26 octobre 2015

On avait déjà compris que le "latin pour tous" contrastait étonnamment avec la restauration précipitée d'une option (pardon : un "enseignement de complément"). Mais du moins restait-il, pour tous les élèves, le fameux EPI LCA (enseignement pratique interdisciplinaire langues et cultures de l'Antiquité). Un enseignement qui n'aurait certes pas grand chose à voir avec celui du latin ou du grec ancien, puisque pris sur d'autres disciplines du tronc commun et ayant peu de chances de durer plus d'un an.

Mais c'est un curieux document, daté du 23 septembre 2015 et extrait d'un diaporama "ESEN - DEGESCO" (pour la formation des chefs d'établissements, donc), qui nous apprend que finalement, il est tout à fait possible que l'EPI LCA lui-même ne concerne pas tous les élèves.

20151026 exemple alignement EPI LCA

 On observe en effet sur ce document que l'EPI LCA se trouve aligné, dans une même classe, avec un autre EPI. Sont prévus des regroupements dans des EPI "non latinistes" et "latinistes" (si tant est qu'on puisse apprendre le latin sur l'horaire d'une autre discipline dans un EPI...). C'est donc renouer avec "l'EPI dérogatoire" proposé initialement par la DGESCO. A moins qu'on n'y ait jamais vraiment renoncé...

Mais comment de tels regroupements seraient-ils possibles puisqu'il s'agissait de "démocratiser" l'enseignement des langues anciennes ? Le premier ministre lui-même l'a affirmé hautement le 19 mai 2015 : "On démocratise l’accès au latin et au grec". Et le président de la République avait affirmé, le 6 mai 2015, que ces "disciplines essentielles" que sont le latin et le grec ancien s'inscriraient "dans le parcours des jeunes collégiens". De fait, l'argument de la démocratisation a été martelé (voir ci-dessous) par la ministre de l'Education pour promouvoir la réforme : la ministre a même affirmé que le latin entrerait dans le tronc commun des enseignements obligatoires !

On comprend maintenant ce qu'il en est et quels sont les vrais ressorts de cette réforme de l'enseignement des langues anciennes.

Loys Bonod

Propos de Najat Belkacem, à relire rétrospectivement avec amusement.. ou amertume :

24 mars 2015

Et pour toutes ces raisons, je ne me satisfais pas que ce soit réservé à quelques-uns. [...] il ne s’agit pas de supprimer un droit ou une possibilité pour quelques-uns, il s’agit de généraliser cela.

13 avril 2015

[...] aujourd’hui, le latin et le grec, c’est une « option ». Que veut dire « option » ? Ça veut dire que ça ne fait pas partie de la scolarité obligatoire, que les élèves qui veulent faire du latin ou du grec, c’est un choix qu’ils font en plus, en plus de leurs heures de scolarité. Donc, en réalité, que généralement ils ne font pas. Il n’y a que 20% des collégiens qui font du latin et du grec. [...] Donc ça prouve bien que le système actuel, si on croit à la vertu du latin et du grec, est mauvais : il ne concerne qu’un tout petit nombre d’élèves…

[...] Alors, pourquoi est-ce que nous souhaitons que tous les élèves puissent accéder au latin-grec et c’est pour ça que – pardon, j’en souris presque – je trouve ça ahurissant de devoir démentir en permanence des rumeurs alors qu’il suffit d’aller regarder le projet du ministère sur le site du ministère ?

20 avril 2015

Non, la réforme n'enterre pas le latin. Bien au contraire. Là où il n'est aujourd'hui qu'une option (c'est-à-dire des heures de cours en plus), proposée par quelques établissements, choisie par très peu d'élèves (20 %) qui pour la plupart l'abandonnent au lycée, nous en faisons un enseignement pratique interdisciplinaire (ce qui signifie à la fois étude de la langue mais aussi de la culture et de la civilisation) présent dans la scolarité obligatoire. Cela va contribuer à démocratiser cet enseignement.

29 avril 2015

[...] l'enjeu est justement de démocratiser l'accès aux langues et aux civilisations anciennes pour tous les élèves.

30 avril 2015

Le latin ne disparaît pas. C'était une option qui concernait 18% des collégiens. Elle sera généralisée et il y aura une augmentation du nombre de professeurs de latin.

4 mai 2015

La même tentative de mystification est à l’œuvre s’agissant du latin : alors qu’il est aujourd’hui une option choisie par 20 % des élèves qui l’abandonnent pour les trois quarts en fin de collège, la réforme permet de rendre accessible le latin, sa culture et sa civilisation à tous les élèves grâce à un enseignement interdisciplinaire spécifique dès la 5e. Pour ceux qui le souhaitent, la possibilité de bénéficier d’un enseignement complémentaire de latin est préservée. Loin d’un abandon, c’est la marque d’une ambition de démocratisation du latin. Au moment où nous créons un parcours citoyen, cette richesse ne doit pas être réservée à quelques-uns, mais proposée à tous au service de la maîtrise de notre langue et de la transmission des valeurs humanistes dont le latin et le grec sont porteurs.

