15 janvier 2017

Sur le blog "Thot" : "Un débat à en perdre son latin" par Alexandre Roberge.

Un débat à en perdre son latin

Les francophones, les hispanophones et les lusophones ont un héritage italien qu’ils ignorent, la plupart du temps. Il s’agit de cette langue héritée de l'empire romain, le latin. La version vulgaire, entre autres, a mené à la création des langues romanes dont le français. Conséquemment, bien que le latin soit très peu employé de nos jours, l’apprentissage de cette langue a, surtout en Europe, fait partie intégrante du cours dit classique.

Or, l’enseignement évolue avec le temps. D’autres affirmeraient qu’il régresse. La réforme du collège de 2016 de la ministre Najat Vallaud-Belkacem a mené à des changements radicaux qui devaient, en principe, améliorer l’enseignement du latin. Désormais, il fait partie d’un programme mis en place dès le cycle 3 appelé LCA (« Langues et Cultures de l’Antiquité ») qui intègre des bases de latin et de grec. Sauf que pour les enseignants de langue ancienne, ça ne passe pas.

Le site «Arrête ton char», spécialisé dans l’enseignement des langues anciennes, a publié une étude faite sur le terrain des différents collèges pour voir comment cela se passait. En voyant les chiffres on constate que la volonté de « Latin pour tous » n’y est pas. Certains élèves auront droit à beaucoup de temps, alors que d’autres presque pas. Pour des professeurs, les élèves verront au mieux les dimensions culturelles des langages sans réellement s’y mettre. Des enseignants témoignent d’ailleurs de ces coupures qui mènent, selon le site Arrête ton char, à un démantèlement de l’enseignement du latin.

La lubie du latin

Mais n’est-ce pas beaucoup de colère pour rien? La question se pose. Déjà, toute tentative pour remettre plus de latin n’améliorerait pas grand-chose, selon l’historien Paul Veyne, puisqu’il faudrait faire grimper ce chiffre à 20 heures par semaine. En effet, à l’époque des Jésuites, il s'agissait du temps alloué à l’apprentissage de cette langue, permettant aux apprenants de décoder facilement des œuvres. Une quantité de temps impossible à offrir dans le cursus. Dans son esprit, les initier à des textes classiques serait déjà un pas dans la bonne direction et l’instauration d’une grande école de langues anciennes serait plus constructive que de se battre pour plus de temps d'enseignement.

Ils sont nombreux à dire que le latin serait bénéfique pour l’apprentissage de langues vivantes comme l’espagnol ou d’autres. D’ailleurs, le protoroman montrerait cette connexion. Or, des chercheurs ont analysé les « super-bienfaits » du latin et se sont rendu compte que… non, il n’y avait pas plus de vertus d’apprendre cette langue au profit d'une langue vivante. Toutefois, les conclusions ne mènent pas non plus à dire que le latin nuit.

Enfin, certains sont plus directs et demandent à quoi cela sert-il d’assimiler une langue morte dans une économie qui cherche surtout des individus ayant des compétences numériques, de leadership, d’administration, etc.?

Une langue aux multiples vertus

Et voilà qce ui fait bondir les professeurs de langue ancienne. Donc, l’école ne serait qu’un tremplin professionnel? À ce compte-là, effectivement, le latin et le grec en servent à rien. Or, dans une vision moins utilitariste de l’éducation, ces apprentissages apportent beaucoup aux élèves. Il participe à une élévation de l’esprit et oblige une rigueur, parfois décourageante, mais qui vaut la peine. Ils acquièrent un sens de l’analyse et de la déduction, l’art de la synthèse et un sens de la beauté qui peuvent servir dans plus qu’une matière scolaire. Et puis, même la notion utilitaire est servie puisque l’apprentissage de ces langues est, pour certains, un atout pour une mention au bac.

Alors, la question se pose : la France peut-elle s’inspirer d’autres pays pour l’enseignement du latin? Les Pays-Bas et leurs gymnasiums plutôt populaires offrant un cours classique ont de quoi faire des envieux, non?

Pas vraiment. La hausse de fréquentation est surtout liée au fait que leur haute réputation assure une certaine homogénéité au niveau des élèves dans un pays ayant de nombreuses tensions interculturelles. Et l’enseignement des langages anciens n’y est pas si extraordinaire. Les jeunes néerlandais réussissent difficilement les épreuves. La plupart sont incapables de traduire un texte simple de 120 mots en 90 minutes et avec l’aide d’un dictionnaire.

