que nous (ou pareil). On pourrait très bien imaginer une découverte Langues et cultures de l’antiquité (LCA) en collège et un apprentissage de la langue latin au lycée en option comme le russe ou le chinois...

Mais le problème est que la logique qui prévaut aujourd’hui dans la polémique qui s’annonce et qui est largement instrumentalisée, est une logique de “territoire” qui se mesure au nombre d’heures alloué à un enseignement et en termes de statut avec un concours spécifique. En d’autres termes on touche à des questions identitaires pour certains enseignants..."

Le 25 mars 2015, Jean-Michel Zakhartchouk suit le chemin ouvert par Philippe Watrelot et ironise sur les "adorateurs des langues anciennes" ainsi que "le narcissisme" des professeurs de lettres classiques. Le rédacteur des nouveaux programmes de français se félicite ouvertement que les langues anciennes ne fassent plus l'objet d'un enseignement spécifique. Il remplace grossièrement l'adjectif "utile" par celui d'"indispensable"… avant de relativiser l'utilité des langues anciennes même :

"En quoi savoir traduire, connaitre les déclinaisons, comprendre le fonctionnement de la phrase latine (si différente de la notre) sont–ils indispensables pour s’imprégner de ces cultures de l’Antiquité, dont je suis le premier à encourager la diffusion sous toutes ses formes ? On peut très bien enseigner l’étymologie sans avoir recours à un enseignement systématique du latin ou du grec, et on peut faire rechercher des références à l’Antiquité à travers de bonnes traductions. Et de temps en temps, faire des flashes de grammaire comparée, avec le latin, mais aussi bien d’autres langues… Quant à la formation de l’esprit, certes, mais celle-ci peut prendre bien d’autres chemins, dont par exemple le raisonnement scientifique ou technologique. Pour ma part, je ne pense pas que le latin tel qu’on me l’enseignait m’ait ouvert l’esprit."

Jean-Michel Zakhartchouk, qui ne semble pas connaître les programmes des langues anciennes, accuse même les professeurs de lettres classiques, ces idéalistes, de cacher "toutes les parts d’ombre de ces Anciens (la misogynie, la cruauté barbare de ces guerres où on n’épargnait guère les innocents lors de prises de ville, les ségrégations sociales, etc.)".

A partir du 24 et du 25 mars 2015, coup de théâtre : le Ministère de l'Éducation, dans un revirement spectaculaire, rétablit finalement des options, sous le nom d'"enseignements de complément". Comme on le comprend par la suite, ces options sont non seulement amputées, mais précaires et fragiles.

Le 27 mars, Claude Lelièvre, prenant acte de ce rétablissement incomplet, promet un "avenir" aux langues anciennes avec de nouvelles façons d'enseigner : le temps n'est de toute façon plus aux "forts en latin".

Dans le "bloc-notes de la semaine de la semaine du 23 au 29 mars" des "Cahiers pédagogique", Philippe Watrelot, leur président, ne se réjouit pas vraiment de ce rétablissement.

"[...] le geste du ministère doit-il être pris comme un début de « détricotage » de la réforme ? On peut le lire comme la porte ouverte vers d’autres abandons ou plutôt un compromis destiné à préserver l’essentiel..."

Le 31 mars 2015, Julien Duruisseau (CFDT) soutient la réforme pour partie en latin, car, après tout, on peut bien en rire :

"Les opposants à cette réforme, comme à toute autre d’ailleurs, « réfléchissent » selon un modèle a falsis principiis proficisci. Il nous faut leur rappeler que et suppositio nil ponit in esse.

Ergo il ne faut pas rentrer dans leur jeu : ils commencent par le défaut qu’ils voient et arrivent au chaos qu’ils imaginent. Le Sgen-CFDT se refuse de suivre ce schéma de type abyssum abyssum invocat. Pour le Sgen-CFDT, si abundans cautela non nocet, spes messis in semine."

Le 5 avril 2015, Claire Krepper, responsable nationale du SE-Unsa, relais l'accusation de classes de latinistes séparées des autres :

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Le 8 avril 2015, communiqué de presse commun de la FCPE, du CRAP-Cahiers Pédagogiques, de l'UNL, de l'UNEF, de la fédération UNSA-Education, du SE-Unsa, du SIEN-Unsa, du SNPDEN- Unsa, du Sgen-CFDT, de la FEP-CFDT et de la CFDT se félicite d'une réforme qui permet de "redistribuer les moyens pédagogiques jusque-là réservés à des options et dispositifs ségrégatifs".

