2 juillet 2015

A lire dans la Vie moderne une étude de la récente étude du CNESCO sur la "ségrégation scolaire", dont une partie est relative aux options de langues anciennes : "Mixité impossible".

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Extrait :

Le latin et la ségrégation

Il faut supprimer les « options ségrégatives », demandait le président de la FCPE en 2014, à qui la réforme du collège 2016 a donné raison.

Il est vrai que l’étude du CNESCO souligne qu’en moyenne 43% des latinistes sont des « bons élèves » : comment s’en étonner puisqu’il s’agit d’une option s’ajoutant dans l’emploi du temps ? Mais l’étude oublie un biais important, du fait qu'elle détermine les « bons élèves »... à partir des résultats du brevet : or les latinistes peuvent améliorer leur résultat au brevet avec des points supplémentaires !

Il faut surtout conclure de ce chiffre que 57% des latinistes ne sont pas des « bons élèves » au sens de l’étude (a fortiori dans les établissements défavorisés où les « bons élèves » sont bien peu nombreux). Précisément, l’étude a fait l’impasse sur cet aspect décisif : combien de CSP+ et de « bons élèves » parmi les latinistes de l’éducation prioritaire ? Car on sait, même si l’étude du CNESCO ne l’indique pas, que 93% des établissements défavorisés proposent des options de langues anciennes.

Pour le reste, les chiffres fournis sont éclairants : seuls 19% des établissements « regroupent les latinistes dans le minimum de classes possible ». L’étude ne précise malheureusement pas à quels profils (statut, taille, composition sociale) correspondent ces établissements. Il n’y a donc pas, dans l’immense majorité des collèges, de « classes » latinistes, mais des groupes de latinistes sur plusieurs classes (avec par conséquent les contraintes d’alignement et d’horaires qui s’ensuivent) : dans ces conditions considérer que le latin participe de la « ségrégation » et de « l’entre-soi » scolaire n’a guère de sens.

Néanmoins Son Thierry Ly et Arnaud Riegert entretiennent l’ambiguïté, avec, par exemple, cette drôle de litote : « le regroupement des élèves ayant choisi ces options dans des classes dédiées est loin d’être systématique ». Ou, alors même qu’ils démontrent qu’elles n’existent pas, les deux auteurs continuent d’évoquer des « classes latinistes » et d’affirmer que la « ségrégation “active” est en partie le résultat de l’affectation des élèves à leurs classes en fonction de leurs options. ».

Les préjugés sur une option latin permettant de choisir sa classe ou son établissement ne sont démentis que mollement :

« Les langues vivantes et les options sont souvent vues, dans le débat public, comme des outils permettant de ségréger les classes. Elles seraient utilisées par les familles pour accéder aux «meilleures classes», et par les chefs d’établissement pour éviter la fuite des classes moyennes et supérieures vers les établissements concurrents, en particulier les établissements privés dans les quartiers populaires. »

L’Inspection générale, évoquant l’augmentation des effectifs latinistes de l’académie de Créteil ces dernières années, souligne les vraies motivations pour apprendre les langues anciennes :

« Dans ces établissements classés en ZEP, l’enseignement du latin et du grec est ainsi une des réponses possibles pour donner plus à des élèves qui sont de bonne volonté et ont le désir d’apprendre et de réussir, mais qui, trop souvent, disent les enseignants et les élèves eux-mêmes, sont laissés sur le chemin. Dans des collèges de zone défavorisée, des élèves évoquent la satisfaction qu’ils ont de pouvoir partager avec leurs parents, qui ne les ont pas connus, les apports culturels des enseignements de langues et cultures de l’Antiquité. »

Et si l'on proposait de garantir les options de langues anciennes à tous les élèves qui le demandent en éducation prioritaire, au lieu de les amputer et de précariser ?

Mais la présidente du CNESCO conclut dans le sens de la réforme du collège : « Il faut exiger de l’Éducation nationale que l’offre scolaire soit identique dans tous les établissements. C’est vraiment la condition première. »

Non : comme nous l’allons voir, ce n’est pas la première.