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29 mars 2015

Philippe Watrelot des "Cahiers pédagogiques" : "Bloc-notes de la semaine de la semaine du 23 au 29 mars"

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A propos du latin, du collège, et de l’idée de réforme...

Cette question que formulait il y a quelques temps, Jean-Michel Blanquer dans Le Café Pédagogique, on ne peut s’empêcher de se la poser lorsqu’on observe les “débats” (ou plutôt les imprécations) à propos de la réforme du Collège. En tout cas, mon précédent bloc-notes a suscité de très nombreuses réactions. Si quelques commentaires sont nuancés et argumentés (notamment certains publiés sur mon blog), la plupart relèvent plus de l’insulte que du débat d’idées. Même si ce n’est pas la première fois, et qu’elle peut s’expliquer par la passion on a du mal à s’habituer à cette démesure et à l’outrance dans les réactions. Comme je l’ai souvent évoqué, que dès que l’on touche aux disciplines qui constituent l’essentiel de l’identité professionnelle d’un enseignant, cela est vécu comme une remise en cause personnelle et déclenche des réactions passionnées. Bien sûr on comprend que chacun soit soucieux, comme dans tout métier, de l’évolution de ses conditions de travail, mais cela relève aussi de “logiques de territoire” qui sont forcément très conservatrices : « touche pas à “mes” heures” », « touche pas à mon statut »...

L’éditorial du bulletin du SNALC (signé François Portzer) est dans cet excès en titrant : “Collège : la guerre est déclarée !”. Et la suite est du même tonneau et utilise un vocabulaire très connoté : “Malheureusement, cette chienlit a toujours la même cause : l’institution est gangrénée par l’autoproclamé front des réformateurs constitué, avec la bénédiction de la nomenklatura qui dirige le Ministère depuis 40 ans et des prétendus chercheurs en sciences de l’éducation, de l’UNSA, du SGENCFDT, de la FCPE et de la Ligue de l’Enseignement, toutes organisations grassement financées par l’État.”. Cette outrance est dénoncée par Laurent Fillion sur son blog qui revient aussi sur la désinformation dont la réforme fait l’objet.

Comme nous le pointions la semaine dernière, l’angle d’attaque de remise en cause de la réforme du Collège a été le sort réservé au Latin avec une mobilisation assez structurée et de nombreux relais médiatiques. Un article paru dans Le Monde du 28 mars nous apprend que le projet de réforme qui est en ce moment soumis aux syndicats a changé avec une nouvelle grille horaire : l’option latin, initialement condamnée à disparaître dans sa forme actuelle – celle suivie par 20 % des élèves – au profit d’un module interdisciplinaire censé garantir le « latin pour tous », dixit Mme Vallaud-Belkacem, revient sous une forme allégée. Sur une des fiches de travail soumises aux syndicats le 25 mars, et que Le Monde a pu consulter, un EPI « Langues et cultures de l’Antiquité » demeure d’actualité, mais un « enseignement de complément » en langues anciennes voit le jour. Une demi-heure de LV1 est également rétablie en 6ème.

Nous en formulions la crainte la semaine dernière, le geste du ministère doit-il être pris comme un début de « détricotage » de la réforme ? On peut le lire comme la porte ouverte vers d’autres abandons ou plutôt un compromis destiné à préserver l’essentiel...

Peut-on se permettre d’attendre ? N’y a t-il pas urgence à réformer et à créer les conditions (4000 postes prévus...) pour que ces évolutions à la fois modestes (les ateliers interdisciplinaires ne représentent que 20% du temps) et essentielles puissent s’installer et répondre aux défis pour construire une école plus juste et plus efficace.

 

A relire précédemment : http://avenirlatingrec.fr/actualite/sur-les-blogs/13-ph-watrelot-les-professeurs-de-latin-et-de-grec-ont-ils-raison-de-s-inquieter

 



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #223 il y a 2 ans 7 mois
Une petite suite dans le bloc-note de Philippe Watrelot : www.cahiers-pedagogiques.com/Bloc-Notes-...-avril-au-3-mai-2015

Les sections européennes, les enseignements de langues anciennes, l’allemand accueillent bien sûr des élèves issus des milieux défavorisés. Heureusement. Mais la question qui est posée est celle de savoir si l’on peut maintenir en même temps des dispositifs sélectifs et offrir le maximum à TOUS les élèves. Le beurre et l’argent du beurre ? Je l’ai déjà écrit, c’est l’idéal méritocratique et la sélection qui sont inscrits dans l’ADN de notre système éducatif, y compris au Collège qui a été conçu dès sa création comme un “petit lycée” plutôt que d’être pensé comme un prolongement du primaire et surtout comme la poursuite de la scolarité obligatoire.