29 septembre 2015

Voici donc une nouvelle charge contre les options de langues anciennes : celle de la Cour des comptes qui vient de rendre public son rapport « Le coût du lycée » (29 septembre 2015). Les dépenses par élève sont, selon ce rapport, de 38% supérieures en France à la moyenne de l’OCDE.

Parmi les surcoûts, les options de langues anciennes bien sûr. Il semblerait que la Cour des comptes découvre aujourd'hui le fonctionnement d'options qui existent depuis des décennies...

« Les choix de matières optionnelles aboutissent cependant le plus souvent à un nombre réduit d’élèves face à l’enseignant, entraînant un surcoût par rapport aux matières du socle disciplinaire. »

Une telle infographie se veut ravageuse et désigne un coupable idéal.

En réalité la Cour des comptes compare des navets et des carottes, puisque les options ne sont – par définition – pas des cours obligatoires, et que leur effectif ne correspond par conséquent pas à celui de classes. Elle oublie évidemment de préciser que, dans de nombreux établissements, les horaires légaux peuvent être rabotés ou bien les courageux élèves latinistes et hellénistes, en plus d'horaires souvent contraignants, être rassemblés dans des groupes multiniveaux.

Mais peu importe : admettons ce surcoût par élève. Il mérite cependant d'être ramené à sa juste proportion car il concerne – rappelons-le – 91 000 latinistes et hellénistes en France en 2014, pour un coût global que la Cour des comptes ne chiffre pas mais que l’on peut estimer à quelques dizaines de millions d’euros, soit de l'ordre de... 0,5% du surcoût du lycée (en admettant que les options constituent un "surcoût"). De fait, au lycée général et technologique, selon les derniers chiffres de la DEPP (novembre 2015), 52% des cours se font en groupes : incriminer les seules options pratiquées par une minorité d'élèves est très insuffisant.

Ainsi donc la deuxième recommandation de la Cour des comptes dans ce rapport (« réduire la dispersion de l’offre de formation, notamment en matière d’options » ), si elle a le mérite de ne pas masquer la recherche d’économies sous de faux prétextes, ne semble pas à même de produire des économies substantielles.

D’ailleurs « réduire la dispersion », pour reprendre l’aimable euphémisme de la Cour des comptes, ne permettra pas de réduire le surcoût par élève mais réduira à coup sûr l’égalité d’accès à ces options partout sur le territoire. La suppression totale des options, en revanche, aura – à terme – le mérite de mettre tous les élèves à égalité.

La perspective de la Cour des comptes est purement comptable : elle  n'envisage évidemment pas l'éventuel intérêt de perpétuer, au lycée général, un enseignement des humanités. Il suffit d'observer sa conception d'une rationalisation efficaces des moyens :

Certaines académies ont ainsi fait le choix, comme les académies de Rennes ou de Toulouse, de ne plus prendre en compte les options facultatives dans la dotation aux établissements. Ceux-ci restent libres d’en proposer en dégageant des marges dans leur dotation globale, par regroupements de classes, ou renoncement à des dédoublements. En conséquence, une partie d’entre eux a revu à la baisse la carte des options facultatives.

On le voit : l'autonomie des établissements permet de réduire progressivement et silencieusement l'offre d'options : voilà qui augure bien de la réforme du collège 2016.

Curieusement, si elle les évoque, la Cour des comptes n’a pas chiffré le coût de l'encadrement des petits lycées (pour la plupart privés) ou des dispositifs, autrement plus dispendieux et d’une efficacité pédagogique douteuse, que la dernière réforme du lycée a mis en place : « l’accompagnement personnalisé » ou les « enseignements d’exploration », ces coquilles creuses qui concernent tous les lycéens et engloutissent chaque année des centaines de millions d’euros.

Heureusement les langues anciennes ont la vertu de faire, en cette sombre période pour les humanités, un parfait bouc émissaire.

Loys Bonod

Article édité le 4/01/2016 : ajout de la référence de la DEPP.



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Loys a répondu au sujet : #760 il y a 2 ans 2 mois
Coup de pied de l'âne (pédagogique) :

D'un coté, le rapport de la Cour des comptes montre la banalisation d'un discours très libéral sur l'Ecole.

De l'autre il pointe aussi des inégalités. Les options des filières privilégiées ne servent qu'à attribuer des mentions aux bacs généraux alors qu'on manque de moyens pour le primaire.

www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/...791951146074698.aspx