2 octobre 2015

Dans "VousNousIls" Blanche Lochmann de la Société des agrégés : "La réforme du collège menace l’enseignement dans sa totalité".

Extrait :

La réforme du collège prévoit l’instauration d’Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) dans lesquels figureront entres autres les « langues et cultures de l’antiquité ». Jugez-vous ces mesures suffisantes pour étudier convenablement les langues anciennes ?

Il faut d’abord faire un point général, car ces enseignements vont toucher toutes les disciplines. Ce que l’on peut constater, c’est que ces EPI sont mis en place pour tailler dans les disciplines sans que le Ministère ait le courage de trancher sur ce qu’il faudrait conserver dans l’enseignement aujourd’hui, alors que l’on est en période de pénurie. Cela veut dire qu’ils sont un moyen de dissimuler le manque de moyens et les difficultés de recrutement des professeurs.

Quand on regarde de plus près ces EPI, on se rend compte qu’ils sont prétentieux, avec des intitulés qui conviendraient mieux à des séminaires universitaires, pour un enseignement qui ne durera pas plus d’un trimestre. Cela semble voué à l’échec. La rédaction des programmes plonge le lecteur dans une confusion terrible, avec des expressions comme « Echanges constitutifs des entraînements à la compréhension et de l’enseignement explicite des stratégies ». Je ne vois pas qui ces programmes vont aider lorsque l’on voit comme ils sont rédigés.

Ce que l’on peut voir également, c’est un écart énorme entre le niveau des élèves et les propositions qui sont faites. Par exemple, en ce qui concerne les langues anciennes, l’un des EPI propose d’étudier l’usage du latin au Moyen âge. Comment concevoir que l’on puisse donner cet enseignement à des enfants de 5ème qui n’auront tout simplement pas encore appris le latin ? Les langues anciennes sont concernées, mais de la même façon que les autres disciplines. Nous partageons le combat de tous les enseignants et nous aurions tort d’opposer les disciplines les unes aux autres. Toutes souffriront d’une diminution des horaires et des enseignements qui leur sont propres, pour ensuite être remplacées par ces EPI qui, avec leur prétention démesurée, n’atteindront pas l’objectif que la réforme prétend fixer, qui est l’égalité et l’excellence pour tous.