1er février 2019

Le nombre d'eleves choisissant le latin au bac va-t-il augmenter ?

En réaction à cette tribune très critique sur la défense des langues anciennes, cette tribune de Robert Delord dans "Le Point" : "Latin-grec au lycée : pour en finir avec le concert des immobiles !"

En effet, un net recul par rapport à l'existant vaut mieux que "l'immobilisme" !

TRIBUNE. Latin-grec au lycée : pour en finir avec le concert des immobiles !

L'association Arrête ton char, regroupant des centaines de professeurs de lettres classiques, répond à la tribune parue dans « Le Figaro ».

Dans « Le Figaro » du 30 janvier, quatre professeurs, deux de droit et de deux lettres classiques, attaquaient la nouvelle organisation de l'enseignement du grec et du latin dans la réforme du lycée. Une tribune qui a fait bondir plusieurs associations d'enseignants conscients des progrès réalisés depuis la rentrée 2017 sous l'impulsion du ministère. Robert Delord*, président de l'association Arrête ton char, qui promeut l'enseignement des langues et cultures de l'Antiquité, répond à ceux qui, selon l'association, mettent en péril la renaissance des Humanités classiques à l'école.

Cette semaine, trois universitaires et le président d'une association de professeurs de lettres ont publié une tribune dans le journal Le Figaro au sujet de la réforme du lycée. Si l'association de promotion des langues et cultures de l'Antiquité Arrête ton char n'a pas vocation à s'exprimer sur l'ensemble de cette réforme, elle souhaite cependant réagir face aux déclarations faites à l'emporte-pièce au sujet des enseignements du latin et du grec ancien.

En effet, non seulement le quatuor auteur de cette diatribe semble s'exprimer au nom de tous les enseignants, mais en plus il ne tient aucun compte du travail des associations d'enseignants du secondaire ni non plus du dialogue enfin rétabli avec le ministère qui a permis d'obtenir des avancées significatives pour nos disciplines. Au contraire, la tribune ironise sur le récent rapport de l'Inspection générale de lettres, « Les Humanités au cœur de l'école  », auquel ont participé la Cnarela (NDLR : Coordination nationale des associations régionales d'enseignants de langues anciennes) et notre association, et qui a redonné du baume au cœur de beaucoup d'enseignants en rétablissant un certain nombre de vérités sur le latin et le grec ancien et en démontrant la nécessité de les offrir au plus grand nombre.

Latin et grec ancien ont la chance de continuer à exister au lycée sous deux formes

Tout y passe. Les auteurs de la tribune critiquent les intitulés des enseignements de spécialité littéraire au lieu de se réjouir qu'il en subsiste deux. Rappelons que la spécialité « littérature et langues et cultures de l'Antiquité » a été ajoutée avec l'accord du ministre et que le terme « Humanités » dans l'intitulé « Humanités, littérature et philosophie » garantit la présence de la culture antique dans une deuxième spécialité. Ils dénigrent les programmes de LCA*, contre lesquels ils n'avaient rien trouvé à redire jusque-là, trop thématiques et anthropologiques selon eux, alors qu'ils ont été plébiscités par de nombreux collègues qui les trouvent à la fois clairs, modernes et adaptables aux différents publics. Ils semblent dénier aux élèves qui n'ont jamais fait de latin ni de grec le droit de suivre la spécialité « humanités, littérature et philosophie ». Enfin, ils regrettent, dans une nostalgie d'arrière-garde, la « lointaine filière dite classique ».

Où sont les arguments ? On ne peut prétendre sans preuve aucune que « la substitution des spécialités aux filières accentuera en amont la déperdition de l'effectif optionnel en langues anciennes ». On ne peut pas non plus commencer par dénoncer l'accent mis sur le dialogue des LCA avec les sciences humaines pour dire quelques lignes plus bas que les LCA « ne servent pas à grand-chose si elles n'entrent pas en résonance avec les autres matières de ce cercle de la connaissance qu'est le lycée ». De même, on ne peut laisser entendre que le passage des filières S, ES et de la filière L, jamais revalorisée, aux enseignements de spécialité signera l'arrêt de mort des langues anciennes. Latin et grec ancien ont la chance de continuer à exister au lycée sous deux formes, une option facultative de la seconde à la terminale présente dans de nombreux lycées et un enseignement de spécialité « littérature et langues et cultures de l'Antiquité » aux horaires fléchés.

