17 avril 2015

Nouvel article de Jean-Michel Zakhartchouk sur son blog pour "saluer" les programmes... auxquels il a lui-même contribué !

"Dix raisons de saluer les projets de programmes d’école et collège"

Extrait :

Certains ont exprimé leur désaccord avec ce que j’ai écrit concernant la distinction à opérer entre l’apprentissage des éléments de culture gréco-latine et le travail sur la langue, pas indispensable selon moi pour s’approprier ces éléments ; je maintiens qu’il n’est pas nécessaire dans la formation commune au niveau collège d’être entré dans les subtilités du latin pour apprendre la rigueur, le raisonnement ou je ne sais quelle conscience de notre propre langue comme héritière (je parle du latin, car le grec est ultra-minoritaire). Personnellement, j’ose affirmer que mes années de latin de la sixième à la première (j’ai abandonné avec soulagement en fin de première pour faire des mathématiques en Terminale A2 qui m’ont bien plu, avec un programme intéressant) ne m’ont pas apporté grand-chose d’autre que de l’ennui et une certaine habileté à reformuler des traductions trouvées grâce au Gaffiot de textes antiques. Je me souviens de mes notes catastrophiques en thème. Je sais bien que les courageux anonymes qui me traitent de tous les noms sur certains sites très peu « néos », mais bien plus « archéos » diront que c’est bien pour cela que je ne sais pas penser et que je suis inculte. Mais je pense qu’on entend trop ceux qui, les trémolos dans la voix, évoquent leurs années de latin comme cruciales dans leur formation. Disons qu’on se forme de bien des manières. Le latin, bien sûr aussi, surtout avec une pédagogie plutôt renouvelée et souvent stimulante, comme le montrent les témoignages du hors série des Cahiers pédagogiques et un numéro plus ancien épuisé. Mais que dire de l’abandon massif à l’entrée au lycée, de ces élèves qu’on traine jusqu’en troisième, alors qu’ils voudraient tant laisser tomber cette matière. Que dire du très faible niveau de langue des élèves malgré les heures passées, parce que le latin, il faut en faire de façon vraiment intensive pour qu’on soit capable d’aller au-delà de quelques laborieuses traductions.

Oui, aux enseignants de langues anciennes d’être convaincants dans des établissements pour qu’on maintienne des horaires en dehors des indispensables EPI, avec des projets mobilisateurs qui justement articuleraient EPI et enseignements systématiques, faisant une place au grec.

Enfin, je continue à être irrité par la glorification de l’héritage gréco-latin, le « miracle » de la démocratie athénienne étendant ses vertus (relatives) à l’ensemble de la civilisation, dès lors qu’on oublie tous les maux qui accablaient ces sociétés : chauvinisme avant l’heure, règne massif de la corruption (entre Jeux Olympiques et élections à Rome), vendettas interminables entre familles et leur cortège d’horreurs (lectures des Atrides à la lumière des conflits dans les Balkans). Tant que certains inconditionnels de l’Antiquité ne seront pas plus équilibrés dans leurs jugements, j’aurais envie de pointer ces scories, qui ne font pas oublier l’émotion toujours ressenti à Épidaure, l’agacement qu’on étudie plus le puéril Antigone d’Anouilh au lieu de celui de Sophocle, le plaisir à travailler avec les élèves sur les Métamorphoses ou les Travaux d’Hercule.

 



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #800 il y a 1 an 9 mois

Jean-Michel Zakhartchouk écrit: Soyons lucides : personne n’échappe à la tentation de présenter un petit fait comme exemplaire, un cas isolé comme exemplaire, une image forte comme symbolique. Mais une argumentation ne peut reposer là-dessus.


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