La ministre et les enseignants : des mots qui blessent

A l’évidence les langues anciennes subissent un triste sort. La suppression pure et simple des options n’a même pas été dite explicitement le 11 mars 2015, lors de la présentation de la réforme du collège 2016 (comme la disparition brutale du Capes de lettres classiques en 2013). Ainsi qu'on l’a appris depuis, aucun nouveau programme de langues anciennes n’a d’ailleurs été rédigé par le Conseil supérieur des programmes !

Les professeurs de lettres classiques ont alors pu légitimement parler de la suppression, de la disparition ou de la fin de l’enseignement des langues anciennes (comme dans notre pétition qui a réuni plus de 41.000 soutiens).

Dès lors, même si des moignons d’options précaires ont été précipitamment rétablis une douzaine de jours plus tard, affirmer, comme l’a fait la ministre et sans crainte du paradoxe, que « la réforme du collège préserve l’enseignement du latin et du grec » , et même que le latin et le grec « sont renforcés » car la réforme a « vocation à promouvoir le latin et le grec en nombre d’élèves », s’apparente à une rhétorique de la provocation.

Laquelle s’est, de plus, accompagnée d’accusation de « désinformation la plus complète », de « mensonges absolus » : les défenseurs des langues anciennes, qui s’appuient pourtant sur les seules déclarations ministérielles successives, seraient coupables, comme d'autres vulgaires « pseudo intellectuels », de « multiplier les contre-vérités pour embrouiller les esprits et faire douter de la réforme » .

Il est par ailleurs évidemment blessant pour les professeurs de lettres classiques de laisser croire qu’ils seraient capables de « réserver » des options à certains, faisant du latin ou du grec ancien « un droit ou une possibilité pour quelques-uns » . Bref un enseignement élitiste, une sorte de privilège qu’il faudrait enfin « démocratiser ».

Mais la ministre est allée plus loin en blâmant sans le dire le manque de pédagogie des professeurs de lettres classiques. « L’ennui » des élèves qui justifie la réforme dans son ensemble toucherait encore plus les langues anciennes , frappées par « une déperdition totale » au lycée : « Savez-vous seulement qu'à peine 20% des collégiens font du latin et du grec aujourd'hui. Et d'ailleurs avec quel succès ! A la fin du collège et quand ils arrivent au lycée ils ne sont plus que 5%. »

La ministre n’hésite pas mettre en cause leur professionnalisme même puisque les professeurs sont accusés de « ne faire que des déclinaisons » sans histoire ni civilisation (version : « de se contenter de faire juste des déclinaisons aux élèves » ), au contraire des exigences des programmes de langues anciennes actuels.

Les accusations, certes générales, ont pu devenir plus graves encore : « il y a bien une différence essentielle entre les progressistes et les conservateurs. Les premiers combattent les inégalités quand les seconds en théorisent la nécessité. » Les défenseurs de langues anciennes feraient ainsi partie des « défenseurs d'un système inégalitaire et de reproduction sociale » parce que « certains ont toujours intérêt aux inégalités actuelles ». La ministre laisse même entendre que l’existence des options de latin et de grec ancien serait responsables de l’échec du collège : « De fait c'est comme ça que se creusaient les inégalités de réussite. » Le collège serait donc plus juste sans les options de langues anciennes, pourtant offertes à tous, y compris en éducation prioritaire.

Et pour finir, au-delà de la personne des enseignants, malgré quelques précautions oratoires de convenance, la ministre remet en cause les langues anciennes elles-mêmes, dont elle défend bien maladroitement « l’excellence » :

- « le système actuel, si on croit à la vertu du latin et du grec, est mauvais »

- « Considérons - et je le considère - que c'est en effet extrêmement vertueux d'apprendre la civilisation, la culture antique, voire la langue latine ou grecque. »

- « ce latin et ce grec qu'on trouve si formidables »

- « apprendre le latin et le grec, si on considère que c'est si important - et je le considère »

- « Il faut que le latin et le grec - puisqu'on estime que c'est paré de toutes les vertus... »

Bien sûr : les oppositions à l’égard de la réforme ou parfois même de la ministre sont souvent excessives, voire violentes, chez ceux qui oublient la nécessaire mesure du débat républicain.

