26 octobre 2015

Sur le site du SNES : "Langues et cultures de l'Antiquité : où en est-on ?"

1) La Circulaire :

La circulaire du 2 juillet 2015 a validé l’organisation en trois volets de l’enseignement des LCA : dans le cours de français dans l’EPI Langues et Cultures de l’Antiquité dans l’Enseignement de Complément, latin ou grec 

Elle valide le fait que l’enseignement de complément est à financer par l’établissement sur sa marge d’autonomie de 2h45 (rentrée 2016) puis de 3h (rentrée 2017). Dans ce cadre il entre en concurrence avec les travaux en groupes à effectifs réduits et les heures d’intervention conjointe, qui sont également à financer sur cette marge d’autonomie. Le texte indique que « les établissements qui proposent aujourd’hui les options latin, grec et langues régionales disposeront donc des moyens nécessaires à la mise en œuvre dans les meilleures conditions des enseignements de complément ». Sans complexe, le rédacteur précise immédiatement après que « les groupes à effectifs réduits ont vocation à être constitués en priorité pour les sciences expérimentales, la technologie, les langues vivantes étrangères et régionales et l’enseignement moral et civique. ». Une fois que l’on ajoute à toutes ces priorités les interventions conjointes et d’éventuels dédoublements pour l’accompagnement personnalisé, que reste-t-il pour mettre en place les enseignements de complément ?

Elle cadre les EPI : Parcours citoyen, PEAC, Parcours avenir, langues vivantes sont les composantes qui doivent être présentes dans ceux-ci, quelle que soit la thématique. Sans oublier évidemment les contenus disciplinaires des deux matières concernées par le projet. Peut-on vraiment espérer développer un embryon d’enseignement de Langues et Cultures de l’Antiquité dans un tel cadre ?

Les modalités d’organisation envisagées pour ces EPI font frémir et ce d’autant plus qu’il est écrit que les « organisations trimestrielles ou semestrielles sont à privilégier ». Ce sera au mieux une heure annuelle mais l’organisation dépendra de chaque collège.

Il est officiel que l’EPI LCA peut être suivi trois ans par un élève. En revanche, le statut du grec est ambigu : on peut comprendre que cet enseignement de complément viendra s’ajouter à celui de latin, on peut comprendre également qu’il viendra s’y substituer. Le dernier document de la DGESCO, intitulé « Enseignement de complément » et daté de septembre 2015, lève cette ambiguïté et affirme la possibilité du cumul. Vous trouverez ce texte attaché à l’article.

 

Les raisons des inquiétudes :

Il est facile d’affirmer que l’équilibre établi ne modifie pas les horaires. Rien ne garantit que l’EPI LCA ait un horaire annuel d’une heure. Par ailleurs, le SNPDEN a comme projet de le limiter à une année seulement, ce qui serait suffisant pour y adosser un enseignement de complément. Le document de la DGESCO évoqué ci-dessus valide cette conception de l’EPI. Il y est indiqué que l’obligation de suivre l’EPI LCA pour pouvoir suivre l’enseignement de complément est à comprendre « dans un sens ouvert ». Ensuite, Ministère et DGESCO ne sont pas d’accord sur l’interprétation de l’horaire de l’enseignement de complément : pour la DGESCO l’horaire indiqué est un horaire maximum qui peut être modulé, pour le Ministère, il n’est pas modulable. Le document de la DGESCO reprend les termes de la circulaire et ne dissipe pas le flou. On serait presque tenté de rire en voyant réaffirmé l’objectif de 100% des élèves de collège concernés par les LCA.

 

2) Les LCA dans la nouvelle version des programmes :

Pas encore de nouveaux programmes pour nos disciplines, seuls les programmes des disciplines du tronc commun ont été remis par le CSP. Il nous faut attendre. Toutefois, le CSP avait été saisi par la Ministre en ces termes : « Les volets disciplinaires des projets de programmes du cycle 4, en particulier celui de français, devront comporter des articulations plus lisibles avec les langues et cultures de l’Antiquité. ». Qu’en est-il ?

On ne trouve que fort peu de différences entre les deux versions des programmes. On ne peut pas dire que la place des Langues et Cultures de l’Antiquité ait été renforcée.
Dans la partie « étude de la langue », on remarque qu’un travail sur l’étymologie est proposé (cycle 3 et cycle 4), mais les programmes ne vont pas au-delà. On peut d’ailleurs le comprendre. Il est très difficile d’entrer dans un travail de comparaison des systèmes linguistiques avec des élèves qui ne sont pas latinistes ou hellénistes. C’était éventuellement une démarche qui pouvait se mener avant, dans le cadre de l’initiation au latin. Dans le cadre proposé, il est impossible de faire bénéficier tout le monde de cette posture métalinguistique.
Dans la partie « culture littéraire », des références à l’antiquité sont désormais présentes dans les corpus. Lecture d’extraits de l’Odyssée ou des Métamorphoses, en 6ème, dans le cadre de la thématique du monstre. Mais au cycle 4, alors que c’est là que l’on attendait un renforcement de l’ouverture culturelle vers la littérature antique, seules quelques entrées proposent la lecture de textes antiques (« Vivre en société, participer à la société », en 3ème, « Dire l’amour » en 4ème, « Héros et héroïsme » en 5ème). Encore n’est-elle pas contraignante puisque la formulation « de l’Antiquité à nos jours » laisse l’enseignant libre de faire lire ou non des textes antiques. A qui va-t-on faire croire qu’il suffit d’une proposition de lecture de textes antiques par année du cycle 4 pour renforcer la place des Langues et Cultures de l’Antiquité dans le programme de français ?

 

3) Les LCA dans les EPI, récapitulatif.

