31 mars 2016

Compte rendu de la rencontre du 31 mars 2016 avec l'association "Antiquité, territoire des Ecarts" (@AnTEcarts), reçue seule au ministère.

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Présents : Barbara Cassin (Collège International de Philosophie), Florence Dupont, Romain Brethes (ATE), Agathe Cagé (Conseillère de la Ministre en charge du second degré et des programmes), Olivier Noblecourt (Directeur-adjoint du Cabinet de la Ministre), François Pirola (Conseiller spécial de la Ministre)

Nous, c'est-à-dire Barbara Cassin (qui avait été sollicitée personnellement), Florence Dupont et Romain Brethes, avons rencontré, à sa demande, François Pirola, conseiller spécial de la ministre de l'EN, récemment nommé sur les questions relatives aux humanités, avec Agathe Cagé, Conseillère chargée du second degré, ainsi qu'Olivier Noblecourt, Directeur-Adjoint du Cabinet. Le dialogue fut ouvert et dura une heure et demie.

Nous leur avons tous les trois rendu compte de l'inquiétude concernant les enseignements de lettres classiques et les horaires des options de latin et grec l'an prochain, très variables d'un collège à l'autre. Nos interlocuteurs nous ont expliqué qu'il ne fallait pas décompter uniquement les heures de langues, mais aussi les EPI de LCA et donc les heures de mathématiques, histoire, français ou autres qui seraient consacrées aux LCA. En outre, la diminution des horaires devrait aussi s'accompagner (voeu pieux ?) d'une augmentation des effectifs, puisque la dotation horaire globale (DHG) accordée aux établissements ne baissant pas (cela reste à vérifier dans les établissements), il sera possible d'enseigner à plusieurs groupes sur un même niveau par exemple puisqu'il n'y aura désormais qu'une heure de latin en cinquième contre deux auparavant par semaine, les deux heures conservées supposément par l'enseignant pour ce niveau peuvent lui permettre de proposer ce cours d'initiation à deux groupes d'élèves différents, contre un seul auparavant. A voir. Pour nos interlocuteurs, il s'agit d'une révolution des habitudes et une façon de donner une nouvelle dimension aux enseignements sur l'Antiquité qui traverse toutes les disciplines, dans l'esprit qui est celui d'ATE.

De fait, certaines formules de notre pétition et de différents textes composés au nom des Écarts ont été clairement reprises dans le BO n°11 du 17 mars 2006 (disponible sur le site du ministère) en préambule des nouveaux programmes du collège, comme l'indiquent ces premières lignes : « Les enseignements relatifs aux langues et cultures de l'Antiquité, en rendant possible la confrontation entre le monde antique et certaines des questions posées par le monde contemporain, aident à mettre celles-ci en perspective. Les cultures de l'Antiquité sont à la fois proches de nous par une tradition culturelle suivie, continuellement réinterprétée au cours de l'Histoire, et véritablement distantes ; se familiariser avec elles permet aux élèves de toutes origines de prendre conscience des écarts, des différences et des emprunts dans le dialogue des cultures. Leur découverte, en obligeant à prendre de la distance pour interpréter des œuvres, des formes d'organisation et des représentations du monde conçues dans des contextes différents de celui dans lequel nous vivons actuellement, contribue à la formation de l'esprit critique. »

Cela est appréciable, mais pour ne pas apparaitre comme un simple alibi pour le Ministère, qui semble ne pas avoir, et pour cause, beaucoup d’alliés pour l’accompagner dans sa réforme, nous avons indiqué qu’au-delà des purs enjeux comptables (horaires, nombre d'élèves), les enseignants du secondaire s'étaient sentis légitimement attaqués par cette réforme, et étaient actuellement laissés à eux-mêmes dans leur pratique d'enseignement et dans la mise en place des nouveaux programmes, qui demeurent sensiblement les mêmes que précédemment (alors que les horaires, pour le coup, ont diminué !). Le dialogue s'est donc engagé sur la formation des enseignants de collège qui n'ont pas été préparés à cette révolution culturelle et le soutien indispensable qu'il fallait leur apporter. Nous avons dit que nous étions prêts à apporter notre expérience des master-clans à cette formation. Ce à quoi nos interlocuteurs ont acquiescé. Faut-il y croire ? Notre précédente rencontre avait abouti à des engagements semblables avec Mme Dubuisson, responsable de la formation continue auprès de la DGESCO, sans qu'il y ait des résultats concrets. De plus, nous avons tout particulièrement attiré l'attention de nos interlocuteurs sur le grec, qui risquait d'être la victime directe de la réforme, et de la nécessité absolue de soutenir les enseignants de Lettres Classiques qui proposeraient l'ouverture (ou la conservation) d'une classe de grec à leurs chefs d'établissement. Nos interlocuteurs ont convenu que notre mise en garde était légitime et il semble que le problème ait été identifié par les équipes du ministère. Olivier Noblecourt nous a assurés qu’il veillerait à ce qu’un enseignement de grec en 3ème serait bien assuré dans tous les collèges et nous a demandé de lui signaler les lieux où cet enseignement serait menacé.

Pour François Pirola, l'organisation de l'année à venir, avec les EPI et ta mise en place des enseignements complémentaires de latin et grec, est actuellement en cours dans les établissements, et les premières remontées (?) seraient plutôt encourageante. Il s'est engagé à nous contacter avant les vacances d'été pour nous donner les premiers résultats de la réforme. Nous leur avons demandé également s'il y aurait des moyens de recenser les EPI tournant sur les langues et cultures de l'Antiquité, mais nos interlocuteurs sont restés assez flous sur le sujet. A été également abordée la délicate question de l'abandon massif des langues anciennes (plus de 90% !) entre le collège et le lycée, lié bien sûr à l'état de délabrement de la section littéraire.

Au final, François Pirola nous a semblé un interlocuteur favorable à la question des humanités et réceptif à nos arguments (c'est un intime de la Ministre depuis ses années lyonnaises, et il a manifestement été nommé en février dernier pour se pencher sur cette question, à la suite des nombreuses mobilisations de l'automne). Mais cette rencontre sera-t-elle suivie de davantage d'effets que la précédente ?



Portrait de Françoise
Françoise a répondu au sujet : #1093 il y a 11 mois 1 semaine
Je ne comprends pas comment des professeurs d'université ont pu se laisser ainsi berner. Le latin et le grec n'ont plus d'horaires au collège, puisque ceux-ci seront pris sur ceux des autres matières, selon la bonne volonté de ces collègues... qui ont un programme à tenir, et aucune augmentation en terme de temps scolaire. Comment dans ces conditions a-t-on pu leur laisser croire que les langues anciennes subsisteraient? Quel gâchis!