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22 avril 2015

Florence Castincaud des "Cahiers pédagogiques" : "Nous sommes tous des professeurs de culture humaniste"

Réforme du collège

Nous sommes tous des professeurs de culture humaniste

Florence Castincaud

Dans les vives discussions qui accompagnent la publication du projet de réforme du collège, la place étonnante prise par la question du «  latin-grec  », car c’est bien sur ces mots que l’on se passionne, ne manque pas d’étonner. Question intéressante, certes, mais que peu de débatteurs replacent dans les enjeux autrement plus vastes de la nécessaire évolution du collège vers un fonctionnement qui profite, enfin, à toute la jeunesse du pays – toute, alors que les statistiques nous montrent combien la situation actuelle est inégalitaire.

Nous voilà donc, spécialement nous, professeurs de «  lettres classiques  », obligés de choisir notre camp, et si possible le bon, celui des défenseurs du «  latin-grec  » (cette option s’appelle depuis cinq ans déjà «  Langues et cultures de l’antiquité  » mais beaucoup l’ignorent, y compris Aurélie Filipetti qui s’indigne comiquement de ce changement d’appellation). Dommage de se trouver face à des prises de position si manichéennes, car les vrais débats, eux, sont intéressants, quand on s’éloigne des lancers d’invectives.

Pour avoir une idée précise de la situation qui prévaudra avec la réforme du collège sur ce point, il est bon de consulter le dossier très complet proposé par le site «  Arrête ton Char  » qui fait «  un point dépassionné  », disent les auteurs : Saluons cette documentation qui suit à la trace les différentes déclarations et textes du ministère et de la Degesco, jusque dans leurs hésitations et rectifications. Les langues anciennes seront donc «  enseignement de complément  », 5 heures au sens strict de la 6e à la 3e au lieu de 8 actuellement, la perte étant contrebalancée par des EPI fléchés «  langues anciennes  » (sans parler des apports du latin grec vus en cours de français).

Dans les controverses, la situation actuelle du latin-grec au collège, ou plutôt des Langues et cultures de l’antiquité, ne fait, elle, guère objet de débat, si ce n’est bien sûr pour déplorer la part trop faible qui lui est réservée et, refrain connu, «  la dégradation constante de la situation  » depuis… allez, disons, la nuit des temps, pour mettre tout le monde d’accord. On se rappelle pourtant l’époque où les enfants sortant de CM2 étaient inscrits par leurs parents soit au lycée de la ville, avec latin dès la 6e, parce qu’ils étaient promis aux études longues, soit au CEG, sans latin, parce qu’on n’espérait pas pour eux qu’ils poursuivent des études au-delà de la 3e. Deviner quelles classes sociales fréquentaient ces deux types d’établissements, et quel corps de professeurs y était affecté, n’est pas bien difficile. A côté de cela, le collège unique et son option latin ouverte à tous me semblent avoir été un immense progrès : tout n’est donc pas que glissement vers l’abime…

Cette option «  latin  » (et parfois grec) n’est pas sans poser actuellement quelques questions tout de même, justement sur la question de la langue elle-même, point qui chagrine les opposants à la réforme : admettons pour la culture transmise via les EPI, disent-ils en gros, mais que sera-t-elle sans la connaissance intime de la langue (voir la discussion de Robin Delisle) ? Sans les compétences nécessaires pour comprendre les textes antiques ? Eh bien justement, cela me laisse perplexe. S’agissant de la langue elle-même, les compétences acquises en fin de 3e en compréhension de textes sont bien faibles. Dans un collège «  ordinaire  » ou ZEP, de la 5e à la 3e, nous avons évidemment dans chaque cohorte trois ou quatre élèves très performants qui se meuvent avec aisance dans les structures de la langue latine, comprennent tout de suite qu’un accusatif en début de phrase ne sera pas le sujet, saisissent l’art de la brièveté dans une maxime latine, bref, ont les réflexes nécessaires pour se mouvoir dans une langue flexionnelle (à déclinaisons) avec son génie propre. Les mêmes sont en général excellents en anglais, en allemand ou en espagnol. Pour les autres, c’est beaucoup plus difficile, surtout si nous sommes bien d’accord pour que l’option accueille et garde tous les élèves qui en ont envie, sans décourager les «  faibles  ». Je salue la prouesse de ceux qui disent faire réussir tous leurs élèves en grammaire latine ; moi, j’ai des élèves qui au bout de plusieurs mois de travail en 5e se trouvent toujours en difficulté sur le principe même des déclinaisons, et j’en prends ma part de responsabilité, mais le fait est là.

