14 mai 2015

Pascal Caglar sur son blog de "L'Ecole des lettres" : "Les vrais enjeux de la réforme du collège"

Les vrais enjeux de la réforme du collège

Effarant ! La mobilisation désormais politique contre la réforme du collège, autour des langues anciennes et des classes bilangues, est selon nous une injure aux véritables enjeux éducatifs en France, une insulte aux sans voix, aux petits, aux classes populaires, aux élèves en difficulté, aux jeunes en voie de déscolarisation, à celles et ceux qui avaient de justes raisons d’espérer dans cette réforme du collège une nécessaire amélioration de leur condition d’accès à la réussite scolaire et qui voient cette même réforme confisquée, détournée, désaxée par le mécontentement des alliés traditionnels des milieux favorisés qui savent pousser leurs enfants vers les filières ou options discriminantes.

Effarant ! Comme si aujourd’hui l’immense population des collèges de France était concernée par les nouveaux dosages en discussion dans l’enseignement des langues anciennes ou la nouvelle répartition des heures de langues vivantes en débat de la 6e à la 3e. Comme si le sort de 15 % d’élèves inscrits en classes bilangues et celui de 20 % de latinistes exigeait un débat national, tandis que celui d’une majorité silencieuse devait laisser indifférent médias, politiques et spécialistes…

Aujourd’hui les minorités remises en question trouvent des porte-paroles éminents pour faire entendre leur attachement à des formes d’enseignement distinctif, mais quelles voix respectées pour venir aux côtés des plus nombreux, quelles voix autorisées pour dire publiquement : cette réforme n’en fait pas encore assez pour le plus grand nombre ?

Car la réforme du collège qui devait être l’occasion d’un débat sur les enjeux de l’enseignement de masse tourne aux luttes dérisoires de groupes privilégiés. Les élèves des classes bilangues, les élèves latinistes ne rencontreront probablement jamais de difficultés dans leur scolarité, or dans le même temps les chiffres des Journées Défense et Citoyenneté nous rappellent que 10 % des jeunes de 17 ans sont encore proches de l’illettrisme – chiffre qui monte dans l’Aisne jusqu’à 20 % de jeunes éprouvant des difficultés pour lire un texte, et plus encore en outre-mer !

Certes, revenir sur l’enseignement des langues anciennes ne changera rien aux difficultés du plus grand nombre, mais la polémique actuelle reste gênante en ce qu’elle occulte la discussion véritable des moyens mis en œuvre pour améliorer l’instruction et la formation des majorités d’aujourd’hui : enseignement de la langue, initiation à la littérature patrimoniale, quels progrès marque la réforme sur ces points ?

Qui pour s’étonner de l’immobilisme du Conseil supérieur des programmes ? Qui pour s’interroger sur les méthodes, sur la pertinence des parcours individualisés ? Qui pour militer pour un meilleur enseignement de la grammaire, pour une simplification des séquences, pour une diversification des parcours, pour des initiations plus précoces aux sciences et technologies d’aujourd’hui ? Qui pour développer toute forme de méritocratie ? Quelles associations, quels lobbys pour donner une voix à ceux qui subissent un système scolaire qui leur est en tout étranger ?

La France tient à son image de nation culturelle. Elle ne daigne débattre que lorsque des sujets nobles comme les langues anciennes sont remis en question. Mais ce qui honore aujourd’hui la France c’est de trouver des solutions à l’échec scolaire, à la démotivation, aux inégalités de toutes sortes, c’est de réduire l’écart entre une culture humaniste et une société de loisirs et de consommation.

C’est sur ce terrain qu’il serait bon de voir rivaliser de propositions intellectuels et politiques. Car rien n’est pire que l’immobilisme. Par un réflexe merveilleux il semble soudain à l’annonce de toute réforme nouvelle que la situation antérieure ait été préférable, qu’elle ait été satisfaisante. Si toute réforme change les habitudes, les pratiques et les enseignements, est-ce pour cet inconfort des transitions et des évolutions, qu’il faut renoncer à donner une chance aux alternatives pédagogiques (EPI) ?

