31 janvier 2018

Sur le blog "Télérama" de Lucie Martin, professeur de lettres classiques : "Enfin ! Le Ministre ressuscite les langues anciennes (mais restons prudents)"

Enfin ! Le Ministre ressuscite les langues anciennes (mais restons prudents)

 

Lucie Martin Publié le 30/01/2018.


L’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité facilité, des cours ouverts à tous et des heures en plus pour les donner… Paru au BO le 24 janvier dernier, ce tout nouveau, tout beau texte et son cortège de mesures ministérielles, est-il seulement applicable? Commentaire de texte officiel.

Un BO est né ! Un texte nous est donné ! Le Ministre est grand, rendons-lui grâce !

Eh oui, figurez-vous que, pas plus tard que mercredi dernier, un texte officiel est paru sur la « Mise en œuvre de l’enseignement facultatif de langues et cultures de l’Antiquité ». Enfin ! Enfin un texte officiel ! Enfin l’enseignement des langues anciennes ne pourra plus être malmené, enfin un cadre officiel, un texte à opposer aux chefs d’établissement malveillants (si, il y en a qui se servent des langues anciennes comme variable d’ajustement de leurs moyens, ce sont les mêmes qui font faire du latin à leurs propres enfants dans l’établissement bourgeois d’à côté). Enfin des lois, des obligations, des règles à suivre et des limites à ne pas dépasser.

Peut-être n’aura-t-il pas échappé à certains de mes fidèles lecteurs (je n’en reviens d’ailleurs pas d’avoir des fidèles lecteurs…) que cet article est en avance. Je ne publie que tous les quinze jours, cette année, donc personne, et surtout pas moi, ne s’attendait à ce que je poste cet article cette semaine. Je ne peux cependant attendre plus longtemps pour vous faire partager ma joie, ma liesse, mon euphorie.

Laissez-moi vous guider dans les méandres du bulletin officiel du 24 janvier dernier, que je vais me faire un plaisir de vous commenter au fur et à mesure.

Texte adressé aux rectrices et recteurs d’académie ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie-directrices et directeurs académiques des services de l’Education nationale ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie-inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux ; au directeur du Centre national d’enseignement à distance ; au directeur de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger ; au directeur général de la Mission laïque française ; aux chefs d’établissements publics et privés sous contrat ; aux professeurs des établissements publics et privés sous contrat.

Tiens, c’est étrange. Quand j’y pense, mon inspectrice de lettres classiques ne m’a absolument pas fait suivre ce texte pourtant crucial… à bien y réfléchir, cela fait un certain temps qu’elle n’envoie plus grand-chose…

Mon chef d’établissement ? Vendredi, il semblait ignorer l’existence de ce texte.

Comment en ai-je eu connaissance ? Comme d’habitude, par les réseaux sociaux où certains collègues partagent leurs trouvailles. Merci à eux pour leur vigilance (et non au ministère, ou à mon inspectrice, ou à tous ceux cités plus haut pour rien).

A l’heure où assurer aux élèves français une meilleure acquisition de la langue devient un enjeu majeur et prioritaire au regard de leurs résultats aux évaluations internationales,

Ah ! Alors le niveau baisse vraiment, cette fois ? Ou est-ce toujours un discours de vieux réacs tels que moi ?

l’enseignement facultatif de langues et cultures de l’Antiquité (LCA) peut apporter un soutien précieux à cette maîtrise des savoirs fondamentaux de la langue française. Par ailleurs, l’appréhension d’une culture générale humaniste participe de l’émancipation des élèves, notamment de ceux dont les acquis culturels sont les plus fragiles.

Un humaniste sévirait-il désormais au ministère ?! Je n’ose y croire.

La présente circulaire a pour objet de rappeler l’importance des langues et cultures de l’Antiquité en collège et en lycée et d’en préciser les conditions d’enseignement, conformément aux dispositions du code de l’éducation et de la réglementation en vigueur.

Merci aussi de ce petit rappel, fort salutaire après le tsunami démagogique de la réforme de l’an dernier et ses salves destructrices contre les langues anciennes.