Et qu’on n’incrimine pas leur méconnaissance de la grammaire française, car celle-ci est en l’occurrence d’un faible secours. Une bonne part de mes élèves n’a compris le fonctionnement du génitif qu’en le manipulant comme l’apostrophe + S qu’ils connaissant en anglais, là où l’appel à la reconnaissance du «  complément de nom  » français ne les aide guère.

Certains de ces élèves en difficulté avec la langue quittent l’option, d’autres restent, contraints par leurs parents (et de mauvaise humeur pour les deux ans qui suivent) ou au contraire avec grand plaisir parce qu’ils ont pris gout à l’étude du passé, aux recherches de civilisation, aux discussions historiques, politiques, philosophiques, religieuses, qui surgissent régulièrement dans les heures de langues anciennes. Pour en laisser le moins possible sur le bord du chemin, je différencie, je ralentis, je tente des approches variées, j’essaie de ne pas avancer à marches forcées. Autrement dit, même avant la réforme actuellement proposée et ses nouvelles dispositions horaires, la connaissance réelle (« intime  ») de la langue est le fait d’un tout petit nombre, soyons francs.

D’ailleurs pourquoi si peu d’élèves décident-ils de poursuivre au lycée ? Ils cèderaient, parait-il, à la «  pression utilitariste  »… Merci pour les autres choix et options proposés ! Hors des langues anciennes, tout n’est donc que mercantilisme et poudre aux yeux moderniste… ? Pourquoi ne pas plutôt considérer que la pratique des langues anciennes, en tant que langues, est et restera l’apanage d’un petit nombre, comme les études musicales par exemple ? Nous disputerons-nous, tels les professeurs de Monsieur Jourdain ou ceux du nouveau riche Jeannot chez Voltaire, pour décider qui est le plus utile, le plus fondamental, celui qui fonde tous les autres ? Les tribunes émouvantes publiées ici et là par des professeurs de Lettres classiques, mais aussi par d’autres, crient à l’assassinat de la pensée si on amoindrit la part des heures latin-grec, dans lesquelles, disent les auteurs, nos élèves «  forgent les armes intellectuelles des citoyens qu’ils seront demain   ». Alors, ne protestez-vous pas qu’heureusement cette propédeutique à une pensée adulte éclairée est aussi votre objectif, enseignants de toutes les autres disciplines y compris les documentalistes, professeurs principaux en heures de vie de classe, organisateurs de projets en tous genres, équipes mobilisées pour la semaine de la presse, CPE formateurs de délégués élèves, etc. ?

La réforme proposée n’est donc pas pour moi un tremblement de terre.

Reprenons cette visée de démocratisation du collège, urgente et vitale, que porte, même modestement, l’actuelle réforme. Œuvrons pour que, dans ce projet, des EPI intelligemment faits renouvèlent année après année la connaissance des langues et cultures de l’Antiquité ; ce ne sera pas commode, c’est vrai, il y faudra de l’intelligence et de l’inventivité, mais nous serons heureux de toucher de nombreux élèves. Continuons, dans les 5 heures de l’enseignement complémentaire, à réfléchir à une didactique de la langue elle-même plus performante pour cultiver chez nos élèves le gout de la réflexion sur les mots, leur histoire, leurs voyages, sur les structures de langue et de pensée ; continuons à comparer les langues flexionnelles comme le latin, le turc ou le russe, que certains de nos élèves connaissent, ou les façons dont l’anglais, l’allemand et le latin, mais aussi l’arabe, traduisent l’appartenance ou la notion de temps.