Certes on peut toujours critiquer ce qui n’a pas encore eu lieu, mais il est plus juste de critiquer ce qui a eu lieu et montré ses insuffisances.

Pascal Caglar

 

Les vrais enjeux de la réforme du collège
Par Pascal Caglar, 14 mai 2015

Effarant ! La mobilisation désormais politique contre la réforme du collège, autour des langues anciennes et des classes bilangues, est selon nous une injure aux véritables enjeux éducatifs en France, une insulte aux sans voix, aux petits, aux classes populaires, aux élèves en difficulté, aux jeunes en voie de déscolarisation, à celles et ceux qui avaient de justes raisons d’espérer dans cette réforme du collège une nécessaire amélioration de leur condition d’accès à la réussite scolaire et qui voient cette même réforme confisquée, détournée, désaxée par le mécontentement des alliés traditionnels des milieux favorisés qui savent pousser leurs enfants vers les filières ou options discriminantes.

 

Effarant ! Comme si aujourd’hui l’immense population des collèges de France était concernée par les nouveaux dosages en discussion dans l’enseignement des langues anciennes ou la nouvelle répartition des heures de langues vivantes en débat de la 6e à la 3e. Comme si le sort de 15 % d’élèves inscrits en classes bilangues et celui de 20 % de latinistes exigeait un débat national, tandis que celui d’une majorité silencieuse devait laisser indifférent médias, politiques et spécialistes…

Aujourd’hui les minorités remises en question trouvent des porte-paroles éminents pour faire entendre leur attachement à des formes d’enseignement distinctif, mais quelles voix respectées pour venir aux côtés des plus nombreux, quelles voix autorisées pour dire publiquement : cette réforme n’en fait pas encore assez pour le plus grand nombre ?

Car la réforme du collège qui devait être l’occasion d’un débat sur les enjeux de l’enseignement de masse tourne aux luttes dérisoires de groupes privilégiés. Les élèves des classes bilangues, les élèves latinistes ne rencontreront probablement jamais de difficultés dans leur scolarité, or dans le même temps les chiffres des Journées Défense et Citoyenneté nous rappellent que 10 % des jeunes de 17 ans sont encore proches de l’illettrisme – chiffre qui monte dans l’Aisne jusqu’à 20 % de jeunes éprouvant des difficultés pour lire un texte, et plus encore en outre-mer !

Certes, revenir sur l’enseignement des langues anciennes ne changera rien aux difficultés du plus grand nombre, mais la polémique actuelle reste gênante en ce qu’elle occulte la discussion véritable des moyens mis en œuvre pour améliorer l’instruction et la formation des majorités d’aujourd’hui : enseignement de la langue, initiation à la littérature patrimoniale, quels progrès marque la réforme sur ces points ?

Qui pour s’étonner de l’immobilisme du Conseil supérieur des programmes ? Qui pour s’interroger sur les méthodes, sur la pertinence des parcours individualisés ? Qui pour militer pour un meilleur enseignement de la grammaire, pour une simplification des séquences, pour une diversification des parcours, pour des initiations plus précoces aux sciences et technologies d’aujourd’hui ? Qui pour développer toute forme de méritocratie ? Quelles associations, quels lobbys pour donner une voix à ceux qui subissent un système scolaire qui leur est en tout étranger ?

La France tient à son image de nation culturelle. Elle ne daigne débattre que lorsque des sujets nobles comme les langues anciennes sont remis en question. Mais ce qui honore aujourd’hui la France c’est de trouver des solutions à l’échec scolaire, à la démotivation, aux inégalités de toutes sortes, c’est de réduire l’écart entre une culture humaniste et une société de loisirs et de consommation.

C’est sur ce terrain qu’il serait bon de voir rivaliser de propositions intellectuels et politiques. Car rien n’est pire que l’immobilisme. Par un réflexe merveilleux il semble soudain à l’annonce de toute réforme nouvelle que la situation antérieure ait été préférable, qu’elle ait été satisfaisante. Si toute réforme change les habitudes, les pratiques et les enseignements, est-ce pour cet inconfort des transitions et des évolutions, qu’il faut renoncer à donner une chance aux alternatives pédagogiques (EPI) ?