Mais est-il vraiment digne, est-il décent de la part d’un ministre de la République, de rabaisser ainsi des enseignements, d’humilier, voire de diffamer les professeurs placés sous sa tutelle ?

Loys Bonod



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VIRGINIEPFEIFER a répondu au sujet : #295 il y a 1 an 11 mois
REPONDEZ A LA MINISTRE QUI DIT A GUILLAUME DURAND QUE CEUX QUI CRITIQUENT SONT POUR LAISSER UN QUART DES COLLEGIENS ECHOUER, LAISSE ENTENDRE QUE C'EST UN CHOIX CYNIQUE D'IMMOBILISTES QUI NE VEULENT RIEN CHANGER : FAITES DES PROPOSITIONS ! www.facebook.com/pages/Propositions-Pour...348806555657?fref=ts
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VIRGINIEPFEIFER a répondu au sujet : #296 il y a 1 an 11 mois
REGARDEZ CECI : www.gouvernement.fr/…/4182-college2016-ce-qui-va-cha… et si vous partagez mon point de vue, allez sur la page facebook du gouvernement, et dites que ça vous indigne, ce mode de communication : NON LES PROFS DE LATIN NE S'ADRESSENT PAS A DES CLASSES VIDES, et NON LA REFLEXION NE SE RESUME PAS A UN JINGLE SUR UNE SCENE ! MESSIEURS DAMES, CITOYENS ! J’ACCUSE ! J’ACCUSE DE MEPRIS ET DE DESINFORMATION UN GOUVERNEMENT DANS LEQUEL JE NE ME RECONNAIS PAS ! J’ACCUSE CE GOUVERNEMENT DE TRAHISON : LA LIBERTE D’EXPRESSION EST BAFOUEE : les critiques sont le fait de pseudoZinttellectuels qui ne lisent pas, les praticiens de l’éducation sont ridiculisés par des dessins de potaches en fait de communication … TRAHISON DE L’EGALITE DES CHANCES : là où il faut renforcer des savoirs fondamentaux on dilue les connaissances, réussir est suspect, voir honteux … FRATERNITE : où est-elle ? Quand un élève qui réussit est déjà ‘clashé’, ‘traité’ d’intello, le gouvernement le jette en pâture à la rancoeur de ceux qui échouent et auprès desquels il SE DEVAIT d’être fraternel, c’est-à-dire DONNER DES MOYENS, sans jeu de bonneteau : je te prends dans toutes les matières pour te donner un accompagnement personnalisé qui ne pourra te permettre de remédier à tes difficultés mais qui aura ralenti tout le monde ! J’ACCUSE CE GOUVERNEMENT DE JOUER LES APPRENTIS SORCIERS AVEC L’AVENIR DE LA NATION ! Avant de distribuer un médicament, on le teste, au Québec, la réforme du secondaire lancée il y a cinq ans dans la moitié des établissements est aujourd’hui évaluée avant peut-être d’être généralisée … EN FRANCE, AU NOM DE L’EGALITE, on prend le risque de COULER TOUT LE MONDE ! Ca a déjà été fait : avez-vous entendu des repentirs pour les CATASTROPHES DE LA METHODE GLOBALE DANS L’APPRENTISSAGE DE LA LECTURE ? Non, on a subrepticement arrêté, et puis voilà, TANT PIS POUR LES MILLIONS DE PERSONNES QUI VIVRONT AVEC DES DIFFICULTES DE MAITRISE DE LA LANGUE TOUTE LEUR VIE ! LE 19 MAI, TOUS DANS LA RUE EN GILETS JAUNES POUR ARRETER LE MASSACRE DES INNOCENTS ! STOOOOOOOP ! www.facebook.com/gouvernement.fr?fref=tsJJ
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Minerve a répondu au sujet : #302 il y a 1 an 11 mois
Merci Loys Bonod pour cet exposé de notre état d'esprit. Comment en effet ne pas nous sentir blessés un peu davantage chaque fois que notre ministre, qui devrait nous représenter, prend la parole pour évoquer en l'attaquant notre enseignement qu'elle méconnaît tant?
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #303 il y a 1 an 11 mois
Portrait de asducatillon
asducatillon a répondu au sujet : #306 il y a 1 an 11 mois
A quoi bon les langues anciennes, puisqu'il faudra désormais coder !
A quoi bon des enseignants, puisque l'objectif est le tout numérique ?
1 milliard d'euros sur trois ans pour des écrans, et 4 000 postes pour 7 100 collèges en 2016 (10 heures par établissement) !
Finalement, toute la communication gouvernementale sur la réforme s'explique...
Portrait de Candide
Candide a répondu au sujet : #311 il y a 1 an 11 mois
"Quand on veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage". Pourquoi prendre des gants ? C'est aux électeurs que ce discours s'adresse et les enseignants de lettres classiques sont une petite minorité qui, habituellement ne fait pas de vagues et ne manifeste guère. Y aura-t-il des surprises ?
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #324 il y a 1 an 11 mois
Dans la même veine, de la part d'un député PS :