Bref, et je vole ces mots à Mara Goyet, (http://maragoyet.blog.lemonde.fr/2015/04/16/reforme-du-college-serons-nous-a-la-hauteur/), « en prenant la réforme au sérieux, (…) en se l’appropriant (puisqu’il y a un consensus pour dire que le collège tel qu’il est ne fonctionne pas), (…) en n’étant pas déprimé, désabusé d’avance, j’ose espérer qu’on pourrait parvenir à en faire quelque chose de bien. De vraiment bien  ».

Florence Castincaud
Professeure de lettres classiques et directrice de la publication des Cahiers pédagogiques

Les "Cahiers pédagogiques sur Twitter : @CahiersPedago

Florence Castincaud : @FCastincaud



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #129 il y a 3 ans 3 mois
La défense du latin de Mme Castincaud est assez contradictoire et révélatrice de la position plus qu'ambiguë des "Cahiers pédagogiques" vis à vis de cette réforme : comment défendre les langues anciennes ET en même temps une réforme qui leur porte atteinte ?

La déclaration "Nous sommes tous des professeurs de culture humaniste" se veut consensuelle et ouvre grand la porte à l'interdisciplinarité, cœur de cette réforme. Il se trouve néanmoins que, au centre de l'Humanisme, il y a les textes latin et grecs, redécouverts à la Renaissance. Ce n'est pas un hasard si, dans la lettre testamentaire de Pantagruel à son fils, le géant, donnant une leçon d'éducation humaniste, recommande avant tout la fréquentation du grec ancien (" sans lequel c’est une honte de se dire savant") et du latin. L'expression de Mme Castincaud ("de culture humaniste") est déjà une façon d'exclure la langue, comme l'a été le passage des langues anciennes aux "langues et cultures de l'antiquité".

Affirmer que "Nous sommes tous des professeurs de culture humaniste", c'est affirmer que les langues anciennes n'ont plus de raison d'exister.

Pour avoir une idée précise de la situation qui prévaudra avec la réforme du collège sur ce point, il est bon de consulter le dossier très complet proposé par le site «  Arrête ton Char  » qui fait «  un point dépassionné  », disent les auteurs : Saluons cette documentation qui suit à la trace les différentes déclarations et textes du ministère et de la Degesco, jusque dans leurs hésitations et rectifications.

Comme les choses sont dites de façon prude : il s'agissait bien, en fait de "rectifications", de supprimer purement et simplement les langues anciennes.

Les langues anciennes seront donc «  enseignement de complément  », 5 heures au sens strict de la 6e à la 3e au lieu de 8 actuellement...

"dans la limite" de 5h... Ce qui change bien des choses dans la mise en œuvre possible de cette réforme. Ajoutons que cet horaire n'est pas garanti dans tous les établissements puisqu'il faudra choisir entre langues anciennes pour quelques-uns et petits groupes de soutien pour tous. Mais à quoi bon s'attarder à des détails aussi triviaux ?

...la perte étant contrebalancée par des EPI fléchés «  langues anciennes  »

C'est bien la peine de se moquer d'Aurélie Filippetti : ces EPI sont intitulés "Langues et cultures de l'antiquité"...

Car précisément ils ne pourront pas donner lieu à l'enseignement de la langue (sans retrancher à l'enseignement du français) : ce qu'oublie étourdiment de rappeler Mme Castincaud.

...(sans parler des apports du latin grec vus en cours de français).

Tout à fait nouveaux dans les programmes de français !

Dans les controverses, la situation actuelle du latin-grec au collège, ou plutôt des Langues et cultures de l’antiquité, ne fait, elle, guère objet de débat, si ce n’est bien sûr pour déplorer la part trop faible qui lui est réservée et, refrain connu, «  la dégradation constante de la situation  » depuis… allez, disons, la nuit des temps, pour mettre tout le monde d’accord. On se rappelle pourtant l’époque où les enfants sortant de CM2 étaient inscrits par leurs parents soit au lycée de la ville, avec latin dès la 6e, parce qu’ils étaient promis aux études longues, soit au CEG, sans latin, parce qu’on n’espérait pas pour eux qu’ils poursuivent des études au-delà de la 3e. Deviner quelles classes sociales fréquentaient ces deux types d’établissements, et quel corps de professeurs y était affecté, n’est pas bien difficile.

