27 octobre 2015

20151027

Si la DGESCO envisage, comme nous l'avons montré hier, des enseignements pratiques interdisciplinaires différents selon les élèves d'une même classe (latinistes ou non latinistes par exemple), se pose dès lors une question supplémentaire : puisque chaque EPI doit traiter une partie du programme des disciplines qui y contribuent, par quel miracle pédagogique est-il possible de traiter ces mêmes parties de programmes dans des EPI différents, sur des thèmes distincts ?

Première possibilité : la DGESCO improvise, sans vraiment comprendre les contraintes de programme qu'imposent les EPI qu'elle a elle-même créés.

Seconde possibilité, plus probable : les programmes sont au fond très secondaires dans l'esprit des concepteurs de la réforme, d'où l'accompagnement personnalisé et les EPI retranchés aux disciplines, d'où les programmes par cycles, d'où le changement simultané de tous les programmes et de tous les manuels, d'où la globalisation de certaines disciplines (scientifiques et artistiques), d'où l'interdisciplinarité comme nouveau dogme scolaire (mais totalement absente... des programmes* !). Pour la première fois d'ailleurs, les programmes des disciplines sont conçus en référence au nouveau socle 2015, l'aboutissement logique de ce dogme.

Car ce qui compte dans le nouveau collège, c'est le socle commun, qui n'est pas conçu de façon disciplinaire. Le français n'y est par exemple qu'un "langage" parmi d'autres. Socle que toutes les disciplines doivent mettre en oeuvre, avec des compétences vagues et génériques que tous les professeurs de toutes les disciplines peuvent et doivent évaluer. Dans le contrôle continu du nouveau brevet, les disciplines ne seront d'ailleurs plus prises en compte : seul comptera le socle et son acquisition.

Dans cette conception, les disciplines deviennent secondaires. La réforme permet de rendre les  professeurs plus polyvalents, plus interchangeables, comme en primaire. Et leurs obligations de service, plus flexibles. Il d'ailleurs questions de prévoir des échanges de service avec le primaire, auquel le collège est officiellement rattaché par le cycle 3 (CM1-CM2-6e).

Il ne s'agit pas que du latin. Ce que met en lumière le document de la DGESCO sur l'organisation des EPI, c'est le vrai objectif de la réforme : faire de nous des professeurs de socle.

Loys Bonod

 

*Il est ainsi demandé aux professeurs d'histoire-géographie de traiter l'Antiquité en 5e dans l'EPI LCA quand l'Antiquité est au programme de 6e...



Portrait de Minerve
Minerve a répondu au sujet : #827 il y a 1 an 11 mois
D'aucuns - encore un malentendu, sans doute - y verront un signe supplémentaire d'un profond mépris pour les disciplines et le savoir, et même de l'ensemble de la communauté éducative, puisque nous sommes censés de pas repérer les contradictions entre les différents textes et discours.
Poussons cette logique jusqu'au bout : inutile pour les futurs médecins d'apprendre l'anatomie, les propriétés de différents médicaments ou les symptômes des maladies, ce n'est pas moderne, il faut qu'ils réalisent des projets!
De même, inutile pour travailler sur l'énergie atomique, d'acquérir des connaissances précises: seule la démarche de projet importe !
Le projet n'est donc plus l'aboutissement d'une démarche scientifique, il la remplace.
Nous préparons là une belle société !
Comment certains peuvent-ils réellement croire qu'une telle éducation réduira les inégalités sociales ? Elle marginalisera une part croissante de la population, qui n'aura pas eu accès à un enseignement rigoureux.
A-t-on oublié que l'éducation était un moyen d'émancipation de la pensée et donc de l'individu?