« Littérature et langues anciennes » dans 450 lycées

Quelques chiffres devraient permettre de rassurer les plus dubitatifs au sujet de ce nouvel enseignement de spécialité. En 2004, 1 509 candidats choisissaient l'enseignement de spécialité latin au bac et 369, celui du grec ancien. En 2018, ces chiffres sont tombés à 350 pour le latin et à 60 pour le grec, soit un nombre de candidats divisé par cinq en moins de quinze ans. On peut donc décider de s'entêter et de conserver une formule qui ne fonctionne plus jusqu'à l'extinction complète du vivier d'élèves ou choisir de renouveler les programmes et de promouvoir la spécialité « littérature et langues anciennes ». Celle-ci sera proposée, dès l'année prochaine, dans près de 450 des 4 200 lycées français et ne sera plus réservée aux seuls élèves de la filière littéraire.

Cela signifie que, même si un seul élève dans chaque établissement venait à choisir cette spécialité – ce que nous ne souhaitons évidemment pas –, le nombre de candidats dépasserait déjà celui de ces dernières années. À cela il faut ajouter l'ouverture possible de cet enseignement à des non-spécialistes qui auraient commencé le latin ou le grec au lycée et non au collège puisque à côté de la dominante « langue » de cette spécialité coexistera une dominante « culture » qui pourra attirer – ce que nous souhaitons – un plus grand nombre d'élèves de profils différents. Nous faisons confiance à nos collègues enseignants de lettres classiques des lycées pour mettre en valeur cet enseignement de spécialité LCA car nous savons qu'ils ne manquent ni de talent ni de ressources pour y parvenir.

Maintenir le dialogue

Arrête ton char préfère en effet voir le chemin parcouru par les langues anciennes en quelques mois et maintenir le dialogue pour les chantiers à venir. La création de la spécialité, avec des horaires fléchés, la possibilité laissée aux établissements d'aller au-delà des horaires de latin et de grec réduits à peau de chagrin par la réforme du collège, le maintien d'une bonification – certes moins importante – des options latin ou grec au baccalauréat, la création d'une certification complémentaire LCA pour pallier provisoirement le manque de professeurs de lettres classiques devant les élèves de collège, la création des Rendez-vous de l'Antiquité, l'équivalent, pour les langues anciennes, des Rendez-vous de l'histoire de Blois, le soutien du ministère au Festival européen latin grec de Lyon, événement festif qui promeut la culture antique auprès des scolaires et du grand public et qui a désormais un retentissement mondial, la rédaction de nouveaux programmes de LCA aboutis et ambitieux, la constitution d'une banque de ressources numériques éducatives pour le latin et le grec ancien sont autant de signaux positifs qui doivent, après des temps obscurs, nous redonner l'optimisme nécessaire pour continuer à faire vivre nos belles disciplines.

Bien sûr, la situation de l'enseignement des langues anciennes en France n'est pas encore totalement satisfaisante, mais c'est un problème déjà ancien. Rome ne s'est pas faite en un jour, a-t-on coutume de dire, et la construction de l'offre d'un enseignement rénové nécessite de poursuivre le travail engagé pour obtenir, par exemple, le respect et le fléchage des heures d'enseignement de langues anciennes, la garantie de son accès à tous les élèves qui le demandent, partout sur le territoire, et l'assurance que l'autonomie des établissements ne réduise pas nos disciplines au rang de variable d'ajustement. Arrête ton char compte bien continuer à jouer son rôle de force de proposition vigilante en signalant tous les dysfonctionnements qui peuvent se faire jour, mais aussi et surtout en organisant et soutenant tous projets, événements et initiatives susceptibles de promouvoir les LCA. L'indignation ne peut être à géométrie variable. On ne peut pas rester silencieux face à une réforme du collège qui visait l'éradication pure et simple de l'enseignement des langues anciennes et vitupérer contre une politique de rénovation de cet enseignement qui a fait remonter les effectifs de latinistes et d'hellénistes de 11 % depuis 2017.

*Enseignement de spécialité "Littérature et Langues et Cultures de l'Antiquité" aux horaires fléchés.

Robert Delord est professeur de lettres classiques au collège Daniel-Faucher à Loriol-sur-Drôme. Il s'exprime au nom de l'association Arrête ton char, les langues et cultures de l'Antiquité aujourd'hui », qu'il préside et qui regroupe plus de 500 adhérents, dont la plupart des membres sont des enseignants de lettres classiques du secondaire. Arrête ton char est le premier site francophone consacré aux langues et cultures de l'Antiquité.

www.arretetonchar.fr