D'où une rancœur qui n'est pourtant plus de saison aujourd'hui... Mme Castincaud ne précise pas que la suppression du latin en 6e remonte à 1968, il y a donc exactement... 47 ans !

A côté de cela, le collège unique et son option latin ouverte à tous me semblent avoir été un immense progrès
: tout n’est donc pas que glissement vers l’abime.

Un "progrès" du point de vue quantitatif peut-être, mais du point de vue qualitatif ce ne pouvait être qu'une régression (la maîtrise d'une langue commencée seulement en 4e au lieu de la 6e)...

Mais la "démocratisation" se satisfait le plus souvent d'apparences de démocratisation, comme dans l'actuelle réforme.

Le caractère optionnel a par ailleurs rendu l'enseignement bien difficile : heures supplémentaires, souvent à des horaires pénibles, travail à la maison à éviter, nécessité de séduire les élèves...

Cette option «  latin  » (et parfois grec) n’est pas sans poser actuellement quelques questions tout de même, justement sur la question de la langue elle-même, point qui chagrine les opposants à la réforme : admettons pour la culture transmise via les EPI, disent-ils en gros, mais que sera-t-elle sans la connaissance intime de la langue (voir la discussion de Robin Delisle) ? Sans les compétences nécessaires pour comprendre les textes antiques ? Eh bien justement, cela me laisse perplexe.

La défense du latin et du grec passe donc - en bonne logique - par... la remise en cause de la pertinence de leur enseignement. Michel Lussault, président du CSP, ne disait rien d'autre : "Impossible d'accéder à la civilisation chinoise, indienne, russe, sans la langue originelle? Et aucune entrée vers la langue, même à partir de traductions, d'œuvres, de faits culturels? J'en doute."

S’agissant de la langue elle-même, les compétences acquises en fin de 3e en compréhension de textes sont bien faibles.

Faut-il s'en étonner quand cet enseignement a été repoussé dans la scolarité et a vu son horaire global amputé une première fois à l'occasion de son passage au statut d'option ?

Et ne parlons pas des hellénistes : en un an, ils devraient acquérir une "connaissance intime" du grec ancien ? C'est d'ailleurs toute l'ambiguïté de programmes communs de "langues et cultures de l'antiquité" depuis 2009.

Ajoutons que le constat de Mme Castincaud pourrait s'appliquer à bien des disciplines pourtant non optionnelles, à commencer par le français : faut-il leur faire subir le même sort ?

Dans un collège «  ordinaire  » ou ZEP, de la 5e à la 3e, nous avons évidemment dans chaque cohorte trois ou quatre élèves très performants qui se meuvent avec aisance dans les structures de la langue latine, comprennent tout de suite qu’un accusatif en début de phrase ne sera pas le sujet, saisissent l’art de la brièveté dans une maxime latine, bref, ont les réflexes nécessaires pour se mouvoir dans une langue flexionnelle (à déclinaisons) avec son génie propre. Les mêmes sont en général excellents en anglais, en allemand ou en espagnol. Pour les autres, c’est beaucoup plus difficile, surtout si nous sommes bien d’accord pour que l’option accueille et garde tous les élèves qui en ont envie, sans décourager les «  faibles  ». Je salue la prouesse de ceux qui disent faire réussir tous leurs élèves en grammaire latine ; moi, j’ai des élèves qui au bout de plusieurs mois de travail en 5e se trouvent toujours en difficulté sur le principe même des déclinaisons, et j’en prends ma part de responsabilité, mais le fait est là.

Les difficultés en grammaire tout court suffisent à expliquer les difficultés en latin... C'est même un argument en faveur des langues anciennes !

Mais suivons le raisonnement de Mme Castincaud : les langues anciennes n'atteignant pas l'objectif qui leur est assigné...

Et qu’on n’incrimine pas leur méconnaissance de la grammaire française, car celle-ci est en l’occurrence d’un faible secours. Une bonne part de mes élèves n’a compris le fonctionnement du génitif qu’en le manipulant comme l’apostrophe + S qu’ils connaissant en anglais, là où l’appel à la reconnaissance du «  complément de nom  » français ne les aide guère.

