27 octobre 2015

Florence Robine, directrice générale de l'enseignement scolaire (DGESCO) s'est rendue à La Réunion. Elle s'est notamment entretenue avec des membres du SNALC (syndicat d'enseignants) de La Réunion.

Extraits du compte-rendu de cet entretien :

Mme Vitry a exprimé son inquiétude face à la diminution des horaires disciplinaires des Lettres, particulièrement dans un département où la maîtrise de la langue française est un objectif académique.

Mme Robine lui a répondu que corréler le nombre d’heures de français et les progrès des élèves relevait de la pensée magique. Intéresser et faire progresser les élèves est sans rapport avec le nombre d’heures d’enseignement. Par ailleurs il est impossible que le français phagocite la grille horaire des élèves qui doivent être exposés à de nombreux autres apprentissages fondamentaux tels le développement durable et la citoyenneté.

Quand Mle Pfeifer lui a fait remarquer que les professeurs de Lettres avaient une compétence particulière pour faire progresser les élèves en écriture, et que ces progrès nécessitaient du temps, elle s’est vu répondre que toutes les matières concouraient au développement de ces compétences qui relevaient autant du prof de maths que du prof de français.

M. Pradel a alors donné la parole à V. Pfeifer pour les langues anciennes.

Elle a commencé par reprendre les mots clés de l’introduction de Mme Robine : elle a souligné que les enseignants de langues anciennes qualifiés de profs de déclinaisons ne pouvaient qu’avoir du ressentiment de voir leur enseignement ainsi réduit et méconnu. Si Mme Robine était déçue du manque de tenue du débat intellectuel, la déception des enseignants face au mépris ne pouvait qu’être immense et même source de souffrance pour les professeurs, dont la pratique quotidienne du métier, difficile, demandant éthique, force morale et physique ne peut qu’être touchée par ces mises en causes injustes venant de la représentante de l’institution.  Elle a particulièrement souligné l’horreur provoquée par l’emploi à l’encontre de l’option du qualificatif de « dispositif ségrégatif ».

Mme Robine l’a alors taxée de sensibilité excessive et a nié que le terme dispositif ségrégatif ait été employé pour désigner les langues anciennes.

V. PFEIFER a alors cité J. Julliard, qui dans son dernier ouvrage, L’école est finie fait un portrait magistral du lien privilégié qui se noue entre le maître et l’élève, ce lien tient à l’engagement de l’enseignant, à son éthique du métier que l’on ne saurait ravaler au rang de sensiblerie. Elle a enchaîné en affirmant que si le ministère se targue de partir des « choses concrètes », il eût convenu de partir de l’expertise de ceux qui sont immergés dans le concret de la vie dans les collèges depuis de nombreuses années : ne les ayant pas consultés, on ne saura jamais quels problèmes et quelles solutions auraient émergés de cet audit. Elle a aussi rappelé que le ministère n’a pas reçu les représentants des associations de langues anciennes. Elle a en particulier pointé deux difficultés majeures de l’enseignement au collège : l’hétérogénéité des classes et la nécessité de développer la différenciation de la pédagogie et demandé en quoi la réforme allait apporter quelque bénéfice que ce soit dans ces deux domaines.

On lui a répondu que la formation des enseignants répondrait à ces questions qui ne sauraient relever des capacités et de la motivation particulière de certains enseignants.

Elle a alors contesté que les langues anciennes sortent renforcées de la réforme, point sur lequel la communication ministérielle insiste pourtant abondamment : en effet l’EPI LCA, placé en cinquième, ne saurait être une invitation à l’enseignement de complément commencé en début d’année de cinquième par les élèves motivés pour cet apprentissage  grâce aux  efforts de présentation faits par le professeur de Lettres Classiques, sur son temps libre, en passant dans les sixième.

On lui a alors rétorqué que puisque ça ne changeait rien, ce n’était pas pire qu’avant ! Que la France adorait se faire peur avec des visions apocalyptiques et que le traitement des langues anciennes dans la presse soulignait cette complaisance.

V. Pfeifer s’est alors vivement insurgée : d’une part la réforme devait arranger des choses, d’autre part il ne s’agit nullement d’un statu quo puisque :

1. un élève de cinquième perd 1/2h (sur 2h hebdomadaires) de latin, un élève de quatrième et de troisième perd 1h (sur 3h hebdomaires)

2. on a démembré la matière de manière absurde en nommant EPI LCA un enseignement où il est interdit de faire de la langue et enseignement de complément (qui ne complète rien, si l’élève de 4e et de 3e n’a plus l’EPI LCA) où l’on est censé enseigner la langue alors même que la spécificité de l’enseignement des langues anciennes était son aspect naturellement interdisciplinaire

3. on confie l’EPI LCA à n’importe quel enseignant. Mme Robine a vivement rejeté l’idée que l’EPI LCA ne soit pas assuré par un enseignant de Lettres Classiques associé à un enseignant d’une autre discipline.

Elle a affirmé qu’en l’état le latin était mort : le CAPES mention Lettres Classiques n’a plus de candidats : l’EPI LCA est le seul espoir du latin. Elle a rappelé que seuls 15% des collégiens étudient le latin, que la proportion s’effondre au lycée.

Elle n’a pas voulu entendre les chiffres du collège Marcel Goulette (100 latinistes en ZEP, 98% de continuants au lycée) suite à une longue bataille pour que l’accès à l’option au lycée ne soit pas semé d’embûches...

Elle a répété : « aux professeurs de langues anciennes de saisir la chance des EPI, ce qu’ils font d’ailleurs avec enthousiasme dans de nombreux établissements ». Elle s’est insurgée à l’idée que la perte d’une heure de latin par semaine pendant deux ans puisse avoir la moindre incidence sur le niveau de latin des élèves au bac.

M. Pradel a conclu l’entretien : « vous avez fait un long chemin pour ne convaincre personne, cette réforme ne s’appliquera pas. »