22 mars 2015

Extrait du "bloc-notes de la semaine du 16 au 22 mars" des "Cahiers pédagogiques" par Philippe Watrelot.

Le bloc notes revient sur la polémique naissante à propos du latin en essayant de déconstruire le travail de groupe de pression et l’emballement médiatique autour de cet enseignement. La réforme du collège va t-elle se fracasser sur le latin ? Nous verrons en tout cas que l’esprit de la refondation est en train de s’éteindre sous la pression corporatiste et par la logique des appareils institutionnels, syndicaux et politiques. On exhumera aussi un sondage passé un peu inaperçu cette semaine. Et nous dirons bien sûr un petit mot à propos de l’éclipse

Latin et mots grecs

Recette pour assaisonner un débat sur l’école “à la française”...

Choisissez un sujet que tout le monde connait ou croit connaitre et qui vous rattache à une image nostalgique de l’École. Le latin ? Ah oui, c’est bien le latin, tout le monde a des a priori là dessus. On peut chanter “Rosa, Rosa, Rosam...” et réciter des proverbes... Puis, sine die, lancez une alerte, relancez régulièrement, interpellez, sommez chacun de vos interlocuteurs de répondre à vos ultimatum. Vous trouverez bien aussi quelques intellectuels (qui en ont fait durant leur scolarité) pour vous soutenir. Un slogan, un autocollant, sont aussi les bienvenus, pourquoi pas “Je suis latiniste”... ? Deux ou trois articles et interviews pour lancer la machine à fabriquer de la polémique et le sujet peut rentrer dans l’agenda politique. Nul doute qu’un député interpellera ex abrupto la ministre durant les questions au gouvernement. Et si cela persiste et s’amplifie, tout cela remontera au plus haut sommet de l’État avec un arbitrage destiné à ne fâcher personne et à revenir à la situation ex ante...

Cela rappelle furieusement l’épisode de l’histoire-géographie supprimée de la Terminale S et rétablie par François Hollande dès son arrivée au pouvoir. Et bien d’autres polémiques dont notre opinion publique est friande : on joue à se faire peur, on convoque la presse et les intellectuels, on en appelle aux principes intangibles de l’École de la République et, in fine, on en profite pour faire un sort à toute velléité de réforme.

Qu’en est-il exactement ? Il est assez difficile de trouver un article qui décrive simplement le projet dans le foisonnement de tribunes enflammées et partisanes sur le sujet. Sandrine Chesnel dans L’Express s’y risque cependant. Elle nous rappelle qu’aujourd’hui le latin est proposé aux élèves à partir de la classe de cinquième, à raison de 2 heures par semaine (3 heures hebdomadaires en quatrième et en troisième). C’est une option laissée au libre choix des jeunes, et (surtout) de leurs parents. 20% des collégiens suivent une langue ancienne au collège. Florence Robine directrice de la Dgesco présente le projet actuel ainsi : "Oui, la ministre a souhaité que le latin soit accessible à tous les élèves. C’est pourquoi les futurs programmes de Français comprendront des éléments culturels et linguistiques latins, mais aussi grecs, pour éclairer la construction de la langue française". Il s’agit donc, nous dit-on de séduire d’avantage d’élèves. "Le latin ne sera plus une option proposée en plus des autres matières, mais l’un des nouveaux Enseignements pratiques transdisciplinaires (EPI) explique la numéro 2 du ministère. Mais un EPI un peu différent des autres car dérogatoire : contrairement aux autres, l’EPI ’Langues et civilsations de l’Antiquité’ pourra être suivi tout au long de l’année, et même jusqu’à la fin du collège, pour les élèves qui le souhaitent. Même chose pour l’EPI ’Langues et cultures régionales."Le ministère fait donc le pari que cette souplesse contribuera à augmenter le nombre d’adeptes des langues anciennes.