La logique de Mme Castincaud est ici étonnante : la maîtrise de la grammaire en français est insuffisante... mais il ne faut pas l'incriminer !

Certains de ces élèves en difficulté avec la langue quittent l’option, d’autres restent, contraints par leurs parents (et de mauvaise humeur pour les deux ans qui suivent)...

Vive les "options", donc !

Si seulement il pouvait être possible d'abandonner dans toutes les disciplines où les élèves éprouvent des difficultés...

Ajoutons que les EPI ne seront pas choisis par les élèves.

...ou au contraire avec grand plaisir parce qu’ils ont pris gout à l’étude du passé, aux recherches de civilisation, aux discussions historiques, politiques, philosophiques, religieuses, qui surgissent régulièrement dans les heures de langues anciennes. Pour en laisser le moins possible sur le bord du chemin, je différencie, je ralentis, je tente des approches variées, j’essaie de ne pas avancer à marches forcées. Autrement dit, même avant la réforme actuellement proposée et ses nouvelles dispositions horaires, la connaissance réelle (« intime  ») de la langue est le fait d’un tout petit nombre, soyons francs.

Nul n'en doute, à vrai dire... Une connaissance "intime" de la langue demande beaucoup plus de temps.

D’ailleurs pourquoi si peu d’élèves décident-ils de poursuivre au lycée ? Ils cèderaient, parait-il, à la «  pression utilitariste  »…

On nous citerait ? Mais curieusement en oubliant les autres causes possibles d'abandon...

Merci pour les autres choix et options proposés !

L'abandon ne se fait pas au détriment d'autres options, le plus souvent. Il s'agit d'aborder le lycée en se concentrant sur les enseignements obligatoires... Les mathématiques sont devenues par excellence l'outil de sélection pour de nombreuses filières les filières, comme les filières commerciales.

Quant aux autres "choix", s'il s'agit des enseignements d'exploration en seconde, on peut observer comme le peu d'exigence qui y est attaché (pas de prérequis, horaire réduit d'1h30, pas d'évaluation, pas de poursuite de l'enseignement) n'a pas aidé à revaloriser les options de langues anciennes au lycée. Bien au contraire.

Hors des langues anciennes, tout n’est donc que mercantilisme et poudre aux yeux moderniste… ?

Un enseignement à si faible horaire, ne durant qu'un an et ne faisant l'objet d'aucune évaluation ressemble bien à de la "poudre aux yeux". Pour le reste (mercantilisme ou modernisme), procès d'intention.

Pourquoi ne pas plutôt considérer que la pratique des langues anciennes, en tant que langues, est et restera l’apanage d’un petit nombre, comme les études musicales par exemple ?

Nous y voilà. Les "Cahiers pédagogique", par la voix de Mme Castincaud, prônent donc un enseignement élitiste des langues anciennes.

Nous disputerons-nous, tels les professeurs de Monsieur Jourdain ou ceux du nouveau riche Jeannot chez Voltaire, pour décider qui est le plus utile, le plus fondamental, celui qui fonde tous les autres ?

Visiblement, pour Mme Castincaud, le débat n'a effectivement pas lieu d'être. On note le passage d'un enseignement enrichissant à un enseignement supposé "le plus utile"...

Après tout, en français, les élèves ne font-ils pas du latin sans le savoir ?

Les tribunes émouvantes publiées ici et là par des professeurs de Lettres classiques, mais aussi par d’autres, crient à l’assassinat de la pensée si on amoindrit la part des heures latin-grec, dans lesquelles, disent les auteurs, nos élèves «  forgent les armes intellectuelles des citoyens qu’ils seront demain   ».

Si tel est cet enseignement, il doit effectivement concerner tous les élèves : la "démocratisation", avec le statut d'option, les en a privés...

Alors, ne protestez-vous pas qu’heureusement cette propédeutique à une pensée adulte éclairée est aussi votre objectif, enseignants de toutes les autres disciplines y compris les documentalistes, professeurs principaux en heures de vie de classe, organisateurs de projets en tous genres, équipes mobilisées pour la semaine de la presse, CPE formateurs de délégués élèves, etc. ?