Pour une matière qui n’existe pas, elle est partout ! Le visage des EPI se dessine alors en filigrane : un temps d’enseignement qui ne change rien à la situation précédente des LCA ? Que nenni ! Rien n’interdit que le professeur d’Histoire-Géographie s’associe avec le professeur de Sciences Physiques pour l’EPI de Langues et Cultures de l’Antiquité autour d’un travail sur les savants de l’école d’Alexandrie et la façon dont leurs connaissances ont été transmises à l’Occident. Par ailleurs, nous avons bien souvent revendiqué le statut transdisciplinaire de nos disciplines. Cependant, dans notre conception de celles-ci, le cœur de notre enseignement reste la transmission de la langue et d’une culture dans laquelle on entre par la lecture de textes. Dans le dispositif des EPI, si l’on peut reconnaître ici ou là des points que nous abordions déjà avec nos élèves, il est bien difficile de discerner comment tout cela pourra faire sens. Comment construire une progression pédagogique cohérente dans le cadre d’un EPI de Langues et Cultures de l’Antiquité annuel ? Travailler toute l’année avec le/la même collègue d’une autre discipline ? Passer d’une discipline partenaire à l’autre ? Le caractère artificiel du dispositif apparaîtra vite aux élèves. Si c’est un EPI trimestriel, qui le prendra au sérieux ? La démarche n’est pas inintéressante et peut constituer une ouverture culturelle pour nombre d’élèves. Le problème est qu’elle nous prive d’un temps d’enseignement spécifique de nos disciplines et qu’elle transforme en contrainte pour tous ce que de nombreux collègues faisaient déjà dans le cadre d’un travail en équipe choisi, autour de projets souvent plus ambitieux et plus porteurs que les pistes proposées dans ces nouveaux programmes.

Français : EPI possibles, thématiques « Langues et cultures de l’Antiquité » et « Culture et création artistiques » - en lien avec les langues anciennes et l’histoire 5ème : Recherches sur l’utilisation du latin au Moyen Age. Les évolutions de la langue française. » 5ème, 4ème : Décryptage de textes latins du Moyen Age au XVIIIe siècle (religion, sciences et philosophie). 5ème, 4ème : Chasse aux expressions latines ou grecques encore utilisées aujourd’hui ; fabrication d’un glossaire illustré. 3ème : Travail autour des mythes, et leur rôle dans la littérature du XVIe au XXIe siècle (réécritures des tragédies grecques, poésie lyrique, romans).

LVER : Les langues, quelques différences et convergences, comparer les systèmes linguistiques dont le français et les langues anciennes, réféchir sur la production du vocabulaire et le sens des mots, aborder l’histoire des langues. Construire des stratégies d’apprentissage communes aux diverses langues étudiées. En lien avec les langues et culture de l’Antiquité, le français, l’histoire et la géographie, l’histoire des arts Mythes, croyances, héros….Explorer les récits, les oeuvres artistiques, le patrimoine archéologique. S’appuyer sur les thématiques culturelles communes aux langues pour aider à comprendre le monde.

Enseignements artistiques : Architecture, art, technique et société : l’évolution de la création architecturale ; l’architecture comme symbole du pouvoir ; architectures et progrès techniques ; les grandes constructions du passé et d’aujourd’hui... La présence matérielle de l’oeuvre dans l’espace

HDA : la thématique « Langues et cultures de l’Antiquité » est reliée à l’ensemble de la thématique 1, mais aussi aux objets d’étude portant sur les reprises de sujets ou de formes issus de l’antique ;

EPS : Sport et Antiquité : L’Olympisme – Des jeux olympiques aux pratiques d’aujourd’hui. En lien avec les langues de l’antiquité, l’histoire

HG : Importance des documents latins et grecs du Moyen Age : étude de chroniques. Comprendre en quoi le latin et le grec sont liés à l’identité européenne. thème 1 de la classe de 5ème, « Chrétientés et Islam (VIe-XIIIe siècle), des mondes en contact : Byzance et l’Europe carolingienne » en lien avec les langues anciennes ; contribution au parcours d’éducation artistique et culturelle

Physique : En lien avec les langues de l’antiquité, l’histoire, les mathématiques, la technologie Histoire des représentations de l’Univers : les savants de l’école d’Alexandrie (Eratosthène et la mesure de la circonférence de la Terre, Hipparque et la théorie des mouvements de la Lune et du Soleil, Ptolémée et le géocentrisme, Aristote et la rotondité de la Terre…), Les instruments de mesure (astrolabe, sphère armillaire, …) » En lien avec les langues de l’Antiquité, l’histoire, les mathématiques, la technologie Sciences et Antiquité : héritage de la Grèce antique dans la construction de la science.

SVT :Contrairement à ce qui était annoncé dans le programme de français il n’y a pas de pistes associant SVT et LCA dans le cadre d’un EPI. Dans la partie intitulée « Le français et les autres champs du savoir » on trouve pourtant ceci, qui n’est pas un EPI mais y ressemble furieusement : « Comparer les représentations mythiques et les représentations scientifiques de différents phénomènes étudiés en SVT, en visant : des acquisitions culturelles concernant les mythes et les grands questionnements auxquels ils tentent de répondre ; l’identification des traces laissées par ces mythes dans la culture contemporaine (par exemple l’astrologie ; la distinction entre ce qui relève de la croyance et ce qui est acquis à la suite d’une démarche scientifique. ) ».

Maths : En lien avec les langues anciennes, l’histoire, les sciences Questions de sciences dans l’Antiquité. Mesure de la circonférence de la Terre par Eratosthène. Racines carrées. Thalès, Pythagore. Fractions égyptiennes. Différents systèmes et formes de numération.