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Certes on peut toujours critiquer ce qui n’a pas encore eu lieu, mais il est plus juste de critiquer ce qui a eu lieu et montré ses insuffisances.

Pascal Caglar

Effarant ! La mobilisation désormais politique contre la réforme du collège, autour des langues anciennes et des classes bilangues, est selon nous une injure aux véritables enjeux éducatifs en France, une insulte aux sans voix, aux petits, aux classes populaires, aux élèves en difficulté, aux jeunes en voie de déscolarisation, à celles et ceux qui avaient de justes raisons d’espérer dans cette réforme du collège une nécessaire amélioration de leur condition d’accès à la réussite scolaire et qui voient cette même réforme confisquée, détournée, désaxée par le mécontentement des alliés traditionnels des milieux favorisés qui savent pousser leurs enfants vers les filières ou options discriminantes.

 

 

Effarant ! Comme si aujourd’hui l’immense population des collèges de France était concernée par les nouveaux dosages en discussion dans l’enseignement des langues anciennes ou la nouvelle répartition des heures de langues vivantes en débat de la 6e à la 3e. Comme si le sort de 15 % d’élèves inscrits en classes bilangues et celui de 20 % de latinistes exigeait un débat national, tandis que celui d’une majorité silencieuse devait laisser indifférent médias, politiques et spécialistes…

Aujourd’hui les minorités remises en question trouvent des porte-paroles éminents pour faire entendre leur attachement à des formes d’enseignement distinctif, mais quelles voix respectées pour venir aux côtés des plus nombreux, quelles voix autorisées pour dire publiquement : cette réforme n’en fait pas encore assez pour le plus grand nombre ?

Car la réforme du collège qui devait être l’occasion d’un débat sur les enjeux de l’enseignement de masse tourne aux luttes dérisoires de groupes privilégiés. Les élèves des classes bilangues, les élèves latinistes ne rencontreront probablement jamais de difficultés dans leur scolarité, or dans le même temps les chiffres des Journées Défense et Citoyenneté nous rappellent que 10 % des jeunes de 17 ans sont encore proches de l’illettrisme – chiffre qui monte dans l’Aisne jusqu’à 20 % de jeunes éprouvant des difficultés pour lire un texte, et plus encore en outre-mer !

Certes, revenir sur l’enseignement des langues anciennes ne changera rien aux difficultés du plus grand nombre, mais la polémique actuelle reste gênante en ce qu’elle occulte la discussion véritable des moyens mis en œuvre pour améliorer l’instruction et la formation des majorités d’aujourd’hui : enseignement de la langue, initiation à la littérature patrimoniale, quels progrès marque la réforme sur ces points ?

Qui pour s’étonner de l’immobilisme du Conseil supérieur des programmes ? Qui pour s’interroger sur les méthodes, sur la pertinence des parcours individualisés ? Qui pour militer pour un meilleur enseignement de la grammaire, pour une simplification des séquences, pour une diversification des parcours, pour des initiations plus précoces aux sciences et technologies d’aujourd’hui ? Qui pour développer toute forme de méritocratie ? Quelles associations, quels lobbys pour donner une voix à ceux qui subissent un système scolaire qui leur est en tout étranger ?

La France tient à son image de nation culturelle. Elle ne daigne débattre que lorsque des sujets nobles comme les langues anciennes sont remis en question. Mais ce qui honore aujourd’hui la France c’est de trouver des solutions à l’échec scolaire, à la démotivation, aux inégalités de toutes sortes, c’est de réduire l’écart entre une culture humaniste et une société de loisirs et de consommation.

C’est sur ce terrain qu’il serait bon de voir rivaliser de propositions intellectuels et politiques. Car rien n’est pire que l’immobilisme. Par un réflexe merveilleux il semble soudain à l’annonce de toute réforme nouvelle que la situation antérieure ait été préférable, qu’elle ait été satisfaisante. Si toute réforme change les habitudes, les pratiques et les enseignements, est-ce pour cet inconfort des transitions et des évolutions, qu’il faut renoncer à donner une chance aux alternatives pédagogiques (EPI) ?

