19 janvier 2016

Dans "Le Monde" (abonnés) : "Najat Vallaud-Belkacem : « Je crois en l’élite, à condition qu’elle soit ouverte et renouvelée »"

Extrait :

Vos détracteurs vous reprochent, en supprimant les bilangues, le latin, de promouvoir l'égalitarisme au détriment de l'excellence...

 

Ceux qui nous reprochent de faire preuve d'égalitarisme croient qu'ouvrir l'accès à l'excellence à plus d'élèves, c'est l'avilir, la pervertir. Ils confondent excellence et exception. Leur raisonnement est absurde : l'excellence n'est pas un gâteau dont les parts seraient d'autant plus petites que le nombre de convives est grand !

Ce « nivellement par le bas » est en réalité à l'oeuvre depuis des années. Il se traduit non seulement par un appauvrissement sociologique de l'élite — cette homogénéité sociale que l'on constate dans la plupart des grandes écoles — mais aussi par une autocensure de plus en plus perceptible parmi les élèves les plus fragiles. J'ai replongé, il y a quelques mois, dans mon passé de lycéenne en revenant à Amiens, et le fatalisme scolaire me semble bien plus répandu qu'il y a vingt ans. Paradoxalement, alors qu'on pourrait penser que l'accès des élèves à l'information — grâce à Internet contribue à élargir leurs horizons, j'ai le sentiment de l'effet inverse, avec pour corollaire une rancœur contre le système qui doit nous alerter. « Cette voie-là n'est pas faite pour moi » : on l'entend dans trop de bouches.

 

Compenser les difficultés des élèves défavorisés en leur offrant des « parcours » particuliers, n'est-ce pas déjà une logique utilisée par la droite, avec les internats d'excellence ?

 

La logique promue en son temps par Nicolas Sarkozy est aux antipodes de la nôtre : il s'agissait de sortir les meilleurs élèves de leur quartier, de leur établissement, pour les scolariser en internat. Une sorte de fuite des cerveaux. Nous voulons au contraire permettre aux élèves de partager avec leurs camarades la richesse de « parcours à part ». Nourrir la volonté de s'en sortir au sein même de la classe.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR MATTEA BATTAGLIA

 

 



Portrait de Loys
Loys a répondu au sujet : #988 il y a 1 an 9 mois

Vos détracteurs vous reprochent, en supprimant les bilangues, le latin, de promouvoir l'égalitarisme au détriment de l'excellence...

Ceux qui nous reprochent de faire preuve d'égalitarisme croient qu'ouvrir l'accès à l'excellence à plus d'élèves, c'est l'avilir, la pervertir.

Proposer un simulacre de langues anciennes, sans langue, une heure et pendant un an, c'est "ouvrir l'accès à l'excellence" ?

Le piège est grossier : il s'agit d'enfermer toute contestation dans le refus du "partage".