Finalement tout se vaut pour accéder à une "culture humaniste" : heure de cours, heure de "vie de classe"...

La réforme proposée n’est donc pas pour moi un tremblement de terre.

On l'a bien compris, d'autant que les "Cahiers" en sont les inspirateurs...

Reprenons cette visée de démocratisation du collège, urgente et vitale, que porte, même modestement, l’actuelle réforme.

La visée est surtout budgétaire : s'agissant des professeurs de lettres classiques, convertir les heures de grec ancien et de latin en heures de français (les lettres modernes et les lettres classiques encore davantage sont des discipline régulièrement déficitaire aux concours : 1 poste sur 5 en LM et 3 postes sur 5 en LC) permet de substantielles économies.

Œuvrons pour que, dans ce projet, des EPI intelligemment faits renouvèlent année après année la connaissance des langues et cultures de l’Antiquité ; ce ne sera pas commode, c’est vrai...

Surtout qu'on ne pourra y enseigner ni langue ni histoire : Mme Castincaud se garde bien de le rappeler...

...il y faudra de l’intelligence et de l’inventivité, mais nous serons heureux de toucher de nombreux élèves.

"toucher" est le terme qui résume tout de cette "démocratisation".

A ce compte la démocratisation du tennis pourrait ressembler à cela :

Attention : Spoiler ! [ Cliquer pour agrandir ]


Continuons, dans les 5 heures de l’enseignement complémentaire, à réfléchir à une didactique de la langue elle-même plus performante pour cultiver chez nos élèves le gout de la réflexion sur les mots, leur histoire, leurs voyages, sur les structures de langue et de pensée ;

Et ce que nous ne réussissions pas en 8h, de l'aveu de Mme Castincaud elle-même, nous y parviendrons en 5h (horaire plafond, rappelons-le !) !

Ajoutons cette incroyable séduction d'un "enseignement de complément" uniquement tourné vers la langue et donc archaïquement cloisonné : une bonne façon de "toucher" ceux qui pourraient éprouver des difficultés avec la langue !

...continuons à comparer les langues flexionnelles comme le latin, le turc ou le russe, que certains de nos élèves connaissent, ou les façons dont l’anglais, l’allemand et le latin, mais aussi l’arabe, traduisent l’appartenance ou la notion de temps.

Des comparaisons d'autant plus faciles que les élèves ne maîtrisent pas la langue !

Bref, et je vole ces mots à Mara Goyet, ( maragoyet.blog.lemonde.fr/2015/04/16/ref...s-nous-a-la-hauteur/ ), « en prenant la réforme au sérieux, (…) en se l’appropriant (puisqu’il y a un consensus pour dire que le collège tel qu’il est ne fonctionne pas), (…) en n’étant pas déprimé, désabusé d’avance, j’ose espérer qu’on pourrait parvenir à en faire quelque chose de bien. De vraiment bien  »

La discipline de Mara Goyet, l'histoire-géographie, est l'une des rares à ne pas être affectée par la réforme du collège...

Je serais curieux de savoir comment Mara Goyet, en tant que professeur d'histoire-géographie, compte participer à un EPI LCA puisque le programme de cycle 4 exclut l'antiquité.
Portrait de Quel commentaire !
Quel commentaire ! a répondu au sujet : #143 il y a 3 ans 3 mois
Bravo, pour cette ouverture en fanfare de l'article commenté ! Et tous les dieux du panthéon antiques savent que l'article originel était d'une tartufferie épouvantable : votre commentaire le démonte à l'os, et le résultat est digne d'un salon du XVIIIème siècle ! Merci pour ce bon moment d'esprit, où nous reprenons les nôtres !
Portrait de Delune
Delune a répondu au sujet : #147 il y a 3 ans 3 mois
Le titre de l'article de Madame Castincaud sentait l'arnaque à plein nez, annonçant toute la perfidie de son argumentaire bancal. Merci d'avoir pris le temps de la mettre en lumière, tombant ainsi l'un des masques de cette hypocrite coterie.