31 octobre 2015

Sur son blog Philippe Cibois : "De Kiloutou à Nike. L’effet de marque"

Extrait :

Conséquences pour l’enseignement

 

Les précédentes considérations ne sont pas anecdotiques mais ont des conséquences concrètes sur l’enseignement. Si, depuis les années 1950, le latin a été remplacé par les mathématiques comme filière menant aux formations d’élites, la culture classique gréco-latine est restée cependant une culture qui anoblit ce qu’elle touche, comme nous l’avons vu. De ce fait, comme la musique classique, elle est restée une option appréciée par beaucoup de familles avec cette différence que faire de la musique classique se fait à l’extérieur du système scolaire, ce qui n’est pas le cas du latin. Inversement, il y a ce que j’appelle un effet “Kiloutou”, c’est à dire un désir de refuser ce qui anoblit, ici parce que cela discrimine socialement.

Une toute récente Note d’Information du Ministère [2] conclut que le latin au collège est “un choix lié à l’origine sociale et au niveau scolaire des élèves en fin de sixième”. Si l’on prend les seules données disponibles, celles du Panel d’élèves suivi depuis 2007, on peut effectivement arriver à cette conclusion : elle ne diffère d’ailleurs pas beaucoup des résultats que j’avais publié sur ce carnet et qui concernaient les données du Panel de 1993.

Mais on ne peut pas s’en tenir à ces résultats et ignorer la dynamique culturelle qui sous-tend l’enseignement du latin. L’Antiquité est liée à une culture classique qui a encore un impact fort sur notre société : tous les enfants doivent être initiés à cette culture comme tous le sont à la culture littéraire ou à la culture scientifique. Dire que cela était déjà ouvert à tous dans le système de l’option actuelle en affirmant que tous, s’ils le voulaient, pouvaient la suivre n’est pas exact. Si un élément culturel est important, il doit être enseigné obligatoirement. Tous les enfants ont accès au Théorème de Pythagore, mais on ne leur demande pas s’ils le veulent.

L’avantage des EPI, c’est qu’ils seront présentés à tous. Pour la première fois, c’est l’ensemble de la classe d’âge qui va pouvoir découvrir l’Antiquité : il reste à s’en donner les moyens, c’est pour ma part ce à quoi je vais travailler dans mes prochains billets.



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #862 il y a 2 ans 1 mois

L’avantage des EPI, c’est qu’ils seront présentés à tous. Pour la première fois, c’est l’ensemble de la classe d’âge qui va pouvoir découvrir l’Antiquité

Et que font les élèves en histoire ou en français depuis des décennies ?

Les EPI "Langues et cultures de l'Antiquité" ne seront pas "présentés à tous" puisqu'ils ne sont qu'un des des huit thèmes obligatoires. Et quand bien même ils seront choisis dans un établissement, ou bien ils seront pratiqués à hauteur d'une heure ou une heure et demi pendant un an seulement, ou bien ils ne seront pratiqués que par une partie des élèves qui suivra l'option de complément (selon les propositions de la DGESCO).

Reste que dans tous les cas aucun enseignement linguistique des "Langues" n'est possible sur l'horaire de disciplines du tronc commun. Même l'enseignement historique ne sera pas possible puisque le programme d'histoire couvre l'Antiquité... au cycle 3 et non au cycle 4. Pas de langues et bien peu de civilisation. Reste un "saupoudrage", pour reprendre le terme de la ministre, par des professeurs non spécialistes.

Un beau simulacre de démocratisation.