1. Les modifications récentes des dispositions réglementaires
Au collège :

L’arrêté du 19 mai 2015 modifié relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège établit les dispositions suivantes :

- un enseignement facultatif de langues et cultures de l’Antiquité est créé indépendamment de tout lien avec les enseignements pratiques interdisciplinaires ;

Enfin ! Terminés, les mensonges à grands coups de « vous n’avez pas le droit de proposer du latin si vous ne faites pas quatre EPI cultures de l’Antiquité à côté ! Construisez un amphithéâtre en carton ! Enseignez les formules magiques de Harry Potter ! ». Je caricature, à peine.

- les quotités horaires de cet enseignement s’inscrivent dans la limite d’une heure hebdomadaire en classe de cinquième et de trois heures hebdomadaires pour les classes de quatrième et de troisième ;

Aïe. Une heure en cinquième, comme l’an dernier, comme cette année. C’est peu, bien trop peu, je l’ai déjà dit.

Mais nous récupérons trois heures (au lieu de deux) en quatrième et troisième, voilà qui est un progrès.
Mais…

- Madame Martin ?

- Oui, monsieur le Principal ?

- Je ne peux pas remettre trois heures… Je ne les ai pas. Dans la dotation, ces heures, je ne les ai pas. A moins de supprimer les demi-groupes de soutien en français et mathématiques.

- Mais… enfin… c’est marqué là… les élèves doivent récupérer une heure en quatrième et une heure en troisième !

- (Soupir) Allons… madame Martin…

- ces horaires sont prélevés dans la dotation horaire supplémentaire de trois heures par semaine et par division attribuée à l’établissement ; le cas échéant, une dotation horaire spécifique peut être attribuée à cette fin ;

- Ah ! vous voyez monsieur le Principal, Il faut les demander à la Direction académique, ces heures ! Il y a un texte ! Ils sont obligés de nous les donner en plus !

- Franchement, vous vous faites du mal. Vous savez très bien qu’ils refuseront. Qu’ils nous diront de nous débrouiller avec nos heures. Ils l’ont déjà fait.

- Mais nous devons ces heures à nos élèves ! Maintenant il y a un texte ! Un BO même !

(Le principal soupire et regarde sa montre.)

- un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) LCA peut être proposé sur tous les niveaux de classe du collège ; un EPI LCA peut donc être proposé à tous les élèves de classe de sixième et, comme précédemment, aux autres élèves du collège.

D’accord, nous pouvons encore faire des EPI et construire des Colisées en carton, merci.

Au lycée général et technologique, les textes entrés en vigueur en 2010 et 2015 n’ont pas été modifiés.


2. Choix de l’enseignement facultatif de LCA

L’enseignement facultatif de LCA tire sa richesse de l’étude de la langue et de la culture antiques, ainsi que de la confrontation des langues ; il est fondamentalement interdisciplinaire et peut ainsi développer les connaissances et la culture de tous les élèves et les amener à construire des compétences diverses. Aussi doit-il être résolument ouvert à tous.
2.1 Information des élèves

Les élèves doivent pouvoir choisir l’enseignement facultatif de LCA en ayant été pleinement informés avant l’année où ils débutent l’étude du latin et/ou du grec : on favorise donc toute démarche de ce type conduite avant les conseils de classes du troisième trimestre de classe de sixième et la période d’inscription en classe de cinquième (pour le latin) ou les conseils de classes du troisième trimestre de quatrième (pour le grec). En amont, un document sera diffusé auprès des familles ; il mentionne explicitement la possibilité de choix de l’enseignement facultatif de LCA par tous les élèves, sans considération de leur niveau scolaire dans les autres disciplines.

Parce que le ministère pense que nous avions abandonné ? Que nous avions cessé de passer inlassablement dans les classes pour présenter l’option aux élèves potentiels ? De distribuer des tracts et des courriers aux portes ouvertes ? Que nenni, bien au contraire. Je peux vous dire que « explicites » nous étions, et « explicites » nous resterons.

2.2 Un enseignement accessible à tous

Au titre de l’enrichissement qu’apportent les LCA à toute étude des langues, notamment celle de la langue française, l’accès à cet enseignement ne saurait être refusé à des élèves volontaires en tirant argument de leurs résultats scolaires, de leur comportement ou d’éventuelles difficultés entravant leurs apprentissages, quelles qu’elles soient. Aucune procédure de sélection ou de tirage au sort ne saurait être envisagée : les LCA doivent pouvoir bénéficier à tous les élèves intéressés.