Le 10 avril 2015, le SE-Unsa et le Sgen-CFDT sont les deux seuls syndicats enseignants (ne représentant que 20% des enseignants) à voter en faveur de la réforme au Conseil supérieur de l'éducation, avec la FCPE.

Le 13 avril 2015, paraissent les nouveaux programmes conformes : les langues anciennes en sont totalement absentes, conformément à la première version de la réforme.

Le 15 avril 2015, un vrai-faux de Franck Loureiro (Sgen-CFDT) présente la suppression initiale des options comme une simple rumeur. De son côté, Claudie Paillette, secrétaire nationale du Sgen-CFDT, enterre les options de langues anciennes sans ménagement :

"On ne peut pas simplement faire (des langues et cultures de l'antiquité) des outils de parcours sélectifs et consuméristes. [...] L'EPI langues et cultures de l'antiquité permettra à tous les élèves d'un collège d'accéder à cette culture antique."

Le 17 avril 2015, la défense du latin, cette langue morte, trouve ses limites chez Claire Krepper :

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Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDT, s'il concède que les options peuvent participer à la mixité sociale, tâche de ménager les collègues mais approuve néanmoins la transformation des options en EPI LCA :

"Il faut se battre pour la réussite de tous les élèves. Si l'on veut relancer le vivier des latinistes, initier tous les élèves aux cultures antiques avant d'aborder la langue et donner du sens en mobilisant d'autres matières me semblent judicieux. Même si ce n'est jamais facile de passer d'un modèle à l'autre."

Jean-Michel Zakhartchouk, prônant le relativisme culturel, confond de nouveau à dessein l'utilité et la nécessité en s'appuyant sur son expérience personnelle :

"[...] je maintiens qu’il n’est pas nécessaire dans la formation commune au niveau collège d’être entré dans les subtilités du latin pour apprendre la rigueur, le raisonnement ou je ne sais quelle conscience de notre propre langue comme héritière (je parle du latin, car le grec est ultra-minoritaire). Personnellement, j’ose affirmer que mes années de latin de la sixième à la première (j’ai abandonné avec soulagement en fin de première pour faire des mathématiques en Terminale A2 qui m’ont bien plu, avec un programme intéressant) ne m’ont pas apporté grand-chose d’autre que de l’ennui et une certaine habileté à reformuler des traductions trouvées grâce au Gaffiot de textes antiques."

C'est seulement le 22 avril 2015 qu'un véritable article est enfin consacré à la question des langues anciennes dans les "Cahiers pédagogiques"... pour mieux les enterrer ! Un professeur de lettres classiques, Florence Castincaud, directrice de la publication des "Cahiers pédagogiques", oublie de rappeler que l'enseignement de complément n'a pas été rétabli grâce aux "Cahiers" et relativise, comme Philippe Watrelot, l'intérêt du latin avec cette proclamation : "Nous sommes tous des professeurs de culture humaniste". Accusant l'enseignement actuel du latin, elle laisser penser qu'il ne pourra que gagner à son amputation.

"Cette option «  latin  » (et parfois grec) n’est pas sans poser actuellement quelques questions tout de même, justement sur la question de la langue elle-même, point qui chagrine les opposants à la réforme : admettons pour la culture transmise via les EPI, disent-ils en gros, mais que sera-t-elle sans la connaissance intime de la langue ? Sans les compétences nécessaires pour comprendre les textes antiques ? Eh bien justement, cela me laisse perplexe. S’agissant de la langue elle-même, les compétences acquises en fin de 3e en compréhension de textes sont bien faibles. [...]

La réforme proposée n’est donc pas pour moi un tremblement de terre. Reprenons cette visée de démocratisation du collège, urgente et vitale, que porte, même modestement, l’actuelle réforme. Œuvrons pour que, dans ce projet, des EPI intelligemment faits renouvèlent année après année la connaissance des langues et cultures de l’Antiquité ; ce ne sera pas commode, c’est vrai, il y faudra de l’intelligence et de l’inventivité, mais nous serons heureux de toucher de nombreux élèves. Continuons, dans les 5 heures de l’enseignement complémentaire, à réfléchir à une didactique de la langue elle-même plus performante pour cultiver chez nos élèves le gout de la réflexion sur les mots, leur histoire, leurs voyages, sur les structures de langue et de pensée."

