31 août 2015

A l'occasion de la rentrée des enseignants, Najat Vallaud-Belkacem a été invitée dans la matinale de "France Inter" lundi 31 août 2015.

Reprochant à Patrick Cohen de lui poser la question de langues anciennes ("Non, de grâce, pas sur France Inter !"), la ministre de l’Éducation nationale... a ensuite répété quelle chance avaient les langues anciennes de devenir "un enseignement à part entière qui s’appelle langues et cultures de l’Antiquité". Curieux "enseignement à part entière" qui, dans un horaire étique et pendant un an seulement, mêle confusément deux langues distinctes, le latin et le grec ancien, qui n'a pas de programme et qui peut être dispensé par n'importe quel professeur.

La ministre ensuite répété que cet enseignement serait enfin dispensé "à tous les élèves" (du moins... dans les établissements qui choisiraient de traiter le thème "Langues et cultures de l'Antiquité"). C'est évidemment le point le plus contestable : il est impossible d'enseigner une langue ancienne dans un EPI censé être la déclinaison pédagogique d'un enseignement du tronc commun... dont les langues anciennes ne font pas partie. Enseigner la flexion latine sur le temps du français, des arts plastiques ou des mathématiques, qui l'accepterait ? De même s'il s'agit d'étudier la seule "culture" latine ou grecque... sauf à faire semblant de l'enseigner. Le Président du Conseil supérieur des programmes ne proposait-il pas ingénument d'étudier les langues et cultures de l'Antiquité avec le professeur d'histoire-géographie à l'occasion d'un cours sur la Renaissance ?

Enfin, point plus anecdotique mais révélateur du peu de rigueur avec lequel la question des langues anciennes est traitée.

Patrick Cohen – Il y aura encore des profs de latin ?

Najat Vallaud-Belkacem – Voyez, d’ailleurs, ne serait-ce que le nombre de recrutements que l’on fait de professeurs de langues anciennes, de lettres classiques pardon : eh bien vous verrez que c’est en augmentation par rapport à l’année dernière et par rapport bien sûr aux dernières années.

En 2015, 89 candidats ont été admis au Capes de lettres classiques (39% des postes à pourvoir). En 2014, 99 postes ont été pourvus en 2014 et même 192 postes si l'on ajoute le Capes exceptionnel ! Difficile de voir où se trouve cette "augmentation" qui attesterait de l'attrait retrouvé pour l'enseignement des langues anciennes.

Il est vrai que le concours est gravement déficitaire depuis 2011 mais les chétifs 89 postes de 2015 seront loin de pouvoir couvrir des besoins en France, besoins couverts il y a quinze ans par un recrutement presque quatre fois supérieur, sans parler de la sélectivité !

Quoi qu'en dise la ministre, il s'agit bien d'un extinction programmée, droite et gauche confondues d'ailleurs. Le nombre de postes ouverts pour donner le change ne trompe personne puisque souvent supérieur au nombre d'étudiants ! Les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) devaient d'ailleurs remplir cette fonction d'économie budgétaire au moment de l'annonce de la réforme du 11 mars, avant que de précaires options, largement amputées, ne soient rétablies précipitamment.

Loys Bonod



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Loys a répondu au sujet : #1035 il y a 1 an 9 mois
Dans "L'Express" du 18/02/16 : www.lexpress.fr/actualites/1/styles/pole...-droite_1765028.html

Les anciens ministres de l'Education nationale ou de l'Enseignement supérieur, François Fillon, Luc Chatel, François Bayrou ou Laurent Wauquiez ont "sciemment induit en erreur les médias et l'opinion publique en assimilant cette réforme imaginaire à la réforme, bien réelle", qui concerne "le collège et, plus largement, toute l'école de la République", déplore l'actuelle ministre dans sa tribune.

Cette "tartufferie" occulte "un débat essentiel (...) l'éducation de nos enfants", déplore-t-elle.

Ces hommes politiques "ont trahi ces exigences élémentaires du débat public dans une démocratie", alors même qu'"ils portent, avec quelques autres, une très lourde responsabilité dans les difficultés que traverse l'école aujourd'hui", estime Mme Vallaud-Belkacem, les accusant d'avoir saccagé l'école "avec un acharnement consternant durant plus d'une décennie".

"Vous qui, entre 2002 et 2012, avez choisi de démolir les dispositifs d'aide aux élèves les plus fragiles, de ne plus recruter d'enseignants y compris de lettres classiques ou d'allemand, de ne plus former les professeurs (...) n'avez-vous rien de mieux à dire au pays que votre soudaine et opportune indignation contre une évolution orthographique décidée il y a plus de vingt-cinq ans, sans jamais l'avoir contestée lorsque vous étiez aux responsabilités


C'est bien le MEN version PS qui a supprimé, en catimini, le Capes de lettres classiques en 2013.