Mais les professeurs de lettres classiques se tuent à le dire depuis des lustres ! Les options sont ouvertes à tous ! Non, nous ne sélectionnons pas ! La sélection, quand elle existe, vient surtout des parents et de la reproduction d’un système. Mais elle ne vient pas des enseignants, ou en tout cas d’aucun que j’ai connu, fort heureusement, je pense que j’en serais venue aux mains.

Il m’est arrivé, très exceptionnellement (deux cas me reviennent en mémoire) de déconseiller l’option à un élève de sixième en difficulté scolaire. Mais cela n’a été qu’un conseil, et je ne me suis absolument pas opposée à la volonté des familles ou des élèves qui ont persisté dans leur demande. D’ailleurs dans les deux cas j’ai eu tort, et les élèves en question ont eu des résultats très honorables en latin et étaient ravis d’en faire. Cela m’a servi de leçon.

L’emploi du temps des élèves doit permettre le plein déploiement de l’enseignement facultatif :

- au collège, on veille à offrir la possibilité de choisir l’enseignement facultatif LCA aux élèves qui sont en classe bilangue ou qui suivent un enseignement facultatif de langues et cultures européennes ; on ménage également la possibilité d’étudier le latin et le grec à quelque niveau que ce soit ;

Sincèrement, c’est un bonheur immense de lire cela après les années de disette que nous avons endurées. C’en est fini, fini, des choix cornéliens des familles entre latin et classe européenne, entre grec et bilangue ! Ils peuvent TOUT faire ! J’espère que vous avez noté la petite mais cruciale conjonction de coordination en gras : « la possibilité d’étudier le latin et le grec ».

Je me demande si je ne préfère pas ce texte aux Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar, tenez. Le plaisir de lecture est comparable.

- au lycée général et technologique, on rend possible la poursuite conjointe de l’étude d’une LV3 et d’un enseignement facultatif en LCA ainsi que de la participation à une section européenne et à un enseignement facultatif en LCA.

Et paf ! C’en est fini vous dis-je ! Je ne croiserai plus mes anciens troisièmes latinistes qui, un peu honteux, m’annonceront qu’ils ont dû abandonner l’option au lycée parce que « non, ils nous ont dit que c’était impossible… C’était l’Abibac allemand ou le latin, mais ce n’était pas compatible… Je suis désolé hein, j’aurais bien voulu moi… »

Fini ! Je vais envoyer ce texte à tous les proviseurs de la région ! Bulletin officiel, et tout et tout ! Finies, les entourloupes !

De toute façon, avec les filières qui disparaissent, les dominantes, les options, les cours semestriels, le nouveau bac… Caser le latin n’est qu’une goutte d’eau dans les soucis d’emploi du temps qui les attendent, alors ils peuvent bien faire un effort, non ?

L’enseignement facultatif de LCA ne doit pas, dans la mesure du possible, être positionné systématiquement en début ou fin de journée, ni pendant la pause méridienne : son attractivité pourrait être remise en cause alors même que des efforts sont accomplis pour son développement.

Je pense imprimer ce texte sur papier vélin, l’encadrer et l’afficher au-dessus de mon lit. Peut-être avec une photo de Jean-Michel Blanquer.

Mes petits élèves de latin ne seront plus les seuls à finir à dix-sept heures, ou à commencer avant tous leurs camarades le matin. Ou à subir une pause de déjeuner réduite quand leurs petits amis ont deux heures pour jouer au football dans la cour.

Eh bien non, ils n’auront qu’à aller en permanence, les autres ! Les heures de latin ne seront plus synonymes de contrainte dans l’emploi du temps ! Je suis enchantée, la bonne volonté de mes élèves sera récompensée !
Mais…

- Madame Martin ? Mais concrètement… pour les emplois du temps justement… vous savez qu’il y a peu de place en salle de permanence… qu’au moindre professeur absent, elle est réquisitionnée. Comment voulez-vous que nous puissions la bloquer avec les élèves non latinistes pendant vos cours…

- Ce n’est pas mon problème. Je m’en moque. J’ai un texte. Il est beau, il est tout neuf, c’est un bulletin officiel. Na.

Avant toute décision de restreindre l’offre en matière de LCA, les établissements saisiront l’inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional de lettres en charge de l’enseignement des LCA.

Vu que les inspecteurs de lettres classiques sont pour la plupart aux abonnés absents depuis la dernière réforme et ne nous sont, pour beaucoup, d’aucune aide face à l’adversité, là, je rigole.