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Pascal Caglar

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Les vrais enjeux de la réforme du collège

Effarant ! La mobilisation désormais politique contre la réforme du collège, autour des langues anciennes et des classes bilangues, est selon nous une injure aux véritables enjeux éducatifs en France, une insulte aux sans voix, aux petits, aux classes populaires, aux élèves en difficulté, aux jeunes en voie de déscolarisation, à celles et ceux qui avaient de justes raisons d’espérer dans cette réforme du collège une nécessaire amélioration de leur condition d’accès à la réussite scolaire et qui voient cette même réforme confisquée, détournée, désaxée par le mécontentement des alliés traditionnels des milieux favorisés qui savent pousser leurs enfants vers les filières ou options discriminantes.

 

 

Effarant ! Comme si aujourd’hui l’immense population des collèges de France était concernée par les nouveaux dosages en discussion dans l’enseignement des langues anciennes ou la nouvelle répartition des heures de langues vivantes en débat de la 6e à la 3e. Comme si le sort de 15 % d’élèves inscrits en classes bilangues et celui de 20 % de latinistes exigeait un débat national, tandis que celui d’une majorité silencieuse devait laisser indifférent médias, politiques et spécialistes…

Aujourd’hui les minorités remises en question trouvent des porte-paroles éminents pour faire entendre leur attachement à des formes d’enseignement distinctif, mais quelles voix respectées pour venir aux côtés des plus nombreux, quelles voix autorisées pour dire publiquement : cette réforme n’en fait pas encore assez pour le plus grand nombre ?

Car la réforme du collège qui devait être l’occasion d’un débat sur les enjeux de l’enseignement de masse tourne aux luttes dérisoires de groupes privilégiés. Les élèves des classes bilangues, les élèves latinistes ne rencontreront probablement jamais de difficultés dans leur scolarité, or dans le même temps les chiffres des Journées Défense et Citoyenneté nous rappellent que 10 % des jeunes de 17 ans sont encore proches de l’illettrisme – chiffre qui monte dans l’Aisne jusqu’à 20 % de jeunes éprouvant des difficultés pour lire un texte, et plus encore en outre-mer !

Certes, revenir sur l’enseignement des langues anciennes ne changera rien aux difficultés du plus grand nombre, mais la polémique actuelle reste gênante en ce qu’elle occulte la discussion véritable des moyens mis en œuvre pour améliorer l’instruction et la formation des majorités d’aujourd’hui : enseignement de la langue, initiation à la littérature patrimoniale, quels progrès marque la réforme sur ces points ?

Qui pour s’étonner de l’immobilisme du Conseil supérieur des programmes ? Qui pour s’interroger sur les méthodes, sur la pertinence des parcours individualisés ? Qui pour militer pour un meilleur enseignement de la grammaire, pour une simplification des séquences, pour une diversification des parcours, pour des initiations plus précoces aux sciences et technologies d’aujourd’hui ? Qui pour développer toute forme de méritocratie ? Quelles associations, quels lobbys pour donner une voix à ceux qui subissent un système scolaire qui leur est en tout étranger ?

La France tient à son image de nation culturelle. Elle ne daigne débattre que lorsque des sujets nobles comme les langues anciennes sont remis en question. Mais ce qui honore aujourd’hui la France c’est de trouver des solutions à l’échec scolaire, à la démotivation, aux inégalités de toutes sortes, c’est de réduire l’écart entre une culture humaniste et une société de loisirs et de consommation.

C’est sur ce terrain qu’il serait bon de voir rivaliser de propositions intellectuels et politiques. Car rien n’est pire que l’immobilisme. Par un réflexe merveilleux il semble soudain à l’annonce de toute réforme nouvelle que la situation antérieure ait été préférable, qu’elle ait été satisfaisante. Si toute réforme change les habitudes, les pratiques et les enseignements, est-ce pour cet inconfort des transitions et des évolutions, qu’il faut renoncer à donner une chance aux alternatives pédagogiques (EPI) ?

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Certes on peut toujours critiquer ce qui n’a pas encore eu lieu, mais il est plus juste de critiquer ce qui a eu lieu et montré ses insuffisances.

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