5 mai 2015

[...] je réaffirme ici que dans le collège 2016 tous les collégiens pourront avoir accès à la culture antique, à la civilisation antique et à la langue latine et grecque parce que nous avons prévu les heures qu'il faut qui sont exactement la même quantité qu'aujourd'hui, mais pour tous les collégiens.

6 mai 2015

Apprendre l'allemand ou apprendre le latin et le grec, si on considère que c'est si important - et je le considère -, ça doit être offert à tous les collégiens et donc on ne peut pas se satisfaire d'un système ou seulement 15 ou 20% de collégiens, parce qu'ils sont dans les bonnes classes, vont bénéficier de ces options-là. C'est pour cela qu'au lieu de les laisser à l'état d'option ou de filière dérogatoire, on les intègre dans la scolarité de chaque collégien de telle sorte que chacun en bénéficie.

7 mai 2015

Moi ce que je veux arrêter, c'est l'existence de filières qui ne sont réservées qu'à quelques-uns. Je n'estime pas qu'une matière en tant que telle, qu'une discipline en tant que telle est sélective, qu'une discipline en tant que telle serait élitiste : c'est idiot de dire ça. J'estime qu'un discipline doit être mise à la portée de tout le monde et - en l'occurrence - les mathématiques sont à la portée de tout le monde. Il faut que le latin et le grec - puisqu'on estime que c'est paré de toutes les vertus...

10 mai 2015

Aujourd'hui, le latin et le grec sont suivis, en option, par seulement 18 % de collégiens. Nous allons les réintégrer dans les 26 heures d'enseignement obligatoire, au sein de l'EPI "Langues et Cultures de l'Antiquité". Ce programme est actuellement en cours d'écriture.

14 mai 2015

Sur les langues anciennes : la réforme du collège préserve l’enseignement du latin et du grec. Le nouvel enseignement pratique interdisciplinaire Langues et cultures de l’Antiquité permettra à la grande majorité des collégiens d’avoir accès à l’étude de la culture et de la civilisation antique quand, à l’heure actuelle, à peine 20 % d’entre eux y ont accès en suivant les options latin et grec.

14 mai 2015

C'est exactement le même nombre d'heures de latin et de grec qui existe aujourd'hui qui existera demain sauf qu'aujourd'hui c'était pour 18% d'élèves en option et demain ce sera pour tous les collégiens. [...] Vous comprenez bien, jusqu'à présent, comme ça n'était qu'une option, il n'y avait pas de programme au même titre que les autres disciplines du tronc commun. A partir de demain, comme je le dis constamment depuis le début de cette affaire, nous offrons le latin et le grec à tous les élèves, nous le réintroduisons dans le tronc commun et donc il a besoin de programmes qui sont travaillés par le Conseil Supérieur des Programmes.

22 juin 2015

Le latin et le grec sont une option, et pas un cours obligatoire pour tous les élèves, puisqu’il n’y a que 20%, même moins de 20% des collégiens qui font du latin et du grec. Donc c’est bien au bon vouloir du chef d’établissement. Demain on fera faire plus de latin et de grec à plus d’élèves parce qu’on les réintègre dans la scolarité obligatoire, dans les 26h de l’enseignement hebdomadaire. C’est la différence entre ce qui existe aujourd’hui, qui est optionnel, et ce qui sera ouvert à tous les collégiens demain, dans le cadre des enseignements…

25 juin 2015

Ce n'est pas la disparition du latin mais la généralisation du latin : le latin et le grec vont continuer à être enseignés dans les mêmes quantités qu'aujourd'hui mais au lieu de concerner seulement 20% des collégiens, ils seront offerts à tous.

31 août 2015

Le latin et le grec ne disparaissent pas avec la réforme du collège. Bien au contraire. Ils sortent, le latin et le grec, de la case « option » qu’ils occupaient jusqu’à présent, une option étant forcément réservée à un nombre limitée d’élèves, pour intégrer une case « enseignement à part entière » qui s’appelle « langues et cultures de l’Antiquité » et qui, lorsqu’elle sera offerte à un établissement, le sera à tous les élèves donc concernera davantage de monde.

 

 



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #848 il y a 2 ans 1 mois
Rappelons l'ambiguïté du texte sur Eduscol : eduscol.education.fr/cid87584/questions-...ollege.html#le_latin

"tous les élèves pourront profiter" n'est pas "tous les élèves profiteront".

La nuance est intéressante.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #910 il y a 2 ans 2 semaines
"#Noussommeshumanistes"

Clé utilisateur/ secrète de la configuration non valide

"Puisons dans les savoirs & les humanités pour briser la fascination morbide pour le terrorisme #NousSommesHumanistes"

Clé utilisateur/ secrète de la configuration non valide