Gilles Savary écrit: La reforme des Collèges est une nécessité , tout simplement parce que nous avons le devoir impérieux de donner à la jeunesse les savoirs nécessaires à leur autonomie personnelle au 21 eme siècle ! A cet égard il sera sans doute plus utile aux jeunes générations qui ne peuvent pas se payer de tablettes Apple d'apprendre à les maîtriser à l'école que d'en faire des singes savants capables de décliner des locutions latines ou grecques ( foi d'ancien élève gavé de versions latines .. ) . Sauf évidemment à considérer que les jeunes générations doivent accumuler tous les savoirs qui ne cessent de s'additionner , sans pouvoir en assimiler aucun ! La bataille qui s'ouvre sur la réforme des collèges est une batailles de vieux nostalgiques de temps anciens ! A tout vouloir apprendre de Sumer a l'Internet , on risque de sacrifier une génération à nos vieilles lunes ! Bémol : l'école ne doit pas être laminée par le bas au nom d'un faux égalitarisme qui contrarierait la vocation d'ascension sociale républicaine de l'école ! Et puis je considère que nou devons absolument conserver les classes européennes qui sont un vecteur irremplaçable ouverture au monde contemporain ! Le débat ne fait que commencer ..


www.facebook.com/gsavary1/posts/10205055892090875?fref=nf
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Laure BM a répondu au sujet : #328 il y a 1 an 11 mois
Bonjour,

Je suis titulaire d'un Baccalauréat Philosophie/Latin/Grec (A1 à l'époque) obtenu en 1983. J'ai étudié le latin de la 5ème à la Terminale et le Grec de la 4ème à la Terminale.
J'ai poursuivi le Latin et le Grec à la Faculté où j'ai obtenu une maîtrise en 1991 (Théologie option Histoire)

Pourquoi vouloir supprimer des langues qui nous aident à la compréhension, à orthographier correctement les mots, à structurer notre pensée ?

Je précise encore que de nombreux termes médicaux proviennent du grec et que les "formules" pharmaceutiques sont en latin, sans oublier les expressions juridiques latines...

Que l'on arrête le nivellement par le bas pour des raisons qui n'en sont pas et surtout, que l'on ne touche pas aux racines de la langue française...sans racine, pas de vie.

C'est la mort du français que le ministère de l'éducation souhaite ? Cela m'en a tout l'air et c'est HONTEUX !
Portrait de Titine
Titine a répondu au sujet : #394 il y a 1 an 11 mois
A défaut de mea culpa, vous avez obtenu, notamment dans les réponses de TotEduc, un certain nombre d'assurances. Elles n'apaiseront certes pas les inquiétudes des professeurs, mais peuvent paraître satisfaisantes aux parents d'élèves. A ce stade, ne faudrait-il pas demander instamment que ces assurances soient inscrites dans des textes (arrêtés, voire circulaires publiques) et insister encore dans la presse sur le fait qu'il ne s'agit pas seulement de reconnaître des 'thèmes d'EPIs" ou des sujets d'enseignements de complément mais de disciplines, matières, parcours ou que sais-je - si changer le nom peut permettre à la ministre de sauver la face, donnant lieu à évaluations prises en compte au même titre que les disciplines du tronc commun ? Sinon, on a l'impression que la question des Lettres classiques et à peu près réglée et que tout le débat porte désormais sur l'histoire. L'idée est de réduire et simplifier le message pour qu'il trouve un nouvel écho (et une réponse sur la question fondamentale de l'évaluation soulevée par Minerve)