24 août 2015

C’est un diaporama de la DGESCO et daté de juin 2015 visant à présenter, de façon simplifiée, « la réforme du collège » : « Une réforme pédagogique globale qui s’appuie sur une réforme structurelle ».

Avec ce titre il est donc entendu que la pédagogie n’est plus du ressort de l’enseignant, mais du ministère. Bien entendu le document affirme en même temps le contraire : il s’agit de « valoriser les initiatives locales » ou « s’appuyer sur l’engagement des acteurs » (p. 2) pour promouvoir « l’autonomie pédagogique » (p. 14). Il est néanmoins précisé que les enseignants seront formés à « la nouvelle organisation pédagogique du collège », à la « différenciation pédagogique », à la « pédagogie de projet » et aux « pratiques d’évaluation des acquis des élèves » (p. 32). Tout ceci dans le plus grand respect de la liberté pédagogique des enseignants, bien sûr.

Le document vante sans peur de se contredire « l’unicité d’un cadrage national fort » et « un collège plus autonome dans son action pédagogique » (p. 6).

La DGESCO laisse également entendre que les EPI et l'AP s’ajoutent aux enseignements communs… quand ceux-ci en sont retranchés !

 

Plusieurs éléments intéressent plus spécifiquement les langues anciennes dans ce document.

  • D'abord la DGESCO ne mentionne nulle part le grec ancien : seul le latin est mentionné comme « enseignement de complément » (p.  13).
  • Elle affirme ensuite, de façon très consensuelle et sans doute pour éviter toute accusation de nivellement, que la réforme offre des leviers pour « permettre à chacun de développer son potentiel » (p. 2), de « prendre en compte les besoins spécifiques de chaque élève » ou « d’adapter les objectifs aux besoins des élèves » (p. 18) dans le cadre de la « diversification » (p. 34). Compte tenu des atteintes portées aux options qui leur étaient jusque ici librement proposées (totalement supprimées dans le premier temps de la réforme), on peut émettre des doutes sur cette louable intention.
  • Elle présente tous les « décrets qui s’inscrivent dans le processus de la refondation » (p. 5). A vrai dire la loi de refondation de 2013 ne mentionnait aucunement la suppression des options de langues anciennes. Pire : cette disparition n’est même pas actée par un décret, mais par un simple arrêté ministériel (voir l’arrêté 19 mai 2015).
  • Plus intéressant encore : elle omet de préciser, s’agissant de « la responsabilité de l’établissement», que chaque établissement pourra désormais choisir de proposer ou pas l’enseignement de complément et, le cas échéant, en déterminer librement l’horaire (fixé dans une limite) l’année précédente (p. 29), voire la continuité sur trois ans ou pas. La DGESCO continue cependant d’évoquer des « élèves volontaires » (p. 26). Comment le seront-ils si rien ne leur est proposé ?
  • Quand elle présente les EPI et leurs 8 « thématiques » possibles (les langues et cultures de l’antiquité sont devenues une « thématique »), la DGESCO donne de nombreux exemples d’EPI.

Curieusement, un seul exemple manque : les langues et cultures de l’antiquité, précisément. Se pourrait-il que le ministère éprouve quelque difficulté à reconnaître ouvertement qu’il est impossible de retrancher aux autres disciplines pour enseigner le latin ou le grec ancien ?

Loys Bonod