Le 26 avril 2015, Lionel Jeanjeau, co-rédacteur de la revue de presse des "Cahiers pédagogiques", se montre aussi rassurant qu'élégant :

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Déjà, en 2013, au moment de la suppression du Capes de lettres classiques, Lionel Jeanjeau se moquait de la mort imaginaire du latin. Fustigeant des "options très ségrégatives" il avait alors rédigé un article tout en empathie : "Suppression du Capes de lettres classiques… et alors ?" Comme on le voit, son argumentation sur la non-mort du latin était quelque peu contradictoire :

"Que signifie cette disparition des Capes de lettres classiques et de lettres modernes ? S'agirait-il, comme je l'ai lu toute la journée sur Twitter, par exemple, d'un "début de la fin" pour l'enseignement des langues et civilisations anciennes dans nos collèges et lycées ? Dans ce cas effectivement, la chose serait préoccupante, il serait tout à fait légitime de réclamer des mesures de protection de ces enseignements. Mais en réalité, il n'en n'est rien.  [...] Mais très honnêtement, après des décennies d'existence de deux Capes séparés, qui peut raisonnablement estimer aujourd'hui, qu'en dehors des grands lycées de prestige, les langues anciennes se portent bien ? C'est plutôt en se battant, comme le font déjà beaucoup d'enseignants de collège et parfois de lycée, pour moderniser l'enseignement du latin, pour le rendre compatible avec les TICE ou les pédagogies modernes, par exemple, qu'on le défendra. En refusant aussi le caractère sélectif de cet enseignement."

La "modernisation" passe en effet par la suppression du Capes et des options ! Evidemment, avec un demi-million de petits latinistes et hellénistes, Lionel Jeanjeau oublie de rappeler que cet enseignement est toujours très vivant en France.

Le 27 avril 2015, Christophe Chartreux caricature tout un enseignement à partir d'une anecdote personnelle et dénonce les "incroyables prédictions" des défenseurs des langues anciennes :

"Ce n’est pas cette réforme qui met en danger les langues anciennes. Bien au contraire, elle va tenter, par d’autres biais d’enrayer la déperdition en effectifs redoutée chaque année par nos collègues. [...] La réforme veut ouvrir le latin à plus d’élèves avec d’autres pratiques. Langues et civilisations continueront d’être enseignées ! Comment peut-on NE PAS s’en réjouir ? [...] L’option facultative latin (8 heures) devient un enseignement de complément (5 heures). Mais cet enseignement est destiné à un nombre d’élèves beaucoup plus important ! Allez rêvons un peu : à tout un établissement !"Dans ces conditions, parler de disparition des langues anciennes est plus qu’exagéré !

De son côté, Stéphanie de Vanssay (SE-Unsa) fait comme si les options n'avaient jamais été supprimées avant d'être finalement rétablies sous une forme amputée et précaire. Il est vrai qu'au moment de leur suppression, elle n'y avait vu que du feu !

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 Le 29 avril 2015, Guillaume Caron (Sgen-CFDT) s'essaie à un distinguo dont l'objectif est évidemment grossier et qu'on pourrait d'ailleurs appliquer à sa propre discipline :

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Le 1er mai 2015, Christophe Chartreux, en relativisant l'enseignement des langues anciennes ("Rappelons une fois encore que le latin, pour parler de lui, représentent 20% d'élèves en 5è, 5% en seconde et 1% après le Baccalauréat") continue de manier le paradoxe :

"Trois disciplines présentées par les opposants à la réforme comme étant en danger de mort ou de "travestissements" alors qu'il s'agit tout au contraire d'ouvrir ces disciplines à un plus grand nombre d'élèves pour les langues et les lettres classiques [...] Si je ne nie pas la "valeur" de ces disciplines car je ne nie la valeur d'aucune; je trouve seulement étrange que tel quotidien, telle association, tels intellectuels, n'écrivent et ne parlent que pour venir au secours de ces SEULES matières pourtant en danger bien moindre AVEC la réforme que SANS elle."

Le 5 mai 2015, Mila Saint Anne promet de défendre le latin en conseil pédagogique. En oubliant que les EPI LCA, éventuellement décidés en conseil pédagogique, ne permettent pas l'enseignement du latin.

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Le 11 mai 2015, Christophe Chartreux estime que la défense des langues anciennes est "un débat de la honte". En effet, défendre l'enseignement des langues anciennes, c'est nécessairement ne pas s'intéresser aux autres élèves !