Alors, les professeurs de latin et de grec ont-ils raison de s’inquiéter ? Ce qui est certain c’est que cela va changer le service des "lettres classiques" (LC) qui risquent en effet à terme de disparaitre en tant que CAPES spécifique. Actuellement il y a deux CAPES de Lettres (“classiques” ou “modernes”). Le service sera modifié car au lieu d’avoir par exemple 10h de français et 8 de latin, les enseignants de LC auront dix-huit heures de français dont une partie en EPI. En bref, les professeurs de lettres classiques risquent de se retrouver avec des conditions semblables à leurs autres collègues profs de français.

Dans la mobilisation actuelle pour le latin ce qui est intéressant à analyser c’est la confusion entre la nostalgie (des enfants d’ouvriers, c’est encore plus émouvant, bien sûr...) pour un enseignement dont on ne peut nier qu’il a marqué des générations et eu un effet bénéfique sur les apprentissages et la capacité à imaginer d’autres modes de transmission de cette langue et de cette culture. Car la question, derrière tout ça, est celle de l’apprentissage de la langue latine. Est-elle indispensable pour découvrir les "humanités" ? Il semble utile que tous les élèves aient (dans le cours de français, mais aussi à l’école primaire, et aussi dans plein d’autres cours, et pourquoi pas dans des projets interdisciplinaires ! ) des moments de découverte de ce qui, du latin et du grec, (mais aussi de l’arabe et de l’hébreu, et autres...) a laissé des traces dans notre monde, dans la langue, dans les œuvres littéraires et artistiques, dans les sciences, dans la philosophie, etc. Et, comme pour les langues vivantes, ce qui faisait que les romains, les grecs, ou d’autres, pensaient le monde autrement que nous (ou pareil). On pourrait très bien imaginer une découverte Langues et cultures de l’antiquité (LCA) en collège et un apprentissage de la langue latin au lycée en option comme le russe ou le chinois...

Mais le problème est que la logique qui prévaut aujourd’hui dans la polémique qui s’annonce et qui est largement instrumentalisée, est une logique de “territoire” qui se mesure au nombre d’heures alloué à un enseignement et en termes de statut avec un concours spécifique. En d’autres termes on touche à des questions identitaires pour certains enseignants...

La réforme du collège va t-elle se fracasser sur le latin ? [...]



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #13 il y a 2 ans 8 mois
Dans Pantagruel (1532) de François Rabelais, chap. VIII :


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Portrait de Audrey
Audrey a répondu au sujet : #14 il y a 2 ans 8 mois
Dans Les Confessions (1782), Livre I, de Jean-Jacques Rousseau

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Portrait de Emmanuelle
Emmanuelle a répondu au sujet : #16 il y a 2 ans 8 mois
Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, Varius multiplex multiformis, pp. 311-312 de l'édition Pléïade. (et beaucoup d'autres passages de l'oeuvre)

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Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #17 il y a 2 ans 8 mois
Merci !
Portrait de T.A.D.
T.A.D. a répondu au sujet : #20 il y a 2 ans 8 mois
Le "Ad lectorem" des Regrets de Du Bellay

Quem, lector, tibi nunc damus libellum,
Hic fellisque simul, simulque mellis,
Permixtumque salis refert saporem.
Si gratum quid erit tuo palato,
Huc conviva veni: tibi haec parata est
Coena. Sin minus, hinc facesse, quaeso:
Ad hanc te volui haud vocare coenam

Portrait de Mordax
Mordax a répondu au sujet : #105 il y a 2 ans 7 mois
On dit que le bonheur nous fuit toujours. Cela est vrai du bonheur reçu, parce qu'il n'y a point de bonheur reçu. Mais le bonheur que l'on se fait ne
trompe point. C'est apprendre, et l'on apprend toujours. Plus on sait, et plus on est capable d'apprendre. D'où le plaisir d'être latiniste, qui n'a point de fin,
mais qui plutôt s'augmente par le progrès .