L’enseignement de LCA peut intéresser un grand nombre d’élèves : afin que ces derniers soient accueillis dans les meilleures conditions, le seuil de déclenchement pour la création d’un nouveau groupe d’élèves du même niveau est fixé à trente élèves. Par exemple, un effectif de trente-quatre élèves en classe de cinquième conduit à la constitution de deux groupes de dix-sept élèves ou de toute autre répartition contrainte par l’organisation des classes.

Fini les classes de latin à trente-trois élèves ! Le principal est obligé de dédoubler ! Obligé !

- Mais madame Martin, c’est toujours la même chose, les heures, je ne les ai pas, on nous les refuse, et…

- Obligé, vous dis-je ! o-bli-gé ! Dura lex, sed lex !

Les élèves intéressés par l’enseignement facultatif de LCA et leur famille prennent l’engagement de suivre cet enseignement sur toute la durée du cycle à partir de leur intégration (celle-ci pouvant intervenir à tout moment du cycle).

Ce texte est délicieux.

Après les méchants chefs d’établissement, au tour des méchants parents.

Terminé, le consumérisme. Terminé, le petit mot lapidaire dans le carnet  : « Mon fils arrête le latin. Vu avec le chef d’établissement. Cordialement. »

Ils s’engagent pour tout le cycle. L’élève veut commencer en cinquième ? Parfait, bienvenu. Mais il sera prévenu qu’il s’engage pour trois ans et que, dans la vie, il faut respecter ses engagements (ou bien s’engager en politique, évidemment).

C’est cela aussi, l’éducation. On n’abandonne pas le navire comme un rat parce que la troisième déclinaison, on ne l’aime pas (je ne l’aime pas non plus, mais c’est comme ça).

- Madame Martin, vous avez bien vu qu’ils peuvent aussi commencer quand ils veulent ? « A partir de leur intégration (celle-ci pouvant intervenir à tout moment du cycle). »

- Hein ? Mais je fais comment, moi ? Si un élève choisit de commencer en troisième ? Je dois tout lui expliquer alors que les autres pratiquent depuis deux ans ? Et s’il vient juste parce qu’un voyage en Italie a lieu cette année-là ? Mais c’est injuste !

- Dura lex sed lex, madame Martin… Dura lex sed lex…

3. Horaires de l’enseignement facultatif de LCA
3.1 Rappel des horaires réglementaires

Au collège, les langues et cultures de l’Antiquité sont enseignées au cycle 4, dans la limite d’une heure hebdomadaire en classe de cinquième et de trois heures hebdomadaires pour les classes de quatrième et de troisième (article 7 de l’arrêté du 19 mai 2015 modifié).

Dans la limite ? C’est donc le maximum ? Et le minimum, c’est quoi ? Pourquoi ne mentionnent-ils pas un minimum ? Pourquoi le ministère fixe-t-il un maximum de latin ou de grec, et pas de minimum ?

- Mais c’est ce que j’essaye de vous dire, madame Martin. Ils ont édité un beau texte, au BO, mais ils n’ont pas donné les moyens de le mettre en œuvre. Ils ne les donneront pas. Sciemment. Vous savez pourtant comme cela fonctionne, vous…

- Je ne vous écoute pas, monsieur le Principal. Je mets les mains sur mes oreilles et je chante des cantiques. Très fort. Et très faux. Et je m’en moque, j’ai mon BO.

Au lycée, pour les classes de seconde générale et technologique, l’enseignement facultatif de latin ou de grec est de 3 heures. Pour le cycle terminal (classes de première et terminale), l’horaire de l’enseignement de LCA est également de 3 heures.

Ces horaires constituent un cadre national destiné à garantir les apprentissages des élèves.

Les textes réglementaires ne fixent aucun nombre minimal d’élèves pour ouvrir l’option de l’enseignement de LCA. Des regroupements de deux niveaux peuvent être effectués, notamment en cas d’effectifs très réduits. La constitution de groupes de trois niveaux ne saurait être qu’exceptionnelle car, les programmes d’enseignement étant distincts, la définition de dénominateurs communs qui permettraient de coordonner les apprentissages deviendrait délicate.

La décision de regrouper des niveaux différents ne saurait s’accompagner d’une réduction de la quotité horaire.