Le 13 mai 2015, Guillaume Caron (Sgen-CFDT) ne parle plus de démocratiser les langues anciennes mais change d'argument :

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Le 13 mai 2015, la ministre envoie une lettre de saisine au Conseil supérieur des programmes pour le charger de rédiger des programmes de langues anciennes. Les options devant être supprimées dans la première version de la réforme, il ne lui avait évidemment pas été demandé de les rédiger !

La manoeuvre est grossièrement défendue par Antoine Tresgots, qui souligne la continuité ministérielle… depuis que les options ont été en partie rétablies (et pas grâce à l'action de son syndicat) :

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D'ailleurs il se livre à cet aveu ingénu. Si les programmes ont été oubliées, c'est qu'ils n'appartiennent pas aux enseignements obligatoires. En oubliant de préciser que les enseignements non obligatoires devaient précisément disparaître !20150513 tresgots b

De même le 14 mai 2015, Mila Saint Anne et Christophe Chartreux nient l'évidence :

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Il est vrai que les programmes n'ont pas été "oubliés" mais bel et bien supprimés avec les options...

Florence Castincaud, directrice de la publication des "Cahiers pédagogiques", accuse les enseignants de lettres classiques de vouloir conserver leur confort et se félicite de la mue d'un enseignement qui n'a plus lieu d'être sous sa forme classique, celle d'un enseignement de langue.

"L’option « latin –grec » s’est appelée LCA depuis quelques années, signe d’une inflexion sur l’héritage gréco-latin plus que sur la maîtrise de la langue. Celle-ci ne serait-elle pas réservée à des spécialistes, là où l’ensemble des élèves doivent avoir été initiés à l’histoire de la langue française et  aux éléments latins encore présents dans notre langue (mots, expressions) et à leur sens ? Mais cette langue, n’a-t-elle pas une place différente des autres, comme langue « de culture » plus que comme langue à apprendre de façon besogneuse ? [...]

Reste que les enseignants de LCA sont des enseignants inventifs : on est loin, sauf cas isolés, des pratiques poussiéreuses de thème et de version. Les sites d’enseignements des LCA sont très vivants, font appel aux TICE avec ingéniosité, et tiennent le pari de continuer à enseigner la langue en s’adaptant aux nouveaux publics, tout en rendant dynamique l’approche de la civilisation. Il y a même depuis six ans des cours de grec par internet dans l'académie de Nantes  pour les collèges ruraux qui n’ont pas d’enseignants de Lettres classiques. [...]

C’est en particulier pour donner aux établissements un volant d’heures bien plus important et pour mettre en place des aides aux apprentissages que des arbitrages horaires ont été faits et parmi eux celui qui concerne les LCA. Alors,  matières sacrifiées ou compromis nécessaires pour que les profs s'organisent un peu, changent un peu leurs pratiques et que les élèves soient moins réfractaires aux apprentissages, dans un collège moins  producteur d’inégalités ?"

Le 17 mai 2015, Claude Lelièvre se fait accusateur, avec cet étrange argument au XXIe siècle :

"Le latin est depuis toujours la langue des élites, celle qui, dans l’aristocratie et la haute bourgeoise, permettait d’avoir « des belles fréquentations ». Le Français c’était pour le « vulgum pecus »."

Le 21 mai 2015, Philippe Meirieu fait un procès à charge des langues anciennes et de leurs défenseurs :

"Aujourd’hui, les classes bilangues et les heures de latin profitent aux meilleurs élèves, souvent issus des milieux favorisés. Les supprimer ou les réduire pour augmenter les heures d’accompagnement personnalisé, qui diminue l’échec scolaire d’élèves souvent issus des familles défavorisées, est une mesure de justice sociale. [...]

En s’attaquant au latin, la ministre était sûre de s’attirer les foudres de l’intelligentsia parisienne... Mais la plupart de ces intellectuels n’ont aucune idée de la réalité des salles de classe actuelles. Ce qui me choque c’est qu’au nom de la République ils défendent un enseignement élitiste réservé à quelques privilégiés."

