23 juin 2016

Courrier adressé par Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale à Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française.

Madame le Secrétaire perpétuel,

 

Je tiens à vous remercier pour la transmission de la déclaration de l’Académie française adoptée dans sa séance du 11 juin 2015 « Pour une vraie égalité des chances ».

L’exigence est, comme le souligne cette déclaration, un principe fondateur de l’école de la République. L’objectif de la nouvelle organisation du collège est double : renforcer l’acquisition des savoirs fondamentaux dans toutes les matières et développer les compétences indispensables au futur parcours de formation des collégiens. Assurer un même niveau d’exigence pour que tous les élèves acquièrent le socle commun de connaissances, de compétences et de culture par une priorité centrale donnée à la maîtrise des savoirs fondamentaux – au premier titre desquels la maîtrise de la langue française – est un impératif. Le collège doit permettre à tous les élèves de mieux apprendre pour mieux réussir en faisant confiance aux enseignants, en leur donnant plus de liberté pédagogique, plus de capacité d’adaptation aux besoins divers des élèves.

La structuration disciplinaire des enseignements est au cœur de la nouvelle organisation des enseignements au collège. L’horaire disciplinaire des élèves est fixé à vingt-six heures hebdomadaires pour chacun des niveaux du collège. Trois de ces heures en classe de sixième et quatre de ces heures en classes de cinquième, quatrième et troisième, sont consacrées aux « enseignements complémentaires » créés par la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et programmation pour la refondation de l’École de la République.

Ces enseignements complémentaires prennent la forme de temps d’accompagnement personnalisé et d’enseignements pratiques interdisciplinaires. Huit thèmes ont été définis pour ces derniers, qui seront pour les élèves des temps privilégiés pour mettre en œuvre de nouvelles façons d’apprendre et de travailler. Pour les professeurs, ces enseignements pratiques interdisciplinaires seront l’occasion de travailler ensemble des thèmes de leurs programmes qu’ils traitent seuls aujourd’hui.

Les langues et cultures de l’Antiquité seront l’un de ces enseignements. Parce qu’elles jouent un rôle important dans l’acquisition de la culture commune et la construction de la citoyenneté, pour leur dimension linguistique comme pour l’apprentissage de l’histoire des civilisations, nous avons voulu en offrir la découverte beaucoup plus largement qu’aujourd’hui, à l’ensemble des élèves.

Associant l’étude de la langue à celle de la culture et de la civilisation antique, l’enseignement pratique interdisciplinaire « Langues et cultures de l’Antiquité » favorisera la connaissance des cultures classiques en mobilisant aussi d’autres disciplines, notamment l’histoire. Un enseignement de complément en langues anciennes (latin et grec), dispensé par un professeur de lettres classiques, permettra aux élèves qui souhaitent approfondir ces disciplines de le faire, dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui.

Consciente que la connaissance des langues anciennes apporte un éclairage sur notre pratique du français et contribue à améliorer le niveau de l’ensemble des élèves dans cette matière, j’ai, en parallèle, souhaité que les nouveaux programmes de français sensibilisent les élèves à l’histoire de la langue française et à ses origines latines et grecques. L’exigence sera ainsi mise au service de la réussite de tous et de la réduction des inégalités de maîtrise de la langue française.

S’agissant, enfin, des projets de programmes de la scolarité obligatoire remis par le Conseil supérieur des programmes en avril dernier, la synthèse de la consultation nationale sur ces projets sera rendue publique début juillet. Je saisirai, sur la base des résultats de la consultation, le Conseil supérieur des programmes pour qu’il retravaille ses projets initiaux.

Je vous prie de croire, Madame le Secrétaire perpétuel, en l’assurance de mes salutations distinguées.

Najat Vallaud-Belkacem,
ministre de l’Éducation nationale,
de l’Enseignement supérieur et la Recherche