7 octobre 2018

 

Nous publions ici la tribune de Julie Gallego et Brigitte Daries : "Lettres Classiques en danger à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour : vers une dégradation de l’offre de formation pour les étudiants." Une pétition est présentée à sa suite.

Lettres Classiques en danger à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour

Vers une dégradation de l’offre de formation pour les étudiants.

Une attaque de trop contre les Lettres et la culture

En proie à des problèmes budgétaires, dus en partie au passage aux Responsabilités et Compétences Elargies depuis le 1er janvier 2010, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) compte sacrifier certaines formations du nouveau Collège Sciences Humaines et Sociales au nom de la « rentabilité ». Lettres Classiques, Histoire de l’Art et LEA Anglais-Allemand ont ainsi été pointés du doigt comme les mauvais élèves dont il faudrait se débarrasser. Une « hypothèse de travail » nous a été brutalement dévoilée ces derniers jours : pas d’ouverture de la première année de Licence (L1) Lettres Classiques à la prochaine rentrée, pour « faire mourir » en deux ans maximum ce parcours de la filière Lettres, sans prendre le risque de se heurter à des recours administratifs des étudiants actuellement en L1 et L2, à qui on accorderait juste la possibilité de finir leurs études (sans droit possible au redoublement, bien sûr, pour les actuels L1).

Comment ? En la faisant disparaître tout simplement, dès décembre prochain, de la liste des formations de l’UPPA à laquelle les futurs bacheliers auront accès à compter de janvier 2019 sur Parcoursup.

Au sein de l’UPPA, qui se revendique pourtant « multisite et pluridisciplinaire », seul le site de Pau permet des études de Lettres Classiques : elles ne sont présentes ni à Tarbes, ni à Bayonne, ni à Anglet, ni à Mont-de-Marsan. Ce qu’on promet aux étudiants, c’est donc désormais le vide sidéral pour cette formation.

Nous refusons cette fermeture.

Nous refusons d’être les boucs-émissaires de cette situation économique dont nous ne sommes en rien responsables.

Nous affirmons haut et fort que les étudiants ont le droit de découvrir la richesse des langues et cultures de l’Antiquité ou de continuer à les étudier s’ils ont eu la chance de faire du grec ancien et/ou du latin au collège et au lycée.

Nous affirmons que nos étudiants de Lettres Classiques ne sont pas des privilégiés qui pourraient se déplacer – qui à Bordeaux, qui à Toulouse (les prochains menacés peut-être : et après, quoi ? Il faudra aller à Paris ?) – pour faire les études de Lettres Classiques qu’ils souhaitent, comme si cela n’avait aucune incidence financière pour les lycéens des Pyrénées-Atlantiques, des Landes, des Hautes-Pyrénées et du Gers, de devoir se loger dans ces grandes villes et de payer les frais de transport qui en découlent. L’aménagement du territoire, la lutte contre la désertification de petites ou moyennes villes de province passeraient donc par la fermeture des formations ? Nos étudiants de Lettres comptent une très forte proportion de boursiers (qui pour beaucoup doivent en plus avoir un petit boulot pour s’en sortir financièrement) et ce serait une rupture d’équité violente pour les étudiants de Lettres Classiques de devoir choisir entre partir ailleurs faire leur Licence (mais combien en auraient les moyens ? Très peu, c’est une certitude !) et s’inscrire par défaut dans une autre formation que celle de leur choix qui les aurait portés d’autant mieux vers leur réussite. Comment dire alors qu’on lutte contre l’échec en Licence si l’on pousse les étudiants vers des formations par défaut ?

Nos études de Lettres Classiques sont une ouverture aux cultures, pas une lubie pour gosses de riches désœuvrés. « L’homme qui ignore ce qui s’est passé avant sa naissance reste toujours un enfant », écrivait Cicéron. Nous apprenons à nos étudiants à grandir, à devenir des citoyens. Nous sommes attachés à la méritocratie, pas à la ploutocratie.

Nos études de Lettres Classiques, en ces temps de chômage important, offrent (comme nos taux de réussite de la L1 aux concours en attestent) des débouchés directs vers l’enseignement, avec des postes au CAPES en grand nombre, puisque l’on manque d’enseignants ayant la polyvalence du français, du latin et du grec. Mais notre formation solide permet aussi à de nombreux étudiants de s’orienter après la L3 vers le professorat des écoles ou de nombreux métiers de la culture, de la communication ou du social (médiateur culturel, libraire, bibliothécaire, orthophoniste, archiviste, conseiller culturel, webmestre, journaliste…). Nous ne sommes pas une formation d’un autre temps qui vivrait en vase clos.

Pourtant durement affectée par un passage de 6 à 2 titulaires, notre section de Lettres Classiques, réduite actuellement à une PRAG, une MC de latin et quelques vacataires, a su montrer son dynamisme constant, année après année, en se rendant dans les lycées, dans les salons d’orientation, dans les musées, en créant des liens avec les professeurs du secondaire, qui sont pour nous des maillons indispensables dans le parcours du futur étudiant, en présentant en France et à l’étranger la méthode de latin audio-oral qui fait la spécificité de Pau, une méthode d’enseignement créée par Claude Fiévet, notre collègue et ancien Doyen de l’UFR.

Nous refusons l’argument financier qui nous est apporté pour justifier cette fermeture, alors même que si la formation de Lettres Classiques comporte de nombreuses matières, il n’y en a qu’une seule qui n’est pas mutualisée et qui a un coût propre, l’enseignement du grec ancien. Mais avec quoi voudrait-on le mutualiser ? Avec l’anglais, l’espagnol, la géographie, le football ? Bien sûr que certaines heures (3h30 pour les L1, 5h30 pour les L2 et 4h pour les L3) doivent être à part, comment enseigner le grec sans cela ? Mais tout le reste est mutualisé. Sont ainsi communs à tous les parcours de Lettres sans aucun coût spécifique pour les Lettres Classiques :

  • en L1, histoire littéraire, culturelle et artistique, langue française, langue, littérature et civilisation latines, culture numérique, UE de découvertes, langues vivantes, options département et UE libres ;

  • en L2, Histoire littéraire, culturelle et artistique, linguistique française, langue, littérature et civilisation latines, langues vivantes, options département et UE libres ;

  • en L3, littérature française, linguistique française, langue, littérature et civilisation latines, langues vivantes, options département et UE libres.

Nous assurons aussi des options de statuts divers (grec pour non-spécialistes, latin pour non-spécialistes, mythologie et bande dessinée historique), qui concernent entre une douzaine et une centaine d’étudiants par semestre suivant les cours. La formation spécifique en Lettres Classiques pour la trentaine d’étudiants actuels en Licence et la douzaine d’étudiants de Master est donc une formation à faibles effectifs mais aussi à faible coût. Sa fermeture serait une économie de bouts de chandelle qui ne changerait en rien la situation financière de l’UPPA mais dégraderait son image.

Nous demandons donc au Président de l’UPPA, Mohamed Amara, de s’engager formellement et officiellement pour le maintien de la formation en Lettres Classiques à Pau.

Vous pouvez nous apporter votre soutien en signant et diffusant au maximum la pétition en ligne sur http://jesigne.fr/menace-fermeture-lettres-classiques-pau#petition

 

Julie Gallego, maître de conférences de latin et agrégée de grammaire,

Brigitte Daries, PRAG et agrégée de lettres classiques,

auxquelles se joignent leurs collègues et étudiants de Lettres, anciens et actuels.