Dans le cas des Rep et Rep+, où l’enseignement des LCA a toute sa place et voit son utilité reconnue, des dispositions particulières peuvent justifier la constitution de groupes réduits.

Terminées aussi, les prises de décision partiales de certains chefs d’établissement :

- Dix-huit élèves inscrits ? Tant pis, il n’y aura pas d’option grec ancien.

- Mais… c’est quand même un groupe dix-huit ! Ce n’est pas rien !

- Non. A vingt, je vous aurais dit d’accord, mais là non.

- Pourquoi vingt et pas dix-huit ?

- Parce que je l’ai décidé.

Si, je l’ai déjà vécu jadis, je l’ai subi, et mes élèves aussi.

Dorénavant, quel que soit l’effectif, on ouvre l’option. Cette option est un droit pour les élèves, un point c’est tout. Par contre, deux niveaux peuvent être regroupés dans un même groupe. Tant pis, il faudra jongler, nous y sommes habitués. Jongler est toujours tellement préférable à ne pas enseigner.

3.2 Aménagements et articulations

Au collège, il est possible, par une interprétation extensive de l’article 9 de l’arrêté du 19 mai 2015 modifié, de moduler les horaires d’enseignement du latin (soit 7 heures) sur l’ensemble du cycle, afin de les adapter aux projets des professeurs (par exemple, 2 heures en classe de cinquième, 3 heures en classe de quatrième, 2 heures en classe de troisième) ; cette initiative doit être conduite en concertation avec le chef d’établissement et le conseil pédagogique. On peut procéder de même pour ce qui concerne l’enseignement du grec, en proposant, par exemple, un enseignement anticipé en classe de quatrième.

- Alors monsieur le Principal… j’ai bien réfléchi et je voudrais un groupe de deux heures de latin en cinquième, un de deux heures en quatrième et un de trois heures en troisième. Pour le grec, un groupe en quatrième et un groupe en troisième me satisferont grandement.

- Mais bien sûr madame Martin. Laissez-moi deux minutes pour supprimer les groupes d’aide en français à tous les niveaux et je suis à vous.

- Vous faites du mauvais esprit, là.

- Non, j’applique les textes.

- C’est injuste.

- L’Education nationale est injuste, madame Martin. Vous devriez prendre un mojito.

Au collège, les LCA, intrinsèquement interdisciplinaires, peuvent favoriser une articulation efficace entre EPI et enseignement facultatif de LCA : autant que possible, il convient de faire de l’EPI une première possibilité offerte à tous les élèves d’aborder les langues et les cultures antiques et ainsi de choisir en connaissance de cause de suivre un enseignement facultatif.

L’assouplissement des modalités d’enseignement au collège (arrêté du 19 mai 2015 modifié) permet aux établissements de proposer un EPI LCA en classe de sixième. Certains établissements ont aussi expérimenté avec succès l’articulation d’un EPI proposé en classe de cinquième et la mise en œuvre de l’enseignement facultatif : tous les élèves du niveau ont ainsi pu découvrir par l’EPI le latin et/ou le grec ainsi que les démarches pédagogiques pratiquées au cœur des LCA (notamment la dynamique de projet). Cette initiative est particulièrement efficace pour lever l’autocensure de certains élèves qui estiment, à tort, que les LCA « ne sont pas pour eux ».

Non, merci. Je sais expliquer que le latin est ouvert et intéressant pour tous sans avoir à faire faire des maquettes de Colisée à tous les sixièmes.

Au lycée également, il s’agit d’encourager l’ouverture de cet enseignement facultatif à tous les élèves qui manifesteraient leur intérêt : ainsi il est possible d’accueillir des grands débutants en latin ou en grec au sein d’une option LCA ou d’en créer une pour ce public.
4. Prise en charge et gestion de l’enseignement facultatif de LCA
4.1 Prise en charge par l’enseignant

Conformément aux textes en vigueur, le chef d’établissement confie les heures d’enseignement de LCA aux enseignants de lettres classiques qui ont tous reçu la formation nécessaire pour dispenser l’enseignement du français, du latin et du grec.

Si l’établissement ne dispose pas d’enseignant de lettres classiques, ces heures peuvent être confiées à un enseignant de lettres modernes, dans la mesure où il a suivi une formation dûment validée dans la/les langue(s) ancienne(s) qu’il doit enseigner et où cette prise en charge a reçu l’accord de l’inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional de lettres en charge de l’enseignement de LCA.