Le 24 mai 2015, sur le blog du Sgen-CFDT, l'IA-IPR d'histoire-géographie Philippe Guizard accuse les défenseurs des langues anciennes de ne pas penser aux "élèves en souffrance" mais reproche surtout aux options un crime bien plus grave :

"Les défenseurs du latin, qui accordent de l’importance à une discipline qui en mérite et qui conduit parfois des élèves issus de milieux défavorisés à l’excellence, ont obtenu largement satisfaction avec l’introduction de cette discipline dans les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) et dans les enseignements de complément. Les collégiens pourront donc suivre un enseignement de latin qui pourra aller jusqu’à 3h00 par semaine en 4ème et en 3ème. Ils insistent sur le caractère formateur de cet enseignement. Ils ont raison. Mais ils ne disent rien, tout comme les historiens qui sont montés à l’assaut contre les nouveaux programmes, du fait que l’enseignement de l’histoire ne compte plus au collège que pour une heure et quart par semaine. Une heure et quart d’histoire, jusqu’à trois heures de latin, lobbying quand tu nous tiens…"

Le 28 mai 2015, Laurent Fillion moque l'étude du latin avec compassion et avec un français approximatif :

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Le 5 juin 2015, dans une vidéo du Sgen-CFDT, Véronique Baslé défend la transformation des options en EPI LCA qui permettra de démocratiser cet enseignement et au professeur de letres classiques "de sortir de son isolement".

Le 8 juin 2015, Claude Lelièvre fait un rappel historique pour présenter les actuelles options de langues anciennes comme une "régression réactionnaire [...] remise en cause par la réforme du collège actuellement entreprise".

Le 14 juin 2015, aucun écho dans la revue de presse des "Cahiers pédagogiques" du sondage Ifop retentissant montrant l'opposition massive des enseignants à la réforme.

Le 26 août 2015, nouvel argument, en plus du coût et de l'élitisme. Le latin est décidément chargé de tous les maux de la terre :

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Pourtant les langues anciennes, choisies à partir de la 5e, ne peuvent pas entrer dans des stratégies d'évitement. Par ailleurs, le CNESCO a bien montré, en juin 2015, que 57% des latinistes ne sont pas des "bons élèves" et que 81% des collèges ne regroupent pas les latinistes dans le minimum de classes possibles : il n'y a donc que très peu de ségrégation scolaire et sociale liée au latin. Le Sgen-CFDT ne s'offusque pas, en revanche, des graves inégalités liées à un enseignement privé choisissant ses élèves et financé par l'État.

Le 2 septembre 2015, Mila Saint Anne, co-rédactrice de la revue de presse des "Cahiers pédagogiques", fait semblant de ne pas comprendre que l'EPI LCA se pratique sur les disciplines du tronc commun. Elle se disait pourtant "la première à défendre le latin" en conseil pédagogique, c'est-à-dire dans les EPI :

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20 septembre 2015. Avec l'amputation de 39% des options de langues anciennes (5h au plus au lieu de 8h), des postes de lettres sont mécaniquement menacés dans certains établissements. Mais pas pour Mila Saint Anne, qui se veut aimablement rassurante :

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Le 26 septembre 2015, Mila Saint Anne, qui affirmait que "le latin et le grec sont des heures en plus", semble se contredire quelque peu :

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Et le 28 septembre 2015, elle continue à voir dans l'amputation des langues anciennes, comme Christophe Chartreux, la meilleure chose qui pouvait leur arriver :

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Le 7 octobre 2015, la FCPE assigne aux EPI LCA une fonction beaucoup plus modeste. Rappelons que l'EPI LCA devaient initialement remplacer les langues anciennes.

"La découverte des langues anciennes doit être proposée dans tous les établissements et pour tous les élèves."

Le 10 octobre Mila Saint Anne laisse penser que les horaires de latin restent inchangés puisque, selon elle, l'horaire d'EPI LCA s'ajoute à l'horaire d'option. Sauf que l'horaire d'EPI LCA correspond à l'horaire de disciplines du tronc commun, qu'il n'est pas assuré par un professeur de lettres classiques et qu'il n'est généralement proposé que sur un niveau...

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Le 28 octobre paraît une opportune étude de la DEPP sur la sociologie des latinistes. Lionel Jeanjeau, des "Cahiers pédagogiques", s'évertue à discréditer ceux qui en font une lecture critique (ou contraire à ses préjugés) :

20151028 jeanjeau

 A cette occasion, la nouvelle présidente des "Cahiers pédagogiques" reprend vaillamment le flambeau : les défenseurs des langues anciennes, au service des "privilégiés", seraient donc opposés à un enseignement démocratique.