L’enseignement serait donc mis en cause et certains sont en train de changer cette approche. Pour eux, il faut arrêter d’enseigner la décomposition en composantes grammaticales du latin et avoir une méthode qui ressemble aux langues vivantes. Ainsi, le tout devient plus actif et clair puisque l’apprenant entend, lit, écrit et même parle le latin.

Adopter une méthode plus moderne

Dans cette lignée, cet enseignant, Nathan Freeman, ne converse qu’en latin dans ses cours avec ses élèves, y compris avec les débutants. Son approche est intéressante et plus efficace. L'enseigmement traditionnellement adopté demande des années d’étude afin de maîtriser le langage. Le professeur américain affirme que ses apprenants peuvent en 5 ou 6 semaines de cours intensif lire des textes classiques. Et ce, sans avoir besoin de dictionnaire, seulement d’éditions illustrées permettant de comprendre le sens des mots. Ils parlent même en latin entre eux. Un peu comme ce cercle parisien dont les membres communiquent quotidiennement en usant de cette langue du matin jusqu’au soir.

Le latin n’est donc pas ce langage exclusif aux mieux nantis et ceux qui veulent se vanter d’avoir fait des études classiques. Il est la base d’un nombre important de langues encore parlées de ce jour et permet de comprendre comment pensaient et s’exprimaient les gens de l’Antiquité ou du Moyen-Âge.

À savoir maintenant si le système scolaire français et européen trouve encore pertinent de l'enseigner et si oui, s'il faut adopter une méthode plus classique ou une plus immersive.

 

Références

"Ces Français Qui Parlent Latin Du Soir Au Matin." Europe1. Dernière mise à jour : 8 février 2016. http://www.europe1.fr/societe/sur-internet-avec-leurs-enfants-devant-un-jeu-de-societe-ces-passionnes-parlent-latin-au-quotidien-2664769.

Dautresme, Isabelle, and Laura Taillandier. "Collège : Mais Où Sont Passés Le Latin Et Le Grec ?" L'Etudiant. Dernière mise à jour : 21 septembre 2016. http://www.letudiant.fr/college/la-reforme-du-college-signe-t-elle-vraiment-la-mort-du-latin-et-du-grec-vers-la-fin-du-latin-et-du-grec-au-college.html.

Delord, Robert. "ENQUÊTE : Réforme Du Collège Et LCA, Après Les Effets D’annonce, La Réalité Du Terrain." Arrête Ton Char. Dernière mise à jour : 16 septembre 2016. http://www.arretetonchar.fr/grandeenqueteverbaadacta/.

Fiolet, Mathieu. "Le Latin Et Le Grec Seraient "un Atout Pour Obtenir Une Mention Au Bac"." L'Echo Républicain. Dernière mise à jour: 30 août 2016. http://www.lechorepublicain.fr/chateaudun/education/2016/08/30/le-latin-et-le-grec-seraient-un-atout-pour-obtenir-une-mention-au-bac_12050722.html.

Guiral, Charles. "Plaisir Et Contrainte : Pourquoi Il Faut étudier Le Latin Et Le Grec." Le Nouveau Cénacle. Dernière mise à jour : 6 avril 2016. http://lenouveaucenacle.fr/plaisir-et-contrainte-pourquoi-il-faut-etudier-le-latin-et-le-grec.

Inchauspé, Irène. "Option Latin : Beaucoup De Bruit Pour Rien." L'Opinion. Dernière mise à jour : 31 mars 2015. http://www.lopinion.fr/edition/politique/option-latin-beaucoup-bruit-rien-22846.

Inchauspé, Irène. "Polémique Sur Le Latin : Et Si La France Créait Une Grande école Des Langues Anciennes." L'Opinion. Dernière mise à jou r: 4 août 2016. http://www.lopinion.fr/edition/politique/polemique-latin-si-france-creait-grande-ecole-langues-anciennes-107295.

Macaire, Dominique. "Dis, Ils Parlaient Quelle Langue Nos Ancêtres?" Slate.fr. Dernière mise à jour : 24 décembre 2016. http://www.slate.fr/story/132557/langue-ancetres-asterix-latin.