Alain, Propos sur le bonheur, XLVII
Portrait de Mordax
Mordax a répondu au sujet : #106 il y a 2 ans 7 mois
"Outre leur langue maternelle, les collégiens apprenaient jadis une seule langue, le latin : moins une langue morte que le stimulus artistique incomparable d’une langue entièrement filtrée par une littérature. Ils apprennent aujourd’hui l’anglais, et ils l’apprennent comme un esperanto qui a réussi, c’est-à-dire comme le chemin le plus court et le plus commode de la communication triviale : comme un ouvre-boîte, un passe-partout universel. Grand écart qui ne peut pas être sans conséquence : il fait penser à la porte inventée autrefois par Duchamp, qui n’ouvrait une pièce qu’en fermant l’autre."

Julien Gracq, entretien accordé au Monde des Livres le 5 février 2000
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #114 il y a 2 ans 7 mois

Je trouve ridicule qu'on laisse le choix, aux enfants ou aux familles, d'apprendre ceci
plutôt que cela. Ridicule aussi qu'on accuse l'État de vouloir leur imposer ceci et cela. Nul ne
doit choisir, et le choix est fait. Napoléon, je crois bien, a exprimé en deux mots ce que tout
homme doit savoir le mieux possible : géométrie et latin. Élargissons ; entendons par latin
l'étude des grandes œuvres, et principalement de toute la poésie humaine. Alors tout est dit.
La géométrie est la clef de la nature. Qui n'est point géomètre ne percevra jamais bien
ce monde où il vit et dont il dépend. Mais plutôt il rêvera selon la passion du moment, se
trompant lui-même sur la puissance antagoniste, mesurant mal, comptant mal, nuisible et
malheureux. Aussi je n'entends point qu'on doive enseigner toute la nature ; non, mais régler
l'esprit selon l'objet, d'après la nécessité clairement aperçue. Il n'en faut pas plus, mais il n'en
faut pas moins. Celui qui n'a aucune idée de la nécessité géométrique manquera l'idée même
de nécessité extérieure. Toute la physique et toute l'histoire naturelle ensemble ne la lui
donneront point. Donc peu de science, mais une bonne science, et toujours la preuve la plus
rigoureuse. Le beau de la géométrie est qu'il y a des étages de preuves, et quelque chose de
net et de sain dans toutes. Que la sphère et le prisme, donc, nous donnent des leçons de
choses. À qui ? À tous. Il est bien plaisant de décider qu'un enfant ignorera la géométrie parce
qu'il a peine à la comprendre ; c'est un signe au contraire qu'il faut patiemment l'y faire entrer.
Thalès ne savait point toute notre géométrie ; mais ce qu'il savait, il le savait bien. Ainsi la
moindre vue de la nécessité sera une lumière pour toute une vie. Ne comptez donc pas les
heures, ne mesurez pas les aptitudes, mais dites seulement : « Il le faut. »
La poésie est la clef de l'ordre humain, et, comme j'ai dit souvent, le miroir de l'âme.
Mais non pas la niaise poésie, que l'on rime exprès pour les enfants ; au contraire, la plus
haute poésie, la plus vénérée. Là-dessus on trouve souvent à dire que l'enfant ne comprendra
guère. Sans aucun doute il ne comprendra pas d'abord. Mais la puissance de la poésie est en
ceci, à chaque lecture, que d'abord, avant de nous instruire, elle nous dispose par les sons et le
rythme, selon un modèle humain universel. Et cela est bon aussi pour l'enfant, surtout pour
l'enfant. Comment apprend-il à parler, sinon en réglant sa nature animale d'après ce ramage
humain qu'il entend ? Faites donc qu'il récite scrupuleusement le beau ramage. C'est ainsi
qu'en réglant d'abord ses passions, il se met en situation de comprendre toutes les passions,
s'élevant aussitôt au sentiment, point d'observation d'où l'on découvre tout le paysage humain.
Mais il est grossier et comme sauvage ? Il est indifférent à ces choses ? je n'en crois rien.
La grande poésie a prise sur tous. Les plus rudes compagnons veulent la plus grande poésie. Il
n'en faut pas moins contre la grimace, qui est une sorte de poésie, mais sans secours. Donc
toute la poésie à tous, autant qu'on pourra ; et toute la langue humaine, autant qu'on pourra.
L'homme qui n'est pas discipliné selon cette imitation n'est pas un homme.
Géométrie et poésie ; cela suffit. L'une tempère l'autre. Mais il faut les deux. Homère et
Thalès le conduiront par la main. L'enfant a cette ambition d'être un homme ; il ne faut point
le tromper ; encore moins lui donner à choisir dans ce qu'il ignore. Sans quoi le catéchisme
nous ferait rougir. Car les théologiens enseignaient à tous tout ce qu'ils savaient, s'arrêtant à
l'esprit rebelle. Et, dans le doute, ils baptisaient toute forme humaine. Allons-nous choisir,
nous autres, et refuser le baptême humain au frivole ou à l'endormi ?