Une certification complémentaire en LCA sera proposée en 2018-2019 aux professeurs de lettres modernes, d’histoire-géographie, de langues vivantes et de philosophie intéressés par la prise en charge de cet enseignement. A l’avenir, seuls les professeurs d’une autre discipline que les lettres classiques ayant été admis à cette certification complémentaire pourront assurer les enseignements de latin et/ou de grec.   

Bref, tout le monde peut plus ou moins enseigner les langues anciennes, comme maintenant. Ce texte ne sonne hélas pas le glas des appels à l’aide sur les forums du jeune collègue remplaçant de lettres modernes qui n’a plus fait de latin depuis son propre collège et à qui on vient d’imposer un groupe de troisièmes latinistes. « Si vous refusez, vous compléterez vos heures ailleurs et ces élèves n’auront pas de latin à cause de vous. Pensez-y. C’est dommage… »

Une petite voix me glisse également avec ironie que si une simple certification suffit à enseigner les lettres classiques, après tout, pourquoi ne pas supprimer totalement le Capes ? Hein ? Après tout, le latin, c’est seulement « rosa rosa rosam », non ?

4.2 Ressources et formation

Tous les enseignants chargés de cet enseignement de LCA, quelle que soit leur formation initiale, peuvent consulter les ressources mises à leur disposition sur les pages Eduscol dédiées aux langues et cultures de l’Antiquité et accessibles à l’adresse http://eduscol.education.fr. Ces ressources illustrent en particulier les démarches pédagogiques innovantes les plus intéressantes pour ce qui concerne l’enseignement des LCA et les orientations les plus récentes pour renforcer la conscience linguistique des élèves (fiches « Lexique et culture »).

Par ailleurs, les enseignants chargés de l’enseignement du latin ou du grec sont attentifs aux actions de formation des plans académiques dédiées à ces enseignements ou aux ressources numériques qui leur sont destinées. Les personnels d’encadrement (inspecteurs pédagogiques régionaux, chefs d’établissement…) veillent à les conseiller et les encourager dans cette démarche de développement de leur formation spécifique.

Je remercie ici les nombreux collègues de lettres classiques qui partagent en effet fort généreusement leurs cours, que ce soit sur les sites officiels, mais surtout les forums, les réseaux sociaux… Internet est en effet une mine d’or de documents, d’échanges et de soutiens pour une spécialité qui en a bien besoin.

Par contre, les inspecteurs et les chefs d’établissement n’y sont souvent pour rien. Si ces généreux collègues humanistes ET geeks avaient attendu les « conseils » et les « encouragements » de la hiérarchie, nous n’en serions pas bien loin. « Rosa rosa rosam » serait enfin sur YouTube peut-être ?

4.3 Crédits pédagogiques, sorties et voyages d’étude

Comme les autres enseignements, les LCA doivent disposer, pour l’achat de matériel pédagogique, d’un crédit pédagogique distinct de celui de la discipline « français ».

Les sorties et voyages pédagogiques organisés dans le cadre de l’enseignement facultatif de LCA constituent une ouverture culturelle bénéfique, aussi doivent-ils être considérés au même titre que les voyages linguistiques et encouragés par les directions des établissements.

Pour le ministre de l’Education nationale et par délégation
Le directeur général de l’enseignement scolaire
Jean-Marc Huart

Je ne connais pas ce monsieur Huart. J’ignore s’il n’est que signataire de ce texte ou s’il a participé à sa rédaction.

J’ai renoncé à accrocher ce BO au-dessus de mon lit (le père de mes enfants s’y était de plus farouchement opposé). L’impression qui s’en dégage finalement est qu’on nous livre sur un plateau d’argent un texte magnifique… mais volontairement inapplicable. On me dit que c’est souvent le cas, en ce qui concerne les textes de loi.

Les moyens horaires ? Nous ne les aurons pas.

Un élève voudra arrêter le latin en cours de cycle ? De guerre lasse contre les parents, le principal acceptera.

Etc.

Ce texte de loi m’était apparu, lors de mon euphorique première lecture, comme le refus de voir disparaître l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité dans le secondaire. Mais, comme l’écrivait le cardinal de Retz : « Faire une loi et ne pas la faire exécuter, c’est autoriser la chose qu’on veut défendre. »