Pidoux, Aude. "Langues: Même à La Récré, Ils Parlent Latin." Echo Magazine. Dernière mise à jour : 8 juin 2016. http://www.echomagazine.ch/archives/articles-2016/25-a-la-une/1101-langues-meme-a-la-recre-ils-parlent-latin.

"QUE PENSER DE L'ABANDON DU LATIN ET DU GREC." Génération Montmerle. Denière mise à jour : 25 janvier 2016. http://generationmontmerle.over-blog.com/2016/01/que-penser-de-l-abandon-du-latin-et-du-grec.html.

Soyez, Fabien. "La Réforme Du Collège a « démantelé L’enseignement Des Langues Anciennes » (Arrête Ton Char)." VousNousIls. Dernière mise à jour : 15 novembre 2016. http://www.vousnousils.fr/2016/11/15/la-reforme-du-college-a-demantele-lenseignement-des-langues-anciennes-arrete-ton-char-595969.

Soyez, Fabien. "Réforme Du Collège : « difficile D’apprendre Le Latin En 1h »." VousNousIls. Dernière mise à jour : 12 décembre 2016. http://www.vousnousils.fr/2016/12/12/reforme-du-college-nous-navons-pas-les-moyens-de-faire-vraiment-du-latin-dans-lepi-lca-597117.

Van Bommel, Bas. "L’herbe Est-elle Plus Verte Ailleurs ? L’enseignement Du Grec Et Du Latin Aux Pays-Bas." La Vie Des Classiques. Dernière mise à jour : 23 juin 2016. http://www.laviedesclassiques.fr/article/l%E2%80%99herbe-est-elle-plus-verte-ailleurs-l%E2%80%99enseignement-du-grec-et-du-latin-aux-pays-bas.



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #1272 il y a 1 mois 2 semaines

Or, des chercheurs ont analysé les « super-bienfaits » du latin et se sont rendu compte que… non, il n’y avait pas plus de vertus d’apprendre cette langue au profit d'une langue vivante.

L'étude en question a déjà été mentionnée ici : avenirlatingrec.fr/actualite/dans-les-me...p-de-bruit-pour-rien

Cette étude s'intéresse non pas au bénéfice du l'enseignement du latin mais au mérite comparé, pour les élèves allemands, du latin et du français pour ensuite apprendre l'espagnol… C'est dire si M. Roberge a bien travaillé son argumentaire à charge !

Alexandre Roberge écrit: Adopter une méthode plus moderne

Dans cette lignée, cet enseignant, Nathan Freeman, ne converse qu’en latin dans ses cours avec ses élèves, y compris avec les débutants. Son approche est intéressante et plus efficace. L'enseigmement traditionnellement adopté demande des années d’étude afin de maîtriser le langage. Le professeur américain affirme que ses apprenants peuvent en 5 ou 6 semaines de cours intensif lire des textes classiques. Et ce, sans avoir besoin de dictionnaire, seulement d’éditions illustrées permettant de comprendre le sens des mots. Ils parlent même en latin entre eux.

Une méthode moderne qui s'inspire donc du Moyen-âge,de l'aveu même de M. Freeman : "C’est ainsi qu’on enseignait le latin au Moyen Âge et à la Renaissance" (parlant au demeurant… d'étudiants et non d'élèves).

Méthode miraculeuse donc ("des textes classiques" " en 5 ou 6 semaines" et "sans dictionnaire"), que M. Roberge applaudit sans même la connaître ("Le professeur américain affirme que") et qu'il donne en exemple sans qu'on sache bien - à supposer que cette méthode soit vraiment miraculeuse - comment concrètement proposer "5 ou 6 semaines de cours intensif" dans le système éducatif français. Un détail sans doute.

Une rapide recherche montre que M. Freeman est le fondateur de Arx Veritatis, une école privée associée à la "Renovatio Christianitatis" (dont les séminaires s'adresse à des adultes et sont payants : 300$ la semaine, avec une importante réduction… pour les "religieux") et que l'enseignement immersif de M. Freeman inclut la lecture "de psaumes et autres prières", des discussions sur le lien avec Jésus-Christ et l'assistance à la messe traditionnelle en latin.

Résolument "moderne" en effet, M. Roberge !

juventutemmichigan.com/labor-day-intensi...n-immersion-program/
www.arxvacademia.com/what-we-do/

Pour connaître Alexandre Roberge, "gamer rédacteur" : www.knowtex.com/blog/alexandre-roberge-gamer-redacteur/