« Géométrie et latin » /Alain/Propos sur l’éducation », XIX .
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Loys a répondu au sujet : #543 il y a 2 ans 6 mois
Michelet, Nos fils (1869)

Ce qui me soutint, même en mes faibles jours, c’est qu’ayant vécu dans ce monde fort, j’eus peu le narcotisme, les mollesses d’esprit qui détrempent aujourd’hui. Je fus préservé du roman. Le fin acier du grec me rendait difficile, et la gravité du latin, son ampleur, me donnaient la nausée du mesquin et du bas. Même en ce qui pourrait troubler un jeune cœur, aux chants passionnés, certaine noblesse relève tout, et j’y trouvais parfois, dans Catulle et Virgile, l’homéopathie de la passion.

La leur est puissante, mais forte, point du tout énervante. Elle aide à tromper la jeunesse, à éluder la tyrannie de l’âge. La brûlante Ariane de Catulle, à certains jours de fête, ferme l’oreille aux bruits, aux séduisants appels des réalités inférieures. On a lu, le soir vient et la fête est passée. Un peu triste peut-être, mais fière, heureuse au fond de se sentir entière au travail de demain, la jeune âme s’endort en quelque chant sacré de l’héroïsme ou de la muse.

J'ai trouvé à tout âge un grand soutien à posséder (disponible toujours) ce puissant cordial. Il n'est pas seulement dans les œuvres sublimes, primitives, Eschyle ou Homère. Même dans l'art proprement dit, aux siècles littéraires, la noblesse et la grâce suffisent pour nous remonter dans une autre sphère morale. Un illustre savant du seizième siècle, qui sut l'Antiquité comme elle se savait elle-même, dit son impression d'un chant du pur esprit: «L'Empire de Charles-Quint fait pitié à celui qui a senti le chant d'Horace à Melpomène.»


www.gutenberg.org/files/41969/41969-h/41969-h.htm
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Loys a répondu au sujet : #619 il y a 2 ans 6 mois
Julien Gracq, source ?

Outre leur langue maternelle, les collégiens apprenaient jadis une seule langue, le latin : moins une langue morte que le stimulus artistique incomparable d’une langue entièrement filtrée par une littérature. Ils apprennent aujourd’hui l’anglais, et ils l’apprennent comme un esperanto qui a réussi, c’est-à-dire comme le chemin le plus court et le plus commode de la communication triviale : comme un ouvre-boîte, un passe-partout universel. Grand écart qui ne peut pas être sans conséquence : il fait penser à la porte inventée autrefois par Duchamp, qui n’ouvrait une pièce qu’en fermant l’autre.

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Mordax a répondu au sujet : #620 il y a 2 ans 6 mois
Entretien donné au Monde des Livres , 5 février 2000 dans les inédits de son éditeur José Corti

www.jose-corti.fr/sommaires/gracq-inedits.html
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Loys a répondu au sujet : #634 il y a 2 ans 6 mois

Le fils de bourgeoisie qui entre en sixième comme il a des bonnes et du même mouvement ne peut pas se représenter ce point de croisement que pouvait être pour moi d’entrer ou de ne pas entrer en sixième ; et ce point d’invention, d’y entrer. J’étais déjà parti, j’avais déjà dérapé sur l’autre voie, j’étais perdu quand M. Naudy, avec cet entêtement de fondateur, avec cette sorte de rude brutalité qui faisaient vraiment de lui un patron et un maître, réussit à me ressaisir et à me renvoyer en sixième. Après mon certificat d’études on m’avait naturellement placé, je veux dire qu'on m’avait mis à l'École primaire supérieure d’Orléans (que d’écoles, mais il faut bien étudier), (qui se nommait alors l’École professionnelle). M. Naudy me rattrapa si je puis dire par la peau du cou et avec une bourse municipale me fit entrer en sixième à Pâques, dans l’excellente sixième de M. Guerrier. « Il faut qu’il fasse du latin », avait-il dit : c’est la même forte parole qui aujourd’hui retentit victorieusement en France de nouveau depuis quelques années. Ce fut pour moi cette entrée dans cette sixième à Pâques, l’étonnement, la nouveauté devant rosa, rosae, l’ouverture de tout un monde, tout autre, de tout un nouveau monde, voilà ce qu’il faudrait dire, mais voilà ce qui m’entraînerait dans des tendresses. Le grammairien qui une fois la première ouvrit la grammaire latine sur la déclinaison de rosa, rosae n’a jamais su sur quels parterres de fleurs il ouvrait l’âme de l’enfant.

Je devais retrouver presque tout au long de l’enseignement secondaire cette grande bonté affectueuse et paternelle, cette idée du patron et du maître que nous avions trouvée chez tous nos maîtres de l’enseignement primaire. Guerrier, Simore, Doret en sixième, en cinquième, en quatrième. Et en troisième ce tout à fait excellent homme qui arrivait des Indes occidentales et dont il faudra que je retrouve le nom. Il arrivait proprement des îles. Cette grande bonté, cette grande piété descendante de tuteur et de père, cette sorte d’avertissement constant, cette longue et patiente et douce fidélité paternelle, un des tout à fait plus beaux sentiments de l'homme qu’il y ait dans le monde, je l’avais trouvée tout au long de cette petite école primaire annexée à l’École normale d’instituteurs d’Orléans. Je la retrouvai presque tout au long du lycée d’Orléans. Je la retrouvai à Lakanal, éminemment chez le père Édet, et alors poussée pour ainsi dire en lui à son point de perfection. Je la retrouvai à Sainte-Barbe. Je la retrouvai à Louis-le-Grand, notamment chez Bompard. Je la retrouvai à l’École, notamment chez un homme comme Bédier, et chez un homme comme Georges Lyon. ll fallut que j’en vinsse à la Sorbonne pour connaître, pour découvrir, avec une stupeur d’ingénu de théâtre, ce que c‘est qu’un maître qui en veut à ses élèves, qui sèche d’envie et de jalousie, et du besoin d‘une domination tyrannique ; précisément parce qu’il est leur maître et qu’ils sont ses élèves ; il fallut que j’en vinsse en Sorbonne pour savoir ce que c’est qu’un vieillard aigri (la plus laide chose qu’il y ait au monde), un maître maigre et aigre et malheureux, un visage flétri, fané, non pas seulement ridé ; des yeux fuyants ; une bouche mauvaise ; des lèvres de distributeurs automatiques ; et ces malheureux qui en veulent à leurs élèves de tout, d’être jeunes, d’être nouveaux, d’être frais, d’être candides, d’être débutants, de ne pas être pliés comme eux ; et surtout du plus grand des crimes : précisément d’être leurs élèves. Cet affreux sentiment de vieille femme.


Voir ce que dit Jacques Perret à 1h21 : www.franceculture.fr/emissions/les-nuits...ollective-de-charles


« Le fils de bourgeoisie qui entre en sixième comme il a des bonnes », in Charles Peguy, L’Argent, p. 424.
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #758 il y a 2 ans 2 mois
Antonio Gramsci, Carnets de prison (1932) :

« On n’apprend pas le latin et le grec pour les parler, pour travailler comme serveur, interprète ou représentant commercial ; on apprend pour connaître directement la civilisation de ces deux peuples, et donc le passé, mais qui est le fondement nécessaire de la civilisation moderne, c’est-à-dire pour être soi-même et se connaître soi-même, de manière consciente ».

Portrait de FC
FC a répondu au sujet : #778 il y a 2 ans 2 mois
Jules Verne, Paris au XXème siècle (1860)

Nous avouerons que l'étude des belles-lettres, des langues anciennes(le français compris) se trouvait alors à peu près sacrifiée; le latin et le grec étaient des langues non seulement mortes mais enterrées; il existait encore, pour la forme, quelques classes de lettres, mal suivies, peu considérables, encore moins considérées...Mais si les derniers professeurs de grec et de latin achevaient de s'éteindre dans leurs classes abandonnées, quelle position, au contraire, que celle des messieurs les titulaires de Sciences, et comme ils émargeaient d'une façon distinguée!

Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #881 il y a 2 ans 1 mois

Un souverain (...) qui réussirait à proscrire de la république littéraire la langue de Cicéron et d'Horace élèverait un monument immortel à sa propre ignorance.


Casanova, Histoire de ma vie, Tome V Chap.5 (La Pléiade Tome 2 p.371)
Portrait de PieR.F
PieR.F a répondu au sujet : #882 il y a 2 ans 1 mois
Je venais citer Giacomo Casanova,mais on fut plus prompt(e) que moi :)
Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #1275 il y a 9 mois 3 semaines
Autre extrait :

Et les humanités, comment vont-elles ? - Elles s'en vont, répondit le vieux professeur ! Je n'ai plus que trois élèves dans ma classe de rhétorique ! C'est une turpe décadence ! Aussi va-t-on nous renvoyer, et on fera bien. - Vous renvoyer, s'écria Michel. - En est-il réellement question, dit l'oncle Huguenin. - Très réellement, répondit M. Richelot ; le bruit court que les chaires des lettres, en vertu d'une décision prise en assemblée générale des actionnaires vont être supprimées pour l'exercice 1962. - Que deviendront-ils? pensa Michel en regardant la jeune fille. - Je ne peux pas croire une chose pareille, dit l'oncle en fronçant le sourcil ; ils n'oseront pas. - Ils oseront, répondit M. Richelot, et ce sera pour le mieux ! qui se soucie des Grecs et des Latins, bons tout au plus à fournir quelques racines aux mots de la science moderne ! Les élèves ne comprennent plus ces langues merveilleuses et à les voir si stupides, ces jeunes gens, le dégoût me prend avec le désespoir. - Est-il possible, dit le jeune Dufrénoy ! votre classe est réduite à trois élèves ! - Trois de trop, répondit le vieux professeur avec colère. - Et par-dessus le marché, dit l'oncle Huguenin, ce sont des cancres. - Des cancres de premier ordre, répliqua M. Richelot ! croiriez-vous que l'un d'eux dernièrement m'a traduit divinum par jus divin ! - Jus divin, s'écria l'oncle ! c'est un ivrogne en herbe ! - Et hier! hier encore ! Horresco referens1, devinez, si vous l'osez, comment un autre a traduit au quatrième chant des Géorgiques ce vers : immanis pecoris custos2... - Il me semble, répondit Michel. - J'en rougis, jusqu'au-delà des oreilles, dit M. Richelot. - Voyons, dites, répliqua l'oncle Huguenin ! comment a-t-on traduit ce passage en l'an de grâce 1961 ? - Gardien d'une épouvantable pécore», répondit le vieux professeur en se voilant la face. L'oncle Huguenin ne put retenir un éclat de rire immense ; Lucy détournait la tête en souriant ; Michel la regardait avec tristesse ; M. Richelot ne savait où se cacher. «Oh! Virgile, s'écria l'oncle Huguenin, t'en serais-tu jamais douté? - Vous le voyez, mes amis, reprit le professeur ! Mieux vaut ne pas traduire du tout que de traduire ainsi ! Et en rhétorique encore ! Qu'on nous supprime, on fera bien !


Jules Verne, Paris au XXe siècle (1860)