20151028 ndiaye

Le 5 novembre 2016, Lionel Jeanjeau, très humainement, ironise sur "la mort imaginaire du latin" :

20151105 jeanjeau

Le 17 décembre 2015, quand on l'interroge sur un aspect très concret de la réforme (enseigne-t-on la langue latine dans un EPI LCA ?), Laurent Fillion louvoie pour ne pas répondre et préfère disqualifier son interlocuteur :

20151217 fillion a

 Le 9 janvier 2016, Mila Saint Anne, des "Cahiers pédagogiques", réaffirme le caractère positif de la réforme.

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Le 10 février 2016, Guillaume Caron (Sgen-CFDT) et Laurent Fillion des "Cahiers pédagogiques" s'efforcent de prouver que le ministère n'a jamais eu l'intention de supprimer les options de langues anciennes, même quand celles-ci étaient supprimées lors de la présentation de la réforme le 11 mars 2015 :

20160211 caron fillion

Enfin, pour le collectif progressiste "Questions de classe", la bien-pensance emprunte de bien étranges voies car appartenir à une classe sociale défavorisée, c'est être décrocheur. Ce collectif doit ignorer que les langues anciennes sont proposées dans 93% des établissements prioritaires, où les catégories sociales supérieures sont assez peu représentées.

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Dans le numéro de mars 2016 (n°528) de "Cahiers pédagogiques", Véronique Baslé et Florence Castincaud proposent "des idées pour des EPI «  langues et cultures de l’Antiquité  »". Hélas : rien sur un EPI Lettres-Langues anciennes tel qu'il est suggéré dans les programmes !

De son côté, le 2 mai 2016, le secrétaire général du Sgen-CFDT se félicite de l''augmentation des moyens consacrés à chaque élève aux dépens des dispositifs dérogatoires" (sic).

Le 6 septembre, les "Cahiers pédagogiques" publient une "Lettre à la réforme" qui s'enthousiasme pour la réforme et fustige "les corporatismes" :

Tu es tellement ambitieuse que tu as fait frémir ceux qui appréciaient leur école parce que depuis tout temps elle accompagnait l’élite, surtout ceux qui croient à tort que faire progresser « les autres » nuirait à leurs enfants. Drôle d’image de la société que celle qui accepte de mettre de côté certains pour mieux faire réussir ceux qui ont déjà les meilleurs atouts au départ.

Timide réforme, tu avais besoin d’un large soutien pour atteindre tes ambitions, et tu n’as pas su convaincre ceux qui se sentaient remis en cause parce que leur ambition n’est pas la tienne. Au contraire, tu as cédé du terrain quand tes adversaires ont exigé de revenir à un enseignement « comme avant » avec les filières qui leur sont chères et qui assuraient un bon départ à leur enfant. Tu n’as pas su non plus donner à assez d’enseignants la formation, le courage et la confiance en eux qui leur sont nécessaires pour te faire triompher des nostalgiques du passé.

Le 10 octobre 2016, Christophe Chartreux, qui se félicitait en mars 2015 de la "démocratisation" des langues anciennes quand les options devaient être supprimées (cf supra), poursuit son entreprise de déni et fustige les opposant à la réforme en évoquant un "abandon absolument jamais acté" (sic) :

Latin, Grec et Allemand sans la réforme auraient poursuivi l'entre-soi dans lequel ces options étaient confinées et leur inéluctable descente aux enfers par la réduction des effectifs concernés, chaque année un peu plus importante. Or, Latin, Grec et Allemand ont désormais tout pour « reprendre des couleurs ».

 

* * *

On pourrait certes trouver quelques exceptions ou quelques timides voix critiques dans ce feu roulant depuis un an contre les langues anciennes, même parmi les membres des "Cahiers pédagogiques". Il n'en reste pas moins qu'on mesure bien comment, pendant un an, les "progressistes" se sont faits les idiots utiles d'une réforme économique sous des oripeaux d'idéologie pédagogique. Puisse l'Histoire garder la mémoire de leur noble combat.

Quand Roseline Ndiaye a pris la succession de Philippe Watrelot à la présidence de l'association "CRAP-Cahiers pédagogiques", elle a été félicitée par la ministre elle-même. Point n'est besoin de chercher pourquoi.

20151023 nvb watrelot

 "La reconnaissance de l'action du CRAP pour la nécessaire refondation de l'École"… et la suppression des langues anciennes : d'ailleurs Philippe Watrelot a été nommé président du CNIRE par Najat Vallaud-Belkacem le 26 septembre 2016.

20160929 watrelotMerci le "CRAP-